‹ Œuvres de P.L. TchebychefChapitre 50 sur 374 · QEupres de Raeiney tome VI, p. 4is-4i · texte numérisé non relu

QEupres de Raeiney tome VI, p. 4is-4i

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où ils se voyaient tous les jours, et qu'il ne sa£Bt sans doute pas de faire remonter à l'annëe 1660. Les relations entre leurs familles étaient anciennes, la Fontaine s'ëtant allie aux Hëricart de la Ferté-Milon. Ces Hëricart n'ëtaient pas seulement compatriotes de Racine ; il y avait entre eux et lui un lien de parente par les femmes *. Il est à remarquer aussi que le père de Racine avait eu poiu* parrain un Pintrel *. Ainsi la connaissance des deux poètes était d'avance toute faite ; mais, n'en eût-il pas été ainsi, ils étaient destinés à se rencontrer en ces années où la Fontaine devenait célèbre à Paris, dans le monde des lettres, et où le jeune élève du Port-Royal montrait déjà l'ambition de s'y faire, à son tour, un nom. Avec un semblable amour de la poésie, ib eurent encore, pour premier lien de leur amitié, le même goût du plaisir. A la fin de la lettre, dont nous venons de parler, Racine, à propos de la sagesse dont il devait garder au moins les apparences dans la pieuse maison de son oncle, disait à la Fontaine : ce II faut être -régulier avec les réguliers, comme j'ai été loup avec vous et avec les autres loups vos compères. » Ce témoignage jetterait quelque jour, s'il en était besoin, sur les amusements de la Fontaine à Paris, et sur sa joyeuse société. Heureusement son intimité avec Racine a laissé d'autres souvenirs ; et, dès cette première liaison même, ils ne furent pas seulement loups ensemble; un échange du feu sacré commença entre eux, qui valait mieux que cette émulation dans la vie légère. Une autre lettre, que, l'année suivante, la Fontaine reçut de Racine, encore à Uasès ', nous montre qu'ils prenaient plaisir tous deux à une de ces correspondances littéraires, moitié prose, moitié vers, qui étaient à la mode. Le jeune Racine, exilé en province, aimait

I. Ce fait curieux, et que nous croyons avoir été négligé josqu^ici, de la parenté de Mlle de la Fontaine arec Racine est prouTé par le petit tableau généalogique que nous donnons ci-après aux Pièces justificatives^ n* n. Nous Tarons dresse sur les indications de M. Tabbë Hazard, qui a droit à tous nos remerciements pour bien des renseignements précieux (voyez ci-dessus, p. xni, note a).

a. Voyez au tome I des QEiwres de J, Baeine [Pièces Justificatives de la Notice)^ p. 173 et 174.

3. Œuvres de J, Racine^ tome VI, p. 4S7'494t lettre du 4 juillet 166a.

SUR LÀ FONTAINE. txx

à se faire décrire par la Fontaine tout ce qui se passait de plus mémorable sur le Parnasse et k soumettre à son jugement de petits essais poétiques ; l'aimable correspondant lui mandait force nouvelles de poésies et de théâtre '•

Quand on rencontre Racine, on se dit aussitôt que Boileau ne peut être loin ; mais il ne faut pas oublier que leur connaissance ne se fit que vers la fin de i663 '. Est-ce plus tôt que la Fontaine connut Boileau ? Ce n'est pas impossible ; cm devrait même dire que c'est certain, si Ton croyait Brossette bien informé lorsqu'il a dit que Racine avait été présenté à son futur Aristarque, non par raM>é le Vasseur, mais par la Fontaine*. Quoi qu'il en soit, pour être alors ignoré de celuici, il eût fallu ne s'être pas fait beaucoup distinguer eucore par les amis des vers. Il est vrai que Boileau ne fit rien imprimer avant l'année i663; mais, en 1661, sts Satires tel fi^ et quelquesHmes de ses petites poésies, avaient été déjà lues dans les cerdes; et 90ù rôle d'arbitre du goût commença de bonne heure. Nous le rencontrerons, peu d'années après, prenant parti pour la Fontaine dans la querelle des deux contes de Joconde ; il n'y a pas de doute, à ce moment-là, sur leur étroite liaison.

On verra bientôt que l'amitié la plus intime ne tarda pas à unir la Fontaine avec les trois illustres dont nous venons de parler, Molière, Racine et Boileau.

Nous avons maintenant à le suivre après la catastrophe de son protecteur.

Trois semaines après avoir envoyé à Maucroîx la description de cette fête de Vaux, dont les splendeurs cachaient une ruine prochaine, il lui adressa une lettre bien différente * : « Je ne puis te rien dire de ce que tu m'as écrit sur mes affaires. . . Elles

I . OEupres Je /. Boàne^ tome VI, p. 484 et 485, lettre de Racine à le Vatseur, du 4 juillet i66a.

1. Voyex, au tome I des Œuvres de RaeUu^ la Hoiieê biographique^ p. 59.

3. Mémoires de Brouette sur BoOeau^ dans la Correspondanee entre Moileau Despréaux et Brossette^ publiée par A. LaTerdet, p. $19.

4. Elle a poiv toute date : « Ce samedi matin. » Cett le samedi 10 septembre. Foucquet avait été airété, comme nous allons le dire, le lundi précédent*

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me touchent, pas tant que le malheiir qui Tient d'arriver au surintendant. Il est arrête, et le Roi est violent contre lui.... lime de B... ' a reçu un billet ou on lui mande qu'on a de Tinquiétude pour M. Pellisson : si ça est, c'est encore un grand surcroît de malheur. » L'arrestation de Foucquet, k qui la lir bertë ne fut plus rendue, avait eu lieu le lundi 5 septembre 1661, à Nantes. Que l'inflexible rigueur dëployëe contre lui n'ait été qu'un acte de justice, maigre la passion qu'y mêlèrent les justiciers, laissons à l'histoire le soin de le dire ; mais quand, simple biographe de la Fontaine, on se sent comme sëduit et gagne par ses sentiments, comment ne pas se mettre du o6të de la pitié, qu'il a su faire parler avec l'éloquence la plus touchante ? C'est l'honneur des lettres qu'à l'heure où la disgrâce éloigne les amis, elle les ait trouvées si fidèles à payer noblement la dette de la reconnaissance. On ne se souviendra jamais des prisons d'État qui se fermèrent sur Foucquet, sans que, devant leurs inexorables portes, on entende les voix de Sérigaé, de Pellisson, de la Fontaine. Celui-ci n'avait pas encore fait de vers comparables en beauté à ceux par lesquels il invita les Nymphes de Vaux k gémir. Il n'était jusque-là qu'un des plus remarqués entre les beaux esprits ; une généreuse émotion du cœur le sacra poète.

Outre cette noble élégie*, le malheur de Foucquet inspira,

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