‹ Œuvres de P.L. TchebychefChapitre 299 sur 374 · Tattendre aux yeux d'autrui, quand tu dors, c*est erreur · texte numérisé non relu

Tattendre aux yeux d'autrui, quand tu dors, c*est erreur

(Livre XI, fable ui, vers 6a.)

— In nobit tantum ipsis nitamur^ dit Aulu-Gelle. — Plante {Mereaior, acte V, scène iv, vers 5i) rend le même axiome sous forme affirmative :

.... Suam quisque homo rem meminit.

— La Motte, dans son Discours sur la fable (édition in-40, p. xvi et xvii), critique la Fontaine d'avoir mis en tète de la fable la moi«le qu* c Ésope avait dessein de prouver par la fable même, » et d'avoir ainsi ôté au lecteur c le plaisir amusant de la suspension. > M. Saint- Marc Girardin, dans sa xxui* leçon (tome H, p. aSg), lui répond que Tordre adopté par notre poëte t est tout naturel, 3 et que c le lecteur ne languit pas en écoutant le récit; le plaisir de voir le récit confirmer la maxime vaut celui de deviner d'avance la maxime '^^^* le récit. >

4. Aulu-Gelle intitule la fable : jépologus JEsopi Phrygis, memoratu non inutilis. L« texte grec attribué à Ésope n'est point parvenu jusqu'à nous.

5. c U fallait, dit Cbamfort, mettre ces deux yen en un, ce qui

F. xxn] LIVRE IV. 355

Dans les blés*, quand ils sont en herbe, 5

C'est-à-dire environ le temps Que tout aime et que tout pullule dans le monde,

Monstres marins au fond de Tonde, Tigres dans les forêts, alouettes aux champs'.

Une pourtant de ces dernières i o

Âvoit laissé passer la moitié d*un printemps Sans goûter le plaisir des amours prîntanières. Â toute force enfin elle se résolat D'imiter la nature, et d'être mère encore '. Elle bâtit un nid, pond, couve, et fait éclore, 1 5

A la hâte : le tout alla du mieux qu'il put. Les blés d'alentour mûrs avant que la nitée ^

était facile, et ce qui oauTait en même temps les trois rimes consëcutires en ii. d

f) • jiles est cassita, . . .

In segetibus n'tdulari sueta et opa excudere,

(Fabrhb, Ters i et a.)

— Auln-Gelle commence la fable à peu près de même.

7. Voyes, dans Lucrèce, PinTocation à Venus qui commence le poème et se termine par ces rers (i8-ai) :

Denique per maria, ae monteUj fluptosque rapaceU^ Fnaûùferasque domos avium^ eamposque pirenteit^ Omnibus incuttens blandum per pectora amorem^ Efficit ut cupide generatim seela propagent.

— a Un mot, dit Chamfort, suffit à la Fontaine pour rëreiller son imagination mobile et sensible. »

8. Dans les fables latines d*Aulu-Gelle et de Faëme, TAlouette n^est pas mère trop tard, mais elle a mis son nid dans des blés hâtifs {semtntei tempestipiores).

9. L'édition de 1688 a substitué à nitée son synonyme nichée. L^abbé Corblet donne les deux mots dans son Glossaire du patois picard, L'Académie n'a admis nitée que dans ses trois dernières éditions (1798, i835, 1878). Nicot (1606) donne, dans le même sens, niée; et le Glossaire du centra de la France de M* le comte Jaubert, nigée»

— La Fontaine, dit M. Taine (p. 3o9 et 3o3) à propos de ce mot et d'autres semblables, <x a tant de goût pour le mot propre qu'il

356 FABLES. [r.

Se trouvât assez forte encor

Pour voler et prendre Tessor**, De mille soins divers TÂlonette agitée «o

S'en va chercher pâture, avertit ses en&nls D'être toujours au guet et faire sentinelle.

« Si le possesseur de ces champs Vient avecque son fils ^^ comme il viendrai dit-elle, Écoutez bien : selon ce qu*i] dira, % 5

Chacun de nous décampera. »

Sitôt que F Alouette eut quitté sa famille. Le possesseur du champ vient avecque son fils. « Ces blés sont mûrs, dit-il : allez chez nos amis ^ Les prier que chacun, apportant sa faucille, 3o

Nous vienne aider demain dès la pointe du jour. »

Notre Alouette de retour

Trouve en alarme sa couvée *'.

L*un commence : a II a dit que, Taurore levée, L'on fît venir demain ses amis pour l'aider. 35

— S'il n'a dit que cela, repartit l'Alouette, Rien ne nous presse encor de changer de retraite ; Mais c'est demain qu'il faut tout de bon écouter.

Ta le chercher jusque dans les dialectes de proTÎnce. Céuît le seil de Montaigoe, notre plus grand peintre. »

lo FlawêSCêtUe tegcie^ puUi adkue implumihm

EgreeU materna teeta non palehant ariuhus,

(Fabrxx, Ters 6 et 7.)

II. Dans la fable grecque de Babrius, le maitre Tient seul; non, comme ici et chez Aulu-Gelle et FaSme, avec son fils ; et il ne rient que deux fois. A la seconde, voyant que ses amis ne se sont pas ren* dus à son invitation, il déclare que dès le lendemain il mandera, en leur envoyant un salaire, les moissonneurs et les porteurs de gerbes.

19. Dans le récit d'Avianus, il envoie d'abord chez ses voisins, et la seconde fois chez ses amis; dans celui de Haudent, d*abord chez les voisins et familiers, puis chez les parents et cousins.

i3. Puiii trepidtdi cireumstrepere, dit Aulu-Gelle.

f. xxii] LIVRE IV. 357

Cependant soyez gais; voilà de quoi manger. » Eux repus, tout s'endort, les petits et la mère. 40

L'aube du jour arrive, et d'amis point du tout. L'Alouette à Fessor ^*, le Maître s'en vient faire

Sa ronde ainsi qu'à l'ordinaire.

« Ces blés ne devroient pas, dit-il, être debout. Nos amis ont grand tort, et tort qui ** se repose 4 5

Sur de tels paresseux^*, à servir ainsi lents.

Mon fils, allez chez nos parents^''

Les prier de la même chose. »

L'épouvante est au nid plus forte que jamais. « Il a dit ses parents, mère, c'est à cette heure.... 5o

— Non, mes enfants; dormez en paix :

Ne bougeons de notre demeure. »

L'Alouette eut raison ; car personne ne vint. Pour la troisième fois, le Mattre se souvint De visiter ses blés. « Notre erreur est extrême, 5 5

Dit-il, de nous attendre à d'autres gens que nous.

i4* Profecta rursus ad pastum alUe,.,. (FAXBBSy Tcn 18.}

— c Être à r essor te dit d*un oÎMau qui vole loin de ton nid pour set différeots besoins. 1 {Dictionnaire de M. Littré.)

i5. Ellipse facile à suppléer : c et tort a celui qui.... »

16. « Se fier k ses amis, dit Babrins {ytr% la), c'est ne se hftter guère; >

lOc Y^p 9O101Ç 9ciiooi9ev oùx ir^w otccMu

— Dans le Recueil de poésies chrétiennes et diverses, le Tert entier est remplacé par celui-ci :

Sur des amis si négligent.

La leçon que nous donnons est celle des éditions originales; elle est reproduite par la petite édition de 1689, par celles de la Haye 1688, de Londres 1708.

17. Dans Faëme {wen a a) : affines et propinquos; et dans Anla- Gelle : cogmatos^ affines, victMosque,

358 FABLES. [w. xxii

Il n*e8t meilleur ami ni parent que soi-même^* .

Retenez bien cela, mon fils» Et savez-vous

Ce qu'il faut faire? Il faut qu'avec notre famiUe^*

Nous prenions dès demain chacun une faucille : 60

Cest là notre plus court ; et nous achèverons

Notre moisson quand nous pourrons. »

Dès lors que ce dessein fut su de TAlouette : « C'est ce coup qu'il est bon de partir, mes enfants**. »

Et les petits, en même temps, 65

Voletants, se culebutants'^

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