UC RENARD AYANT LÀ QUBOB COUPER
Ésope» fab. 7, *AX(&Rtxfiç, 'A>x&ni]Ç xéXoupoc (Coray, p. 7, p. a84). — Faërne, fab. 61, Vulpes. — Haudent, a« partie, fab. 4, ^m ifcgnard sans queue, -» Corrozet, fab. y^^ du Regnard sans queue.
Mjrthohgia œsopiea Nepeleti, p. 9a, p. 5a6 (Toyez ci-après b note 7).
Un vieux Renard, mais des plus fins, Grand croqueur de poulets, grand preneur de lapins, Sentant son renard d'une lieue ', Fut enfin au piège attrapé.
Par grand hasard en étant échappé, 5
I. Un mot saffit à notre TÎeiHe langue ponr rendre c ayant la qaene oonpée; » ie Renard eseoué, dit Gorrozet. C'est le ladn escam-^ diSf mot que nous ne trouvons employé qu'au figuré, comme tenue de métrique. Haudent, Benserade et notre poète lui-même, au Ters 17, se sont serris, dans le même sens, d*écourté [eseourté). Les Grecs, comme on le voit par Tun des titres donnés dans la notice, expriment aussi ridée par le seul adjectif x6Xoupoç.
a. C*est une nouvelle imitation du vers de Marot cité plus baot (p. 34s, fin de la note a). — L*abbé Battenx, dans ses Principes de la Rttérature (Traité de rapologue, cbapitre i), allègue les trois premiers vers comme exemple de description de mœurs. Lesting, dans sa XV* dissertation (du Style des fables y tome Y des OÊutres^ p. 4t3, édition Lachmann, Berlin, i838% les critique comme un développement oiseux, contraire, dit- il, à la nature même de U fable, le nom seul du Renard suffisant ponr éveiller en noua tout ce que contient cette description. Mais pourquoi, je le demande, cette rj^le étroite? De quel droit peut-on défendre au fabuliste de donner à ses personnages, outre les qualités du genre ou de Tespèce, un caraotère individuel, qui peut être, par exemple, comme ici» de porter ces qualités au plus baut degré ?
F. v] LIVRE V. 379
Non pas franc ', car pour gage il 7 laissa sa queue * ;
S'étant, dis-je, sauvé sans queue, et tout honteux',
Pour avoir des pareils' (comme il étoit habile),
Un jour que les Renards tenoient conseil entre eux :
« Que faisons*notts, dit-il, de ce poids inutile^, i o
3. Franc ^ o*est-«à-dire saju aToir soonert de domnMige. Voyez ]e
Lexique.
4. Chez Corrozet, le Renard, pris aa piège, 9e matile Ini-méme :
Poar esehapper, il la trenche et la oouppe.
5. ff S^étant échappé la queue coupée, dit la fable grecque, il lui semblait que la honte lui renriait désormai» la vie impossible i 9
6. Dans la fable grecque : 6$ 32v tÇ xoiv& Kd6et tb X^xxfê auyzaXu- <^fiiev a7axoc, « pour cacher par le commun dommage sa propre honte, j» — Chez Faëme (tcts 8) :
Ita publico àeitcort teeium iri suum.
7. Onus molestum ineommoJumque, dit encore Faëme (yen 7) ; et le fabuliste grec : ^ o&x hz^vàç (x6vov touio xb [tikoç Sv, à^Xk xa\ icspittbv pd^poç 7cpo9y)pTT)(xivov, c ce n'était pas seulement un membre malséant, mais encore uo poids sup«frflu, une vaine annexe, b — L'idée rendue dans le vers suivant se trouve dans une fable d*un tout autre sujet, le Singe et le Renard^ dont nous avons plusieurs versions diverses. Le Singe, priant le Renard de lui céder une portion de sa queue, lui dit : Quidenim,,,, utile est tibi tantum pondu*,,,, sine causa^ tantmque longttudinis eauda quam per terram trahis? (Romujlus, liyre III, fable xvii.) — Dans Y Appendice des fables ésopiques {fable xxii] :
Quid eninif inquitf cauda tanim longiludînis Prodest? quo tanium pondus per terram trahit?
— Dans le fabuliste Anonyme (fable lti, Nevelet, p. 536.)
Quid prodest nimia campos inteitlpere couda? Le Renard dans cette dernière feble répond :
Malo verrat humum, .. ;
et dans les Fables nouvelles de Phèdre (voyez le Phèdre de la collection Lemaire, tome II, p. Soi et 5oa) :
.... Longior fiât licet^ Tamcn iilam citius per lutum et spinas traham^ Çuam parvam quamvts partem impertiar tibi.
38o FABLES. [p. i
Et qui va balayant tous les sentiers fangeux ?
Que nous sert cette queue? Il faut qu on se la coupe :
Si Fou me croit, chacun s*y résoudra.
— Votre avis est fort bon, dit quelqu*un de la troupe ; Mais tournez- vous, de grâce, et Von vous répondra*. » A CCS mots il se fit une telle huée, Que le pauvre écourté ne put être entendu. Prétendre ôter la queue eût été temps perdu : La mode en fiit continuée.
8. Mme de Sérigné cite ce Tert fort à propos, dans sa IMtrt k Mme de Grignan, du i*' aTiil 1689 (tome IX, p. 4)- — < Molière n'anroit pas dit la chose d'one manière plus comique. » (CuairlORT.) — Molière (c'est un rapprochement indiqué par Gcnnes et par M. Soullié , p. 983 et 984) a en effet rendu une idée analogue dans la i** scène de V Amour méacem, sans se piquer de lui donner on tour aussi plaisant : f Tous ces conseils sont admirables assurément, dit Sganarelle à ceux qui lui donnent des conseils selon leur éiat, mab je les trouve un peu intéressés, et trouve que tous me conseillez fort bien pour tous.... Vous êtes orférre, Monsieur Josée, et Totre conseil sent son homme qui a enTÎe de se défaire de sa marchandise.... Quoique tous tos conseils soient les meilleurs du monde, TOUS trouverez bon, s'il vous plait, que je n'en suive aucun. Voilà de mes donneurs de conseils à la mode. > Le mot de Molière : c Vous êtes orfèvre , » est devenu proverbe, aussi bien que le vers de la Fontaine. Celui-ci, conmie le fait remarquer Genizez, c s'applique à ceux qui dénigrent ce qu'ils n'ont pas ; » l'autre « à ceux qui vanttnt ce qu'ils ont. 1 — La fable ésopique dit tout simplement : c Si ce n'était pas ton intérêt, tu ne nous donnerais pas ce conseil; a cl Faëme (vers la et i3) :
An tUf quia utud expedii^ soror^ tihi^ Ideireop mi^ duâ ceteru hoe CQtuiU?
F. Vi] LIVRE V. 38i
FABLE VI