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(Livre II, fable ix.)
Un jour, le Moucheron trop présomptueux s'étant adressé an Lion : ft Sans mentir, lui dit-il, tu es bien trompé, si tu penses être audessus de moi, comme tu crois surpasser tout le reste des animaux^ vu qu'il est très-véritable que tu ne me surmontes ni en beauté, ni en force, ni en bonté, combien qu^il faille avouer que tu parois asses robuste de corps, et même que tu n*es pas sans adresse. Tu as des dents et des ongles, qui savent mordre et déchirer, il est vrai ; mais, après tont, où trouvera-t-on la femme, quelque foible qu'elle soit,
qui n*en fatie autant si on Tattaque? Voyons nn pen maintenant ee qn'il y a en toi de grandeur et de beauté. Tu as la poitrine large, et les épaules aussi, outre que ton col est hérissé d'un crin épais, et qui donne de la peur; mais tu ne vois pas combien tu es laid par der* rière. Pal bien d'autres avantages, si tu le sais considérer, en ce que ma grandeur consiste en la vaste étendue de Tair que mes ailes environnent, et ma beauté en Tagréable verdure des prairies qui me tiennent lien d'habillement, puisque je m*y repose quand il me plaît, lorsque je suis lassé de voler. Quant à ma force, elle est telle qn'il n'y a pas de quoi s'en moquer, vu que tout mon corps ne se peut mieux appeler qu'un vrai instrument de guerre, avec lequel j'entre toujours au champ de bataille. Ainsi ma bouche me servant de trompe et de dard, je suis ensemble et trompette et archer : joint que je me rends moi-même et arc et flèche, pource que mes ailes me portent en l'air, d'où je m'élance comme un trait, et blesse en même temps. Que si quelqu'un en reçoit la plaie, elle n'est pas si petite qu'elle ne le contraigue de s'écrier à Tinstaut et de chercher Taoteur de ce mal. Cependant je suis absent, on présent, si bon me semble ; car je m'arrête ou m'enfuis à ma volonté, voltigeant à tired'aile autour de celui que j'ai blessé, duquel je me moque, comme je vois qu'il se débat et se tourmente, ayant senti ma piq&re. Mais, conclut-il, à quoi sont bonnes tant de paroles? Venons-en tout maintenant à répreuve, et nous verrons ce qui en arrivera. » Ce disant, il s'en vint fondre sur le Lion, qu'il assaillit par les yeux et par les autres parties de la tête, où il n'a voit point de poil, ne cessant de bourdonner à l'entour. Le Lion cependant, irrité de cesbravadei, se toumoit de tous côtés, sans se pouvoir revancher, et ne faisoit que dévorer l'air. A quoi le Moucheron se plaisoit de plus en plus ; et comme s*il e&t fait trophée de mettre en colère son ennemi, qn'il assailloit sur le muffle, il faisoit qu'il se toumoit toujours en vain vers l'endroit où il se sentoit piqué. Mais cet insecte volant ne cessoit de gauchir du corps, qu'il ne rendoit pas moins souple que pourroit faire un bon lutteur, et s'écouloit d'entre les dents, voire même il s'échappoit de la gueule close du Lion, qui, se voyant frustré de sa proie, se débattoit des mâchoires. Comme ce combat eut duré longtemps, le Lion, fkché de n'en pouvoir venir à bout, et lassé de sa propre colère, se coucha par terre, et se mit à reposer, undu que le Moucheron, volant autour de sa jambe, se plaisoit à bourdonner, comme si, en signe de victoire, il eût sonné de la trompette. Mais lorsque, enflé de cette bonne fortune, il voulut étendre son vol en Tair, et s'égayer avec plus d'audace que de coutume, le malheur voulut qu'il tomba dans une toile d'un {sic) araignée, qui le saisit et l'enveloppa tout A l'instant. Voyant donc qu'il ne pouvoit point fuir,
■i Réchapper de ce êamget, Q te wâlt à <Umi»i m Uëêc, et s* ■«Bt à aoi-iBaBe : « Ne sob-je pat men anénble, dit-il, «T; CB ■agoêfv le oosnge de ftwoqtr le Lioa an poBToir ■■intfiiif ne tanver de h toile d'au fiwae à nn|ve et « dâice? >
(Acamxa» Tisn», £w Amemt de Clkepkom «r ^ Lemeipfm^ tîoB de Jeu Baadobiy éditioa de i635, p. laS et lomntcs.)