‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 101 sur 299 · Voir, à ce sujet, la note à la lin de cette discussion · texte numérisé non relu

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MALADIES Y I RU L E N T E S

nués, il arrive très souvent qu’un certain malaise, de la (lèvre, se produisent, comme dans la vaccine humaine. Etant donné l’état de santé de la brebis, portant depuis quinze jours un fœtus mort, il peut se faire que cet état fébrile, inflammatoire, dù à l’inoculation très virulente, ait déterminé sa mort.

M. Noël Guéneau dk Mussy :... Notre éminent collègue pourrait-il nous dire quelles lésions ont été constatées, surtout au point de vue de l’inoculation charbonneuse?

M. Pasteur : Il n’y avait pas de signes manifestes du charbon; mais, par la culture, il a été possible de faire sortir du sang la bactéridie charbonneuse.

Il est évident, en effet, que la bactéridie reste dans le sang et dans l’économie un certain temps après l’inoculation vaccinale; mais elle était extrêmement rare dans le corps de la brebis; il fallait un grand nombre de champs du microscope pour en apercevoir un seul filament. Il n’y avait pas trois jours que la bactéridie avait été introduite dans le corps de la brebis, et, dès lors, il n’y a pas à s’étonner qu’on ait pu l’en faire sortir par la culture du sang. Encore un jour ou deux de vie de l’animal, et elle aurait disparu entièrement, et la vaccination eut été acquise au maximum.

M. Colin (d’Alfort) : ... Je crois être le premier qui ait parlé tics inoculations préventives contre le charbon, et le premier qui ait établi, par des expériences, que les inoculations de petites quantités de virus charbonneux confèrent l 'immunité à certains animaux et dans une certaine mesure. J’ai dit cela à l’Académie, il y a à peu près un an, dans la séance du 6 juillet dernier. Mais, comme il faut des citations précises à ce sujet, je les réserve pour la prochaine séance.

M. Pasteur : Vous produirez vos textes, si bon vous semble. Ce que vous dites est tout à la fois une erreur scientifique et une erreur historique.

M. Colin : Oui, mardi j’apporterai mes preuves. Aujourd’hui je me borne à deux réflexions

Ma seconde réflexion est celle-ci : Je me demande pourquoi M. Pasteur, au lieu de se servir de ses liquides de culture, n’a pas employé le sang charbonneux même, pour constater les effets de ses vaccinations.

M. P asteur : Mais demain, si vous le désirez, vous pouvez aller inoculer les moutons et les vaches de Pouilly-le-Fort par le sang le plus charbonneux. Je vous dis, moi, qu’ils ne s’en apercevront pas.

ŒUVRES DE P A S 'l'I-U II

M. Colin : Le sang charbonneux des animaux morts a une virulence incontestable, très grande et connue de tout le monde. Les liquides dits de culture ne sont pas dans le même cas. A tels moments ils agissent, et à tels autres ils sont inertes, sans qu’on puisse bien voir la raison de cette différence.

M. Pasteur : C’est une erreur profonde. Cela ne se passe qu’enire vos mains.

M. Colin : Ainsi, il y a quelques années, M. Pasteur m’a donné un échantillon de ces liquides...

AI. Pasteur : Ah! oui, il y a longtemps!

M. Colin : ... que maintenant je ne lui demanderais pas et qu’il ne voudrait plus probablement me donner; ce liquide agissait au début ; il m’a tué des lapins et même un mouton; mais au bout de quelques mois il ne déterminait plus le charbon. Pourquoi était-il devenu inerte ? Je l’ignore.

-M • Pasteur : Parce qu’il était devenu impur entre vos mains.

M. Colin : Mais il n’avait pas été au contact de l’air!

M. Pasteur : Comment l avez-vous donc débouché?

M. Colin ; .1 avais pris toutes les précautions indiquées par M. Pasteur et par ses aides, pour en prendre dans l’appareil et pour refermer celui-ci. Au moment où ce liquide était devenu inerte, il renfermait encore, comme au début, ces corpuscules brillants qu’on appelle les corpuscules-germes de la bactéridie .

M. Pasteur : En vérité, penne ttez-nioi de vous dire que vous avez besoin de beaucoup étudier ces questions.

M. Colin ; ... Ils s’y trouvaient encore en grand nombre et avec leurs caractères primitifs.

M. Pasteur : Cela est impossible, je vous l’ai déjà dit.

M. Colin : Si ces corpuscules sont inaltérables; s’ils résistent à de hautes températures; s’ils se conservent dans le sol, dans des débris putréfiés, pendant des, années et même indéfiniment, comment auraient-ils pu se détruire ou perdre leur activité en quelques mois seulement, dans un tube de verre bien scellé et au milieu d’un liquide demeuré clair et sans altération apparente?

M. Pasteur : Mais vous ne savez pas retirer cet organisme de façon à ne pas introduire dans le tube une impureté nouvelle. Comment voulez-vous qu’on accorde quelque crédit à vos assertions? Vous cherchez toujours non la vérité, mais la contradiction.

M. Colin : Ce lait m’inspire de la défiance à l’égard des liquides de culture. J’aurais beaucoup plus de confiance dans le sang charbonneux pris pendant l’agonie ou peu de temps après la mort.

M. Pasteur : Allez donc le prendre demain, si vous le voulez, j’y consens volontiers. Je vous en fournirai les éléments. Encore une fois, le voulez-vous?

M. Colin : Non. Je vous remercie.

[Dans la séance du 21 juin 1881 ( Bulletin de V Académie de médecine , 2" sér., X, p. 810-836), il y eut, en l’absence de Pasteur, une nouvelle discussion entre Bouley, Colin, Blot, Depaul et J. Guérin, sur la vaccination charbonneuse, à propos de la Communication de Bouley sur les résultats de l’autopsie de la brebis morte. On en trouvera les détails aux Documents du présent volume, p. 718-720. ( Note de l’ Edition.)]

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