‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 121 sur 299 · SUR LA VACCINATION CHARBONNEUSE FAITES EN ITALIE · texte numérisé non relu

SUR LA VACCINATION CHARBONNEUSE FAITES EN ITALIE

M. Pasteur tient à faire quelques remarques sur la Communication de M. le professeur Sormani. D’abord, il ne savait pas que le vaccin envoyé par lui avait été essayé sur des lapins et des cobayes, qui sont des réactifs beaucoup trop sensibles ; il faut toujours proportionner la force du virus-vaccin à 1 animal en expérience, et les vaccins envoyés en Italie étaient seulement propres aux races ovine et bovine ; rien de plus facile que d’en obtenir pour les lapins et cobayes.

Ensuite, une expérience de vaccination à Turin a mal réussi ; cet insuccès s explique tout naturellement, car c’est avec le sang d’un mouton ayant succombé au charbon depuis plus de vingt-quatre heures que l’inoculation a été laite. On a inoculé dans ce cas le vibrion septique en même temps que la bactéridie, et comme le premier tue beaucoup plus rapidement que la seconde il est évident que les animaux ont succombé à la septicémie (1 2 3).

Il peut de même arriver pour la vaccination humaine, quand elle est faite sans précautions, qu’on inocule différents virus, qui évoluent chacun pour leur compte. Il faut prendre les plus grandes précautions pour les vaccinations charbonneuses, surtout quand on opère sur une espèce aussi sensible que la race chevaline. M. Pasteur a vu dans une série de vaccinations faites toute une journée sur des moutons, la dernière sur un cheval, celle-ci se terminer par la mort septique de 1 animal, parce que 1 on s’était servi pour cette dernière vaccination du reste d’un tube qui était resté débouché et utilisé tout le jour.

1. Quatrième Congrès international d'hygiène et de démographie, Genève, du 4 au 9 septembre 1882. Genève, 1883, 1, p. 148-149. (Observations rapportées par le professeur d’Espine, secrétaire).

2. Communication de Sormani. Ibid., p. 145-146. « ... Membre de la Commission, dit-il. qui a surveillé les expériences sur la vaccination charbonneuse à Milan, et président de la Commission qui les a executees à Pavie, je vous donnerai brièvement les conclusions des tia\aux qui ont été accomplis en Italie... » Il ajoute en terminant : « Je peux donc déclarer que les expériences sur la vaccination charbonneuse ont eu en Italie le succès d'un vrai conti ôle scientifique accompli avec la plus rigoureuse méthode, sans enthousiasme aveugle, et sans idées préconçues et trompeuses, mais avec le résultat le plus satisfaisant. La vaccination chaibonneuse forme désormais une des plus belles gloires de la France scientifique, et de M. Pasteur, son fils immortel ».

3. I oir, p. 442-445 du présent volume : Sur la vaccination charbonneuse [A propos de l’échec des vaccinations faites à Turin]; et p. 452-458 : La Commission de l'École vétérinaire de Turin. [ A propos des vaccinations charbonneuses.] [Notes de l’Édition.)

Eli résumé, il faut de grandes précautions dans la technique de la vaccination et il faut adapter la force du virus à l'espèce sur laquelle on opère. En tous cas, les chiffres statistiques sont aujourd’hui très encourageants pour la méthode puisque, parmi les animaux vaccinés, il ne meurt de l’inoculation virulente que L mouton sur 300 et 1 bœuf (ou animal de race bovine) sur 2.000.

Page 1