I. Art poétique^ chant it, yen
SUR LA FONTAINE. lxxxt
Cette fois la Préface tentait une réponse à des scrupules que la Fontaine voulait paraître seulement prévoir, mais qui probablement avaient ëtë exprimes dëjà. Si Ton trouvait dans ses badinages un peu trop de liberté, « la nature du conte le vouloit ainsi. » Il avouait d'ailleurs qu' « il faut garder en cela des bornes et que les plu» étroites sont les meilleures. » Il ne croyait pas mettre la morale en péril, la gaieté ne faisant pas sur les âmes une impression aussi dangereuse que la douce mélancolie des romans les plus chastes et les plus modestes.
Cest à lui-même que nous avons labsé la parole, sans lui accorder le moins du monde que son apdogie soit sans réplique. Un des traits les plus plaisants de ce court plaidoyer est celui-ci : « Cicéron fait consister [la bienséance] à dire ce qu'il est à propos qu'on dise eu égard au lieu, au temps et aux personnes qu'on entretient. Ce principe une fois posé, ce n'est pas une faute de jugement que d'entretenir les gens d*aujonrd'hui de contes un peu libres. » Voilà bien sa malice piquante, avec un mélange ou sous un air de naïveté.
Longtemps après, et, avec beaucoup d'esprit, dans des vers du premier conte de son troisième livre, il a essayé encore de défendre l'innocence de ses Contes bieus^ ou comme dans sa Diueriaiion^ disait Boileau, de ses Contes de ma mère toie. Là, en habile avocat, la Fontaine ne disait pas certaines vérités, sans en laisser de côté quelques autres. Mais ce n'est pas à nous, à cette place moins qu'ailleurs, d'ériger un tribunal ; nous ne voulons faire froncer le sourcil ni aux Muses indulgentes ni à la sévère sagesse. Remarquons seulement que l'austère Louis Racine lui-même, sans songer, on le pense bien, à une apologie des contes, à laquelle il était moins disposé que personne, n'a pas craint de solliciter du moins quelque indulgence pour les intentions de la Fontaine : « Dans ses écrits licencieux, a-t-il dit*, on n'aperçoit point cet esprit libertin et ce coeur corrompu , que tant d'écrits du même genre font remarquer dans leurs auteurs. On voit un homme qui se laisse entraîner par un malheureux talent, dont il ne prévoit pas les suites funestes.... Il poussa son étonnante