‹ Œuvres de P.L. TchebychefChapitre 331 sur 374 · Voici le passage de Régnier auquel renvoie la notice · texte numérisé non relu

Voici le passage de Régnier auquel renvoie la notice

A ce point le malheur , amy, comme ennemy, Trouuant au bord d*un puits un enfant endormy, En risque d*y tomber, à son aide s*auance, Et luy parlant ainsi le resueille et le tance : « Sus, badin, leoez-TOUs; si tous tombiez dedans. De douleur vos parens, comme tous imprudens, Croyans en leur esprit que de tout le dispose, Diroient en me blasmant qne i*en serois la cause. » Ainsy nous séduisant d*nna fausse couleur. Sonnent nous imputons nos fautes au malheur. Qui nen peut mais ; mais quoy ? l'on le prend il partie, Et chacun de son tort cherche la garantie.

J. DS ZiA FoiTAUTB. I 26

4oa FABLES. [t. n

FABLE XII

LES MÉDBCIH8.

Ésope, to, 3 1 , lorepbç xa> NoofiW (Coiay , ioos denx fomief, p. ") ^ fab. 43, Nooôv xa\ 'I«tp6« (Cony, p. «7, p. 3oa)- Ancone de c» fables giecqnet ne se rapporte exactement à celle de la Fontaine. La première, qoi a été mise en français par Haudent («• partie, ùh. a5, tTun Médecin et des hommes portant un corps morf), développe le trait final : t S'il m'eût cm, etc. • (Voyez la dernière note de la ÉJ»le.) La seconde met en scène nn médecin Tant-mieux. Benserade oonsacie aussi un quatrain (le cxxn*) au médecin Tant-mieux ; son cxlti* raille le médecin Tant-pb.

c Cette fid>le, dit Ghamfort, est moins on apologue qu'une épigramme. Gomme telle, elle est même parfaite, et elle fignroaît (rèfbien parmi les épignmmca de Rousseau. »

Le médecm Tant-pis alloit voir un malade

Qne visitoit aussi son confrère Tant-mieux^.

Ce dernier espéroit, qnoi(jpie son camarade

Soutînt que le gisant* iroit voir ses aïeux.

Tous deux s'étant trouvés diffSérents pour la cure, 5

Leur malade paya le tribut à nature *,

I . Dans le premier des quatrains de Benserade indiqués ei- Tant^mieux n*est pas le nom, maia, bien moins plaisamment, le pro* pos constant du médecin :

Un de ces médecins qui fcmt tant de visîtes

Au malade gisant disoit toujours : c Tant mieux. >

a. Benserade a employé le même mot, mais adjectiTement : irojei la note précédente.

3. Boileau, dans sa x« satire (yers 413-418), noua montre deux médecins c mandés au secours » d'une malade, qui

Lui donnent sagement le mal qu'elle n*a point, et

Au tombeau mérité la mettent dans les formes.

F. xu] LIVRE V. 4o3

Après qa'en ses conseils Tant-pis eut été cru.

Us triomphoient encor sur cette maladie.

L'un disoit : « Il est mort; je Tavois bien prévu ^.

— S*il m'eût cru, disoit Tautre, il seroit plein de vie*. »

4* Dans le quatrain gxltx de Benseradei le médecin dit aa fossoyeur enterrant le malade :

Cett dommage d'un tel, mais je me persuade Qu'il ne pouf oit guérir, tant il étoit malsain.

5. Voyez la notice en tète de la fable. Coray pense que Démosthène fait allusion à la première des deux fables âopiqnes (la 3i*), lorsque, dans son Discours de la Couronne (édition Reiske, 1770, tome ly p. 307 et 3o8), il fait dire au médecin accompagnant le malade qu'on porte au tombeau : t Si cet bomme avait fiidt ceci et cda, il ne serait pas mort : > Eî ib xa\ Tb Ijcobjotv Mpancoc Q&vo9\, o&c 9y ojcsOocvcv.

4o4 FABLES. [r. xm

FABLE XIII

LA POULB AUX CBUFS D^OIl.

Ésope, iàb, i36, 'Opviç xfnwiàxoÇj *Â^p xal ''Opvtc (Goray, p. 77 et 789 soos trois formes, et p. 335 et 336). La fable a4y Fwjj xsl "Opvic (Coray, p. 17 et 18, p. 199 et 193), est pareille pour la bkh ralité, mais différente pour le récit. — Babrios, fab. ia3, 'Opvi; XpuooT6xo{. — Axianns, fab. 33, J/uer et Rutiieus, — Handcnt, f" partie, fab. 109, d'un Homme et de sa Poulie, — Gorroaet, fiJ>. gi^de la Femme et de la Gelîne,

Mjrthologia mtopica Neveleti^ p. 198, p. 365, p. ^jS.

Le manuscrit de M. le comte de Larde que nous ayons mcndiooiie plus haut (p. 396) porte, au verso de la fable x de ce liTre, cette Cible» ci, écrite de la même main, sans aacone variante qui la distingue de notre texte. — Elle est aossi au Mamucrli do SakUe'Gtmenht.

Benaerade a sor ce sujet on quatrain bien toiumé (le czx«) :

Un Homme aToit nne Oie, et o'étoit son trésor. Car eUe Ini pondoit tons les jonrs un œuf d*or. La croyant pleine d*CBufs, le fou s'impatiente, La tue, et d'un seul coup perd le fonds et la rente.

Pour les fables orientales qa*on a rapprochées de oèlle»ô, on peut consulter le Mémoire de M. Wagener, p. 81-87; les Études indiemnes de M. Weber, tome III, p. 340 et 34i; et le tome I du Pantseka" tantra de M. Benfey, p. 36o et 36 1, p. 378-380. Le rapport noos parait trop peu frappant pour (ju'il soit à propos de l'indiquer îd. Voyez ci-après note 9. — Une affabulation analogue se tire de la fable de l'arbre qu*on abat on Teut abattre pour en manger plot oommodémentles fruits. Desmay, dans t Ésope du temps (1677, faUe xm)» l'a mise en Ters , sous ce titre : les Loirs ou la Débauche funeste» U vaudrait beaucoup mieux mettre le chêne à bas, dit l'un des Loin.

Rien ne seroit si commode au repas :

n faudroit seulement se baisser pour en prendre.

Mais un autre mieux airisé s'oppose à ce funeste dessein et montre à

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ses compagnons «jne ce sertit folie de < faire monrir lenr nourrice. » — On trouTera à V Appendice de ce Yolnme une fable latine de Mil* ton« où Farbre, an lien d'être abattn, est transplanté, et dont la moralité est à peu près la même.

L'avarice perd toat en voulant toat gagner^.

Je ne veux, pour le témoigner, Que celui dont la Poule, à ce que dit la fable,

Pondoit tous les jours un œuf d'or '.

Il crut que dans son corps elle avoit un trésor* : 5

n la tua, l'ouvrit, et la trouva semblable A celles dont les œufs ne lui rapportoient rien, S'étant lui-même ôté le plus beau de son bien.

Belle leçon pour les gens chiches * !

I. Chez Babrius (vers 7), la morale, appliquée an fait particulier raconté dans la fable, est ainsi rendue :

nXsfovoc IpoK**** ivrifijot i&v 9viuv,

ff Le désir de plus le priva de ce qu'il avait. > — Fantaleo Candidus (Weiss), qui, dans sa fable 54 : MuHer et GaUina aunpara, a traité le sujet d'une des &bles ésopiques (la 914*)» termine ainsi son apologue ;

Magna appetens amittU et meéiocriam

a. Dans une fable de Lockman, c'est, au lieu d'un osuf d'or, un oeuf d'argent, M. Éd. du Méril {Poésies inédites du moyen âge, p. la et note 1) conclut de là que la fiable a très-Traisemblablement une origine sémitique. Dans celle des fables ésopiques que nous avons indiquée, dans la notice, sous le titre de la Femme et la Poule (Tuvjj xx\ "Opvic), il est question d'un œuf ordinaire. En arabe, et cela peut expliquer que dans la tradition l'œuf ordinaire se soit cbangé en œuf d'argent, les mots hlane et œuf ont la même racine, et l'adjectif qui signifie blane se prend substantivement pour dire argent.

3. L'une des versions de la fable ésopique (n<> i36) dit de même : c Car il croyait que dans ses entrailles il trouverait un trésor, » ISéxtt Y&p h TOM» i^xiroïc a&rijc Oi)9aupcj> Ttvi ivxu^ttv. — Dans la version la plus connue, on lit : ^Sr^mè xpu^'ou, ce que Haudent traduit par t une masse d'or fin. 1

4. Chiche^ dont la vraie signification est t mesquin , pareimo-

4o6 FABLES. [p.xm

Pendant ces derniers temps*, combien en a-t-on tus io Qui du soir au matin sont pauvres devenos, Ponr vouloir trop tôt être riches !

nienx, • est prit ici an lau d'apcrf, wwr^ dam Tacoeptioii étaidne du latin «part» , qai Teat dire avide en général, et surtoat avide /«rgnU^ cupide. An premier tcts, avariée est employé aTec celte méo» extension de sens. — Dans Tédition de 1799» on a imprimé pir crrenr, an lien de ehiehes^ le mot qui est déjà à la rime : riches,

5. Les exemples qui confirment cette leçon ne manquent en amu temps. Est-ce une nouTcUe allusion à ceux dont il est parlé ci-dosns, p. aSa, note 7?

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FABLE XIV

L^llfB PORTANT^ DBS RBLIQUBS.

Éfope, fiJ>. 1579 "Ovoc ^CDTcéSiioi Ef^Xov, 'Ovo< PocordCoiv 'AYoXiia (Goray, p. 168 , p. 169, p. 889 , tons trois formes). — Faërne, fab. 95, Jsinm simulaenim géstamt.

Mjthûlogia tuopiea Neveleti, p. 997, p. 357.

Cette ùble est la troisième et dernière du manuscrit de M. le comte de Lnrde dont nous aTons parlé dans les notices des fahUs x et zin de ce lin«. Voyez ci-après la note i.

c L*Ane portant les mystères, > est nn prorerbe grec. On se ser* ▼ait d*ânes, ditH>n, poor transporter d'Athènes à Eleusis les objets nécessaires à la célébration des mystères, c Par Jopiter! dit l'esclaTe Kanthias dans les GrenouiiUs d'Aristopbane (rers iBg et x6o), je suis donc l'âne qui porte les mystères ; mais je ne les porterai pas da- Tantage; >

'Arap o5 xaOéÇto Tovra t^ nXtltù %p&wi>

— Cet apologue fait le sujet du tii* emblème d*Alciat, qui est précédé de ces mots : Non tièl^ sed reRgionL Claude Mignault, plus connu sous le nom de Minos, cite» dans le commentaire qu'il a fait de cet emblème, le distique suivant du savant Jean Mercier, successeur de Vatable dans la chaire d'hébreu du Collège royal :

Quid sihi 9uU Jsintu tergo mysteria porttuu? Indoetot pîdeas smpe prmeue saeris,

— t Voici l'Ane qui passe gravement , dit M. Saint-Marc Girardin (xtf^ leçon, tome II, p. 1), portant des reliques, et tout le monde le salue* L'Ane prend pour lui ces hommages. Quelqu'un l'avertit :

Ce n*cst pas vous, c'est l'idole, A qui cet honneur se rend.

Ce quelqu'un est assurément nn mal-appris : pourquoi détromper 1. Dans le mannserit de M. de Lurde, portant est précédé de

4o8 FABLES. [r.

PAne? pourquoi lui 6ter rilliuion qui fabait son bonheur? De pins , j*y trovTe nn înoonTénient : TAne dorénayant portera moins bien les reliqaet; il aura l'air moins graTS et moins solennd. Il fiut croire en ce monde awc rdlqnes qu'on porte. Il y a eependant aussi nn autre inoonTénient : c'est d'y trop croire, on plutôt de crom en soi-même à cause des reliques qn'on porte, Faul-il un exempk? Nous «TOUS releré le principe d'autorité, qui était tombé par tene, et nous aTons eu raison; nous le portons stco rérérenoe, et en eda encore nous ayons raison. Mais ne croyons pas que ce principe poisse rendre yénérabies et sacrés tous ceux qui le portent. Sans eda, gare à la £Bd>le de l'Ane qui porte des reliques I • ^- L'apologue de Bonrsanlty U Jardinier et tJne, qui se troure dans l'acte II (scène i) de la comédie à* Ésope à la court ^ ™^ *°j^ ^^^ différent ; mais la morale n'est pas sans quelque analogie aTcc celle qu'enseigne notre fidJe. L'Ane porte des fleurs, on le recherche et le suit; il porte du fnmicr, on le maudit et le fuit*

Un Baudet chargé de reliques * S'imagina qu^on Tadoroit :

Dans ce penser il se carroit*^ Recevant comme siens Tencens et les canti<pies.

Quelqu'un* vit Terreur, et lui dit : s

« Blattre Baudet, ôtez-vous de l'esprit Une vanité si folle.

Ce n'est pas vous, c'est l'idole*.

ckarf, biffé. On voit qn*on ayait d'abord touIu écrire : c l'Ane chargé de reliques. »

a. Les autres fabulistes, même les modernes, ont laissé le sujet tout païen. L'Ane porte la statue d'un dieu, Ç6oevov, dpYupoQy Ppéroc, simulaerum argenteum (dit Faëroe), IsidU effigiem (Alciat), urne idole do bois (Benserade, quatrain ccyiii).

3. Dans la fable ésopique, il saute de joie, et peu s'en fimt qu'il ne jette à terre la statue : oxiprGv j|(uXXs t^ 6cbv ^{^i.

4. Ce quelqu^un, dans les autres fables, c'est son maître, c'est l'Anier, qui lui enseigne la modestie à coups de bâton.

5. La Fontaine mêle sans scrupule le langage païen et le langage chrétien. On sait an reste que le mot idoU^ dont le sens étymologique

f.xiy] livre V. 409

A qui cet honnear ae rend*,

Et qae'' la gloire en est due. » 10

D*un magistrat ignorant C'est la robe qu'on salue'.

ett imûgg, s'emploie trèft-êouTent au fignré poar tovt objet de eolte et d'adontion.

6. Dans le quatrain grec de Gabrias, donné par Nerélet et Goray :

.... Oi OdK 0^, tlïv Oeîw Viytiç.

— Dans V emblème d*Alciat (vers 7 et 8) :

Donte eum flagris eomp9tcên$ dixit agàso : c Hon es Deut tu, A$eUe, $ed Deum pehU, »

7. Que remplace à qm. C'est un changement de tour. Le second memlire relatif est construit comme si la phrase commençait par : t Ce n'est pas à tous. 1

8. Montaigne a dit (livre IH, chapitre vniy tome ni , p. 4^1) : c Festois sar ce poînct, qu'il ne fault que Teoir un homme esleué en dignité : quand nous Taurions cogneu, trois iours denant, homme de peu, il coule insensiblement en nos opinions une image de grandeur et de suffisance; et nous persuadons que, croissant de train et de crédit, il est creu de mérite : nous iugeons de luy, non selon sa Taleur, mais à la mode des iectons, selon la prerogatiue de son reng. Que la chance tourne aussy, qu'il retumbe et se mesle à la presse, chascun s*enquiert auecques admiration de la cause qui l'auoit guindé si hanlt : c Est ce luy? faict on; n'y sçauoit il aultre chose quand il ■ y estoit ? Les princes se contentent ils de si peu ? Nous estions vrayec ment en bonnes mains ! » — Bonchet, dans sa ix« série (livre I, p. 993, Rouen, i635), parle d'un magistrat qui c se persuadoit que sa robbe d'escarlatte l'auoit transformé en une autre espèce. 1 — La moralité en prose qui suit la fable de Gabrias recommande aux per* sonnes en dignité de se souTcnir, quand on les honore, qu'elles sont hommes : -cobç h èSçuSt^jam Tipn^iivouc Bet yiyc&oxeiv Su dfvOpconof c?9iy, ce que Faême traduit ainsi (vers 8} :

Se ncrit hominem^ fui magistratum gerit,

^ Voyex la notice en tète de la fable.

4io FABLES. [r.n

FABLE XV

LB GBEF BT LA VIGHB.

Éiope, fiJ>. 65, 'Ekwfoç ta\ 'k\ÈXtk9ç (Goray, p. 39, p. 3i4). — Faërney fiJ>. 70, Ceiva et Fitit, -^ Handeot, i^ partie, fab. 4%,^^ Biche et des Fiemetin*

MytMogia euùpiea Nevektl^ p. i43, p. 359.

M. Chambry a, dans la belle collection d'antograpbety on nuiiorit de cette fiJble, si^né Db ka FoirrAnni qu'il nom a commioiipé fort obligeamment; il n'ofi&e que deux Tariantes d'oitbognphe iitignifiantet ; pM et ostft, H deox on troia de ponctuation, qni o*afleetent point le aens.

Un Cerf, à la faveur d'ane vigne fort haute,

Et telle qu'on en voit en de certains climats^,

S'ètant mis à couvert et sauvé du trépas,

Les veneurs, pour ce coup, croJoientleur8chiensenfrllte^

Us les rappellent donc. Le Cerf, hors de danger', S

Broute sa bien£utrice^ : ingratitude extrême !

I. En Italie y par exemple » on dn moins dani la plos grande piitic de ritalie, où la Tigne n*eit pas taillée comme dans nos psyif ■>>* s'élère et se marie aux arbres. Les allusions à cette manière de aiûnr la yigne abondent cbex les poëtes latins. Çmam ofrûiÔMM neem faeito^ dit Caton, cité par Pline au Uttc XVII de VHisicin mterA, cbapitre xxxt, J 34* — Faëme, qui écrirait en Italie an maiaf siède, pânt ainsi )*abri touffu du Cerf (rers a et 3) :

DeliimU....

a. Ccst-è-dire, ayant manqué la béte, «yant pcrda la toie.

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