Cesty peu tVn faut, le vers de Corrozet
Mienlx rault nng lien qne denx fois Ta ranraa.
— Les Espagnols expriment ainsi le même proverbe : Mas 9aU um TcÊÊM quê dos Te dare^ « mieux Tant un Prends que deux Je te don» merai, s Voyez le Diet'wHnaure de C Académie de Madrid, — \jl Footaibe a dit ailleurs (Ballade à Foucquet^ octobre i559) :
Promettre est nn et tenir est un antre.
Voyci enooK oî-dessus, p. 168, et note 7. — Dans la moralilé d*Kfop^'Afiotmet^ cité par Robert (tome I, p. 3 10 et 3 11) :
Prouerbe est : qui tiengne, si tiengne, Que mescheance ne li aniengne.
— Cbex Villon {Ballade -des proverbes ^ vers la, édition Jannet, p. 117J:
Tant '\aut tien que chose promise.
9» .... On se mécompte
Quand pour nn Tain espoir on quitte im bien présent.
(La NoBLi.)
r. iv] LIVRE V. 378
FABLE IV
LB8 ORBILLB8 DU LIAtRB.
Faérne, &b. 97, Pulpes et Sîmius.
Le tojet de la fable de Faëme est an fond le même qne celui de la Fontaine; mais les personnages et les détails diffèrent : les animaux sans queue {honore eaïufm qttm earerent) ayant été bannis par le Lion, le Renard se hite de partir avec eux. Le Singe loi représente naÎTement qu*il a plus de queue qu*il n*en faut {tantum cauJm^ ut super foret) ^ et qu'il n*a rien à craindre, t Oui, mais si le Lion yent dire qne je n'ai pas de queue, qui osera le contredire? Qui même osera ▼oir qne j*ai une queue? 1 — Le poëte persan Sadi, dans GuUstan, ou rjSmpire Hes RoteSj dont la Fontaine a pn lire la traduction par André du Ryer (Paris, i634), ^û* d'une antre allégorie encore on semblable enseignement (cbapitre 1, p. 53} : c On vit le Renard un jour qu*il fuyoit tout eftaroncbé. Interrogé de la cause de sa peur, il répondit qu*il aToit ouï dire qu*on prenoit tons les mulets et chameaux pour porter Téquipage du Roi qui alloit à la guerre, t O fol et ignoc rant, lui dit-on, qu'as-tu affaire ayec les mulets et les chameaux? c en quoi les ressembles- tu? — Tais-toi, répondit-il; si quelque c curieux rient, et dit : Voilà un chameau^ prenons-le; qui me rien- C dra délivrer? et qui aura soin de moi? Je serai chargé ayant que c mes raisons soient entendues. 1 Cette fable se tronye à la page 67 dans la traduction de M. Defrémfry, que nons ayons déjà en l'occasion de citer; le traducteur la rapproche de la fable du Benmrd et le Chacal^ racontée par le chef mongol Neyront, dans VHisttùre ées Mongols du baron C. d*Ohsson (liyre VI, chapitre n, tome IV, p. 48). — M. Saint-Marc Girardin, après ayoir cité en entier ayec éloge et traduit la fable de Faëme, dans sa yiii« leçon (tome I, p. aSo et iSi), ajoute cette réflexion trop yraie et trop frappante : c Juste défiance de la justice ici-bas, quand il n*y a pas d*autre loi que la yolonté du despote. Vous êtes innocent, je le sais bien, et yous n*ayez ni conspiré ni comploté ; mais si le maître yous soupçonne d*étre un conspirateur, qui osera dire qne youa êtes innocent? Yous ayei peut-être plus
376 FABLES. [r. !▼
de ferta qu'il n*en faut pour être un saint ; voua n'en avez pas pour ne pas être im accusé. »
Un animal cornu* blessa de quelques coups
Le Lion, qui plein de courroux,
Pour ne plus tomber en la peine,
Bannit des lieux de son domaine ' Toute béte portant des cornes à son front. Chèvres, Béliers, Taureaux aussitôt délogèrent ;
Daims et Cerfs de climat changèrent :
Qiacun à s'en aller fut prompt.
Un Lièvre, apercevant Tombre de ses oreilles,
Craignit que quelque inquisiteur N'allât interpréter à cornes leur longueur, Ne les soutînt en tout à des cornes pareilles. « Adieu, voisin Grillon, dit-il; je pars d'ici : Mes oreilles enfin seroient cornes aussi; Et quand je les aurois plus courtes qu'une autruche*, 1 5 Je craindrois même encor^. » Le Grillon repartit :
I . M. Saint-Marc Girardin se souvient des deux premiers tcts de celte fable dans un très^joli passage de sa xti* leçon (tome II, p. 6S], dont nous avons parlé au sujet de la faùls xin du lirre IV et qu'on trouvera ci-aprèt dans V Appendice de notre tome I. Il voit dans la béte oomae qui s*est fait une affaire avec le Lion quelque m animal hardi et fier, » et qui « poite haut la tête, 1 le Cerf par exemple.
a. .... Extuiare c fimkus regni sui
„,.Jusserat, (FAÎUunii vers a et 3.)
3. L'exemple est bien choisi. Chez Tautruche, différente en cela des oiseaux en général, la tète, excepté durant une courte période de l'enfance (un an, dit-on), où elle se trouve garnie de plumes, est nue ou recouverte seulement de poils épars, et par suite les oreilles sont k découvert et bien visibles, à fleur de tète.
4. t Le Lièvre de la Fontaine est prudent ; il connaît le mot de je ne sais plus quel président du parlement de Paris : c Si Ton m*ae' c cusait d'avoir volé les tours de l'église Notre-Dame, et de les avoir < mises dans ma poche, je commencerais par m'enfuir ; je mVxplif quemis ensuite. > (M. SAorr-MAHc Gihabom, tome I, p. a3a.)
F. iv] LIVRE V. 377
« Cornes cela ? Vous me prenez pour cruche;
Ce sont oreilles que Dieu fit.
— On les fera passer pour cornes, Dit ranimai craintif, et cornes de licornes*. 9 o
J'aurai beau protester; mon dire et mes raisons
Iront aux Petites*Maisons'. »
5. c Cette eonsoniuinoe fait ici un tièt-bon effet, parce qu'elle arrête Tesprit sur Tidée de l'exagération qu'emploient les accusateurs. > (Chamfoet.) — Pline dit, au livre YIII de son Histoire natwrelU (chapitre xxxi), que la licorne, qu'il appelle monoeeros^ a an milieu du front c une corne noire longue de deux coudées, > uno cornu nigrà média fronte eubitorum duum eminente, La licorne est mentionnée plusieurs fois dans la Biàle; la Vulgate la désigne par le nom d'C^nieornis, dont le mot français est une corruption ; elle parait souvent dans les poèmes du moyen âge. On peut voir sur cet animal fabuleux (telle est du moins aujourd'hui l'opinion à peu près générale) un intéressant article de M. £. Desmarest dans le DUtiotmmre d'histoire naturelle de Ch. d'Orbigny.
6. Seront traitées d'extravagances, c Les Petites^Maisous étaient un hôpital fondé par la ville de Paris en 1497» ^ désigné d'abord sous le nom de Maladreriê de Saint^Germain. On lui donna le nom de PetiteS'Maisons ^ parce que les cours qui le composaient étaient entourées de petites maisons fort basses qui servaient de logement à plus de quatre cents vieillards entretenus par le grand bureau des pauvres. Cet hôpital était aussi destiué à recevoir des fous, et l'expression Petites-Maisons devint synonyme d'hôpital de fous» > (M. Cni- BirxL, Dictionnaire historique des Institutions^ mœurs et coutumes de la France, i« partie, p. 977.) — t Et Dieu veuille, dit encore M. Saint- Marc Girardin à l'endroit cité (tome I, p. a3a et 933), que ce soient seulement le dire et les raisons qui aillent 4 l'hôpital des fous, et non pas la personne 1 1 II confirme ensuite cette crainte par un navrant récit emprunté à l'histoire de Venise sous la domination autrichienne. — Voici la morale de Faëme (vers la et i3) :
Cm vita sue tyranno agenda contigit^ Insons lieet sit, pleetitur ssspe ut noeens.
378 FABLES. [f. t