‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 127 sur 299 · Toussaint · texte numérisé non relu

Toussaint

2. Voir, p. 332-338 du présent volume : De l’atténuation des virus et de leur retour à la virulence. ( Notes de l’Édition.)

MALADIES VIRULENTES

nité, sur quoi M. Pasteur ne nous apprend rien... Certes, rien ne procurerait plus rapidement à l’inoculation préventive une entière confiance comme de pouvoir compter des milliers d’animaux notoirement préservés de cette maladie. C’est ce que M. Pasteur n’a pu faire jusqu’ici ; au contraire, dans ces derniers temps, les plaintes relatives aux insuccès de l’inoculation préventive se sont accumulées, et les côtés faibles de celte pratique ont été mis de plus en plus en évidence. » Vous vous trompez étrangement, monsieur. J’ai reproduit, il y a quelques jours, devant l’Académie des sciences, des résultats qui répondent entièrement à vos préoccupations et qui sont bien faits pour vous rassurer. Ce n’est pas moi qui les ai recueillis, et j’espère qu’ils vous intéresseront à un double titre. Je reproduis textuellement ma Communication du 18 décembre 1882.

[Pasteur reproduit ici sa Communication : Une statistique au sujet de la vaccination préventive contre le charbon, portant sur quatre-vingt-cinq mille animaux. Voir p. 414-417 du présent volume.] ( Note de l'Edition.)

Pour les autres nombreux départements où la vaccination a été pratiquée, il n’a pas encore été fait de travail statistique d’ensemble, comme pour celui d’Eure-et-Loir; mais une foule de lettres de vétérinaires m’informent que les résultats n’ont pas été moins satisfaisants. Dans le nombre, il y a des exemples saisissants par les preuves qu’ils offrent de la Q-rande efficacité de la vaccination nouvelle, dans la comparaison qu’on a pu faire entre les mortalités des troupeaux où les animaux vaccinés et non vaccinés se trouvaient réunis et soumis aux mêmes influences.

Vous avouerez, monsieur, que le résumé de la Société vétérinaire de Chartres sur les vaccinations pratiquées dans le département d’Eureet-Loir, et comprenant 85.000 animaux, répond à toutes vos insinuations. Je considère donc que ce serait peine perdue de vous suivre sur le terrain des appréciations que vous formulez au sujet des expériences de Kapuvar, en Hongrie; de Packisch, en Allemagne; de l’Ecole vétérinaire de Turin, en Italie; des fermes de Beauchery et de Montpottier, dans Seine-et-Marne, en France (*).

Que de partialité, monsieur, et quelles inexactitudes dans votre exposition! Si, dans les expériences de Packisch, des moutons vaccinés

1. Voir , à ce sujet : Cuamberland (Ch.). Le charbon et la vaccination charbonneuse. Paris, 1883, B. Tignol, vm-316 p. in-8° (fig.). On y trouvera, p. 119-203 : Les Rapports sur les expériences de vaccination charbonneuse, faites en France; et p. 205-248 : Les Rapports sur les expériences de vaccination charbonneuse faites à l’étranger (en Autriche-Hongrie, en Allemagne, en Italie, en Belgique, en Suisse et en Angleterre). [ Note de l'Édition .]

résistent en très grande majorité au virus virulent 22 sur 22 dans la première série, et 24 sur 25 dans la seconde), vous affirmez que le virus d’épreuve envoyé par moi devait être déjà affaibli. Or, non seulement ce virus employé a tué tous les moutons témoins, ce qui a été le garant de sa virulence ; mais il est relaté, en outre, expressément dans le Rapport de la Commission de Berlin que celle-ci a utilisé, contrairement à votre assertion, dans les deux séries d’épreuves, du sang pris sur des cadavres de moutons morts charbonneux. Vous affirmez, d’autre part, que les résultats sur les champs de Packisch, où on a conduit les animaux vaccinés, pour les comparer avec d’autres non vaccinés, sont très défavorables à la vaccination, tandis qu’il est constaté, notamment dans le dernier Rapport de M. le docteur Muller (*) du mois de décembre 1882, que, jusqu’à présent, il est mort deux fois plus de moutons non vaccinés (8) que de moutons vaccinés (4), quoique le nombre des moutons vaccinés, ce que vous taisez, l’emporte d’un cinquième environ sur celui des non vaccinés. Attendons des nombres de morts plus élevés pour être mieux édifiés (1 2). Ouant aux bœufs, vous faites remarquer qu’il est mort un vacciné, et également un non vacciné; mais vous omettez de dire qu’il y avait vingt fois plus de bœufs vaccinés que de non vaccinés; le Rapport ne donne pas le nombre des bœufs non vaccinés : je tiens de M. Thuillier qu’ils étaient au nombre de 4, tandis qu’il y en avait 83 vaccinés.

Je n’ai pas sous les yeux les résultats de la comparaison des pertes des moutons vaccinés et non vaccinés à Ivapuvar(3), dans le domaine de M. le baron de Berg; ce que je sais, c’est que M. de Berg, dans une lettre récente, demande du vaccin pour vacciner cinq mille moutons, preuve suffisante de l’utilité des résultats qu’il aura obtenus.

A l’Ecole vétérinaire de Turin, une première expérience a totalement échoué; mais il est avéré que le sang charbonneux qui a été inoculé, le 23 mars 1882, aux moutons vaccinés et non vaccinés provenait d’un mouton mort du charbon depuis plus de vingt-quatre heures. Or, il résulte des faits constatés dans les expériences que nous avons faites en 1877, et qui ont été communiquées à l’Académie des sciences le 10 juillet de la même année (4), que le s.ang de ce

1. Voir les « Rapports sur les expériences de Packisch », in : Chamberland. Le charbon et la vaccination charbonneuse, p. 215-229; et le Mémoire de Müller (G. F). Die Milzbrandiinpfungen in Packisch. Archiv far die wissenehaflliche und practische Thierheilkunde, VIII, 1382, p. 819-336.

2. Voir, p. 459 du présent volume : Sur la vaccination charbonneuse.

3. Voir les « Rapports de Thuillier sur les expériences de Budapest et de Kapuvar », in : Cuamberland. Loc . cit.. p. 205-213.

4. Voir, p. 172-188 du présent volume : Charbon et septicémie. ( JS'otes de l'Édition.)

mouton devait être à la fois charbonneux et septique. Je n’ignore pas que, tout récemment, l’École vétérinaire de Turin (*) a publié et envoyé à beaucoup de savants, en Europe, une protestation contre l’interprétation que je donne ici, interprétation que j’ai déjà signalée dans la séance de la Société centrale vétérinaire de Paris, le 8 juin 1882(2). Je regrette vivement de me trouver en désaccord, sur ce point, avec l’École vétérinaire de Turin. Bien que six de ses membres aient signé la protestation dont je parle, le respect de la vérité m’oblige à maintenir mon affirmation. L’École de Turin, j’en suis persuadé, reconnaîtra ultérieurement sa méprise.

La seconde expérience que l’École de Turin (1 2 3) a bien voulu faire à ma demande a eu un succès relatif que j’estime très grand, quoique, à l’inoculation virulente, il soit mort deux moutons vaccinés sur six, mais ni bœuf ni cheval, tandis que dans les non vaccinés il est mort quatre moutons sur quatre, un bœuf sur deux et deux chevaux sur deux. Encore faudrait-il que M. Bassi, qui a dirigé cette seconde série d’expériences, nous eût dit quelle quantité de sang charbonneux il avait inoculée aux deux moutons vaccinés morts. A la ferme de Lambert, près de Chartres, en 1881, on a fait mourir également des moutons vaccinés en forçant volontairement la dose de la matière d’inoculation. Ces expériences ont été reprises avec le même résultat par M. Guillebeau, à Berne (4 5).

Il semble, monsieur, que vous vous soyez attaché à donner, de la manière la plus erronée, les résultats des vaccinations de Beauchery et de Montpottier, dans Seine-et-Marne, dont la relation se trouve insérée au Bulletin de la séance du 13 juillet 1882 de la Société centrale de médecine vétérinaire de Paris, relation faite par l’un de ses membres, M. Mathieu (s). Vous présentez ces résultats comme très

1. Voir, sur tes expériences de Turin, p. 442-445 du présent volume : Sur ta vaccination charbonneuse, et p. 452-458 : la Commission de l’École vétérinaire de Turin.

2. Voir, p. 386-390 du présent volume : Sur certains accidents consécutifs à la vaccination charbonneuse.

3. Voir : « Expériences d’Italie », in Ciiamberland. Loc. cit., p. 231-235.

4. Voir : « Expériences de Suisse », in Chamberland. Loc. cit., p. 242-245; et Guillebeau. Schiceizer. Archiv. fur Thierheilkunde und Thierzucht , 1882, p. 129.

5. Mathieu. Sur la vaccination charbonneuse (quatre observations sur les vaccinations charbonneuses pratiquées par M. Maldan). Recueil de médecine vétérinaire (séance du 13 juillet 1882 de la Société centrale de médecine vétérinaire), 6e sér., VIII, 1882, p. 796-800.

La Communication de M. Mathieu se termine ainsi : « Ici, Messieurs, se terminent les intéressantes observations de M. Maldan. Je les fais suivre de la note de M. Pasteur :

« 23 juin 1882.

« Cette lettre est très judicieuse. A la moindre perte dans les troupeaux vaccinés de novembre 1881 à lin mars 1882, il faudra revacciner.

MALADIES VIRULENTES

opposés à l’utilité de la vaccination, tandis qu’en réalité ils sont tout à son honneur.

\ ous citez 296 moutons vaccinés à Beauchery, en avril et mai 1882, qui, un mois après, perdaient quatre de leurs sujets et vous les comparez à 80 moutons non vaccinés qui, eux, n’ont perdu aucun des leurs, dans le même intervalle de temps. Mais ce que vous ne dites pas et ce qui se trouve tout à côté de ce précédent passage dans la relation de M. Mathieu, c’est que le troupeau des 80 moutons non vaccinés avait été extrait d’un autre qui comptait 140 moutons et qui avait perdu antérieurement 15 sujets. Ce que vous ne dites pas également, c’est que ce n’est pas 296 vaccinés qui étaient en comparaison avec les 80 non vaccinés, mais bien 672. Ce que vous ne dites pas surtout, c’est que les troupeaux dont il s’agit appartiennent il une ferme oh sévit fortement le charbon. En effet, voici la première partie de l’observation relatée par .M . Mathieu:

Dans le courant de juillet 1881, M. T. J., cultivateur à Beauchery (Seine-et-Marne) a perdu 60 bêtes de son troupeau.

En août, M. le professeur Nocard a vacciné chez lui 380 moutons; 140 ont été laissés comme témoins sans être vaccinés. A la date du 15 janvier 1882, le lot des vaccinés (380) avait perdu quatre des siens. Le lot des non vaccinés (140) en avait perdu quinze. Ainsi plus de 10 pour 100 de perte chez les non vaccinés et 1 pour 100 seulement chez les vaccinés.

Quoi de plus probant en faveur de la vaccination ! Qu’y-a-t-il d’étonnant d’ailleurs que, dans une ferme aussi meurtrière, 4 moutons vaccinés sur un total de 672 meurent du sang de rate au mois de juin ? Tant de partialité, monsieur, dans vos appréciations n’aura-t-elle pas lieu de surprendre vos lecteurs ?

Pour la ferme de Montpottier, vous êtes plus inexact encore. Je me borne à signaler une seule de vos omissions dans le récit que vous empruntez à M. Mathieu ; c’est qu’il s’agit d’une ferme tellement décimée par le charbon qu’en 1878 elle a perdu du sang de rate 250 moutons sur 250 et qu elle était atteinte du charbon au moment de la vaccination.

« Dans cet intervalle, il y a eu des vaccins mal équilibrés et faibles qui n'ont dû amener qu’une immunité de quelques mois et non d’une année.

« Les vaccins actuels sont aussi bons, meilleurs même que ceux de l’an passé, de juin à septembre.

« Que M. Maldan n’ait aucune inquiétude sur l’avenir de la nouvelle prophylaxie. — Elle est assise sur le roc. » L. Pasteur. (Ao<es de l'Édition.)

Un autre passage de votre brochure m’a singulièrement surpris. Voici vos propres paroles :

« L’immunité ne peut pas être produite pour toutes les espèces animales. Jusqu’ici, le procédé de Pasteur ne paraît applicable que poulies bêtes à cornes et les moutons...

« Lœffler (*) a trouvé que des cochons d’Inde, des rats, des lapins et des souris ne peuvent acquérir l’immunité, et ce fait a été confirmé par tous les expérimentateurs qui ont porté leur attention sur ce point. Gotti (1 2), de Bologne, a pratiqué l’inoculation [préventive] sur six lapins, sans parler d’autres animaux; après quoi, il les inocula avec du sang charbonneux; tous ces lapins ont succombé au charbon. Les lapins inoculés par M. Guillebeau, à Berne, avec le vaccin de M. Pasteur ont également péri du charbon, après avoir été inoculés ultérieurement avec du sang charbonneux. Dans les expériences instituées sur des cobayes et des souris avec du virus vaccinal expédié de Paris, tous les animaux ont succombé au charbon.

« A V Office sanitaire , de nombreuses expériences ont été faites suides lapins, des cobayes et des souris avec du virus charbonneux ayant subi différents degrés d’atténuation et finalement avec du virus-vaccin fourni par M. Pasteur. Malgré tous les efforts, on n’a jamais réussi à conférer à aucun de ces animaux l’immunité contre le virus charbonneux non atténué. »

Dans un autre passage de votre brochure, vous vous appuyez suides expériences de même ordre, faites en Angleterre par le Dr Klein et insérées au mois de septembre dernier dans le British Medical Journal (3y

Il est vraiment inconcevable que la pratique de la vaccination préventive soit attaquée au nom de toutes les expériences dont je viens de vous emprunter l'exposé, expériences aussi défectueuses dans leur principe que dans leurs conclusions. M’est-il donc jamais arrivé, monsieur, de conseiller la vaccination des lapins ou des cobayes avec des vaccins préparés pour les moutons et les bœufs ?

'Vous vous trompez d ailleurs étrangement, lorsque vous affirmez que ces races de petits animaux ne peuvent être vaccinées contre le charbon virulent. La chose est facile et, tout récemment encore, le Dr Feltz y est aisément parvenu, comme on peut le voir dans un

Page 1