Lœffler (F.). Loc. cit
2. Gotti (A.). Inoculazione preventiva del carbonchio o vaccinazione carbonchiosa di Pasteur. Giornale di medicina veterinaria, XXXI, 1882, p. 357-383.
3. Klein. Experiments with vaccin charbonneux. British Medical Journal , 7 octobre 1882, IL p. 692; et The Veterinarian , 1882, p. 611. ( Xotes de l'Édition.)
MALADIES Y I R U L E N T E S
Compte rendu de V Académie des sciences . Vous n’avez pas réussi dans vos expériences et voilà tout. Je serais tenté, si vous aviez pris dans toute cette discussion une autre attitude, de vous envoyer à Berlin des cobayes et des lapins vaccinés que vous ne pourriez faire périr de l’affection charbonneuse, afin de vous faire toucher du doigt le tort que vous avez de considérer toujours comme n’étant pas réalisable un fait que, par une insuffisance d’expérimentation, vous n’avez pu reproduire.
Le Dr Klein a commis la même faute. Avec le vaccin des moutons, il a inoculé des lapins et des cochons d'Inde. J’ai peine à comprendre également que le D1 2' Klein, qui jouit, ajuste titre, en Angleterre, d'une réputation d’expérimentateur de mérite, ait choisi, pour éprouver l’immunité de deux moutons vaccinés, un sang charbonneux qu’il avait commencé par maintenir 21 jours à 42°, sans paraître s’être inquiété de savoir ce qui était advenu à ce sang, si sa pureté s était conservée, s’il n’avait pas donné asile à des microbes étrangers.
Vous attachez, monsieur, une grande importance aux expériences que vous avez faites en donnant à des moutons, vaccinés ou non, des repas rendus infectieux par des spores de bactéridies mêlées à leurs aliments.
Vous essayez de conclure de ces résultats que :
L’infection charbonneuse naturelle offre plus de danger pour les moutons que le charbon développé par voie d’inoculation.
Comment pouvez-vous soutenir une pareille hérésie?
Vous auriez dû, en premier lieu, monsieur, rappeler que les expériences que vous relatez sont imitées de celles que j’avais faites en 1878, avec la collaboration de M. Chamberland, sur les champs de la ferme de Saint-Germain, près de Chartres (â) ; c’est avec de tels repas contaminés par des spores charbonneuses que nous avons communiqué la maladie et la mort ; mais la proportion de la mortalité n’avait été que de 33 pour 100, tandis qu’elle est de 100 pour 100 par les inoculations directes. Vous auriez dû également rappeler que nous augmentions le chiffre de la mortalité quand des objets piquants, tels que des barbes d’orge coupées, étaient associés aux spores dans les aliments. Je vous accorde volontiers que des spores seules, même
1, Feltz. Sur le rôle des vers de terre dans la propagation du charbon, et sur l'atténuation du virus charbonneux. Comptes rendus de V Académie des sciences, séance du 6 novembre 1882, XGV, p. 859-862.
2. Voir, p. 225-229 du présent volume : Recherches sur l'étiologie et la prophvlaxie delà maladie charbonneuse dans le département d’Eure-et-Loir. [Notés de V Édition.)
sans objets piquants, pourraient donner le charbon et le communiquer par la muqueuse intestinale aussi bien que par la muqueuse de la bouche et de l’arrière-gorge ; mais comment pouvez-vous raisonnablement déduire de vos expériences que, sur les champs, les conditions de la contagion soient plus dangereuses que celles du charbon directement inoculé? Comment ne voyez-vous pas qu’il est impossible de comparer les nombres des spores dans des repas contaminés avec les nombres des spores que les animaux peuvent ingérer par les fourrages sur les champs ou dans les étables? Comment ne voyez-vous pas que la question de savoir si l’on peut tuer des moutons vaccinés par des repas infectés est tout à fait indépendante du jugement que l’on doit porter sur la pratique de la vaccination ? Comment ne voyez-vous pas enfin qu’il est inutile de demandera la vaccination de faire des tours de force? N en est-ce pas un déjà assez grand que celui qui consiste à éprouver l’immunité que confère la vaccination, en montrant que la très grande majorité et souvent la totalité des animaux vaccinés résistent à l’inoculation virulente ! Oseriez-vous tenter la même éprem e a\ec le vaccin de Jenner? Oseriez-vous, après avoir vacciné cent enfants, les inoculer par le virus de la variole noire? Un grand nombre mourrait peut-être de la variole, et cependant rejetteriez-vous la vaccine de Jenner comme le proposent follement quelques-uns ? Eh bien ! cette épreuve terrible est celle que dans la vaccination nouvelle nous avons faite à Pouilly-le-Fort, à Packisch, à Kapuvar et tant d’autres lieux.
En résumé, monsieur, laissant de côté l’inexactitude manifeste de \os citations et de vos jugements, j’estime qu’une seule chose est à retenir de votre brochure : c’est que vous êtes contraint, après l’avoir méconnue, de célébrer la découverte de l’atténuation des virus.
Au temps seul appartient un jugement sur les bienfaits qu’elle peut rendre à l’agriculture de tous les pays. Dès à présent, les résultats qu’elle a obtenus dans une première année d’application sont assez considérables pour que les critiques et les contradictions n’aient pu arrêter la progression de son développement.
Toutes violentes que soient vos attaques, monsieur, elles n’entraveront pas son succès. J’attends également avec confiance les conséquences que celte méthode de l’atténuation des virus tient en réserve pour aider l’humanité dans sa lutte contre les maladies qui l’assiègent.
OBSERVATIONS
IA propos nu i. a Communication de M. Muret (2)].
M . I 'astkur lail les observations suivantes :
Il insiste sur les difficultés qu’il y a à obtenir des renseignements des particuliers. Dans le departement d’Eure-et-Loir, la Société vétérinaire a rédigé un travail très bien fait, mais c’est le seul département ou il ait été fait un travail (le cette nature, et cependant il existe bien d’autres départements, celui de Scine-et-Marne notamment, où on a procédé à des expériences très nombreuses de vaccination charbonneuse. Dans le département d'Eure-et- Loir le travail a porte sur 80.000 moutons et près de 5.000 bêtes à cornes.
M . I asti: u a lait observer qu il ne laut pas attendre que le troupeau soit Irappe par le sang de rate pour faire l’inoculation, qui, alors, précipite plutôt le mal ; mais il est préférable de procédera la vaccination au mois de mars ou d avril, ou, plus généralement, à un moment où les troupeaux ne perdent pas. En ce <| n i concerne la durée de l’immunité, cela dépend des individus, et il n’y a pas de loi générale à cet égard; il faut revacciner les animaux tous les ans. Il en est de môme pour ceux-ci que pour l’homme et, a cette occasion, M. Pasteur rappelle un fait qui lui a été cité par M. le I)1 Brouardel et d’après lequel une femme aurait eu trois fois une variole confluente, quoique la vaccine, pratiquée chaque fois dans l’intervalle, ait toujours très bien [iris.
1. Bulletin de la Société nationale d’agriculture de France, séance du 7 mars 1888 XLIIJ, p. 132-183.
■I. Mener. Sur les résultats des vaccinations opérées, d'après le système de M. Pasteur, sur les bestiaux de la ferme de Noyen. Ibid., p. 180-131. (Note de l'Édition.)
SUR LA VACCINATION CHARBONNEUSE A propos de l’échec dfs vaccinations faites a J crin (*)].
L’Académie n’a pas perdu peut-être le souvenir de l’expérience, relative à la prophylaxie du charbon, faite à Pouilly-le-Fort, dans le département de Seine-et-Marne, sur l’initiative de la Société d'agriculture de Melun. Le succès en fut éclatant. Aussitôt, à l'étranger comme en France, une foule de personnes, d’écoles vétérinaires et île sociétés agricoles voulurent la reproduire et en rendre témoin un public nombreux (1 2).
On sait en quoi consiste cette expérience. Un lot de moutons est partagé en deux moitiés : l’une est vaccinée, c’est-à-dire inoculée par le virus charbonneux mortel, préalablement atténué par un artifice de culture. Quelque temps après, lorsque toute trace de la maladie bénigne a disparu, le troupeau entier, — la moitié non vaccinée comme la moitié vaccinée, — est inoculé par du virus mortel, virus de culture ou sang charbonneux pris sur un animal qui vient de mourir.
Le plus grand nombre des expériences de contrôle dont je parle obtinrent un succès de même ordre que celui de l’expérience de Pouilly-le-Fort. Quelques autres échouèrent plus ou moins, c’est-àdire que l’épreuve de l’inoculation virulente fît périr non seulement tous les sujets témoins, mais un nombre variable des animaux vaccinés ; soit qu’il y eût quelque vice de manipulation, soit que le vaccin luimême eût été trop faible vis-à-vis du virus virulent, soit par réceptivité de races, soit enfin que les expérimentateurs se fussent livrés à certaines innovations que l’expérience ne comportait pas, par exemple, le remplacement des moutons par. des cobayes ou des lapins.
Comme on le pense bien, il ne manqua pas alors d’esprits sceptiques ou prévenus qui, laissant de côté les succès des épreuves et leur signification, ne s’attachèrent qu’aux insuccès, afin de diminuer l importance de la découverte et de nier l’utilité de son application.
Par un singulier concours de circonstances, il arriva que, parmi les échecs qui se produisirent, le plus retentissant fut celui de l’École
1. Comptes rendus de V Académie des sciences, séance du 9 avril 1KS3, XCVI, p. 979-982.
2. Les expériences de contrôle faites en France et à l'étranger sont rapportées dans : Ciiamberland (Ch.). Le charbon et la vaccination charbonneuse. Paris, 1883, vm-310 p. in-8°. (Note de l'Édition.)
M A LAD I ES VI RUEE NT ES
vétérinaire de Turin. Tous les moutons vaccines, aussi bien que les moutons non vaccinés témoins, périrent à la suite de l’inoculation du sang virulent.
Ce résultat me surprit beaucoup. Dès que j’en eus connaissance (* , le 16 avril 1882, j’écrivis à M. le professeur Domenico de Valiada, directeur de l’Ecole vétérinaire de Turin, en lui demandant de me faire connaître exactement quelle avait été la date de la mort du mouion qui avait servi à fournir le sang charbonneux pour l’inoculation virulente et l’informant que, à la saison où avait eu lieu l’expérience, un mouton mort depuis vingt-quatre heures est à la fois septique et charbonneux.
M. Yallada me répondit que le mouton dont il s’agit était mort en effet dans la matinée du 22 mars 1882 et que son sang n’avait été inoculé que dans la journée du lendemain, 23 mars. L’Ecole de Turin, ainsi que je le craignais, avait donc commis la faute d’inoculer, à l’épreuve de contrôle, du sang d’un cadavre de plus de vingt-quatre heures de mort. Tl est vrai que M. Yallada m’assurait, en outre, que ses collègues avaient examiné avec soin le cadavre et le sang et qu’ils n’avaient constaté que les altérations d’un mouton charbonneux, nullement septique. Me référant à mes recherches antérieures, je ne doutais pas néanmoins que les professeurs de l’Ecole de Turin eussent inoculé un sang à la fois septique et charbonneux, et que telle devait être la cause de l’insuccès insolite de leur expérience.
Le 8 juin 1882, j’eus l’occasion de faire connaîlre cette opinion devant la Société centrale vétérinaire de Paris (*), où je m’expliquai de la façon la plus naturelle, disant que l’Ecole de Turin avait eu le tort de prendre du sang d’un cadavre mort depuis vingt-quatre heures au moins et qu’elle s’était ainsi servie, à son insu, d’un sang à la fois septique et charbonneux.
Les professeurs de l’Ecole vétérinaire de Turin se montrèrent blessés de mon assertion et essayèrent cle la réfuter, non sans ironie et vivacité, par une lettre circulaire qui fut adressée, pour ainsi dire, à tous les savants et journaux scientifiques de l’Europe, en même temps qu’à moi-même (1 2 3).
Yoici quelques extraits de cette protestation, signée de six des principaux professeurs de l’Ecole de Turin :
1. Les résultats de ces expériences ont été publiés dans la Gazzetta di Torino.
2. Voir, p. 386-390 du présent volume : Sur certains accidents consécutifs à la vaccination charbonneuse. Réponse à M. Weber.
3. Elle est datée de Turin, septembre 1882, et signée Valiada, Bassi, Brusasco, Longo, Demasclii, Venuta. Elle a été publiée in extenso dans Bulletin et Mémoires de la Société centrale de médecine vétérinaire, nouv. sér., 1, 1883, p. 34-36. (iSotes de l'Édition.)
« Nous tenons pour merveilleux que Votre Seigneurie ait pu, de
Paris, reconnaître avec une si grande sûreté la maladie qui a fait tant de victimes parmi les animaux vaccinés et non vaccinés, soumis à l’inoculation du
sang charbonneux, dans notre Ecole, le 23 mars 1882 .
<c 11 ne nous semble pas possible qu’un savant puisse affirmer l’existence
de la septicémie chez un animal qu’il n’a pas vu .
« Ni dans le sang du mouton qui a servi à l’inoculation de contrôle, ni dans celui des animaux morts à la suite de l’inoculation, nous n’avons découvert aucun signe de septicémie. Est-ce clair ? »
Non; ce n’était rien moins que clair pour moi.
bout cet apparat dans la contradiction fit grand bruit, un bruit dont les échos se font entendre encore. Les résultats de l’Ecole de J urin lurent une des armes du L)‘ Koch, de Berlin, dans la polémique inconsidérée (J) qu’il dirigea contre les travaux de mon laboratoire, et, il y a quelques jours à peine, un membre de l’ Académie de médecine de Paris lisait à cette Académie, in extenso , avec une visible satisfaction, la protestation de l’École de Turin (1 2).
Dans la réponse que je fis au Dr Koch (voir Revue scientifique du 20 janvier 1883 j p. 418-440 du présent volume : La vaccination charbonneuse. Réponse à un Mémoire de M. Koch.]), j’ai maintenu et motivé mes assertions contre celles de MM. les professeurs de l’École de Turin. Mais voila que ces Messieurs viennent de protester de nouveau, dans un écrit public, adressé également aux savants et journaux de l’Europe.
L Académie approuvera sans doute la résolution que j’ai prise de mettre lin a cette agitation, qui menace de voiler un instant la vérité. Eu conséquence, j’ai l’honneur d’annoncer que je viens d’envoyer la lettre (3) suivante à MM. les professeurs de l’École de Turin :
Messieurs,
« L ne contestation s’étant élevée entre vous et moi au sujet de 1 interprétation a donner de 1 échec absolu de votre expérience de contrôle du 23 mars 1882, j’ai l’honneur de vous informer que, si vous \oulez bien 1 accepter, je me rendrai à Turin le jour que vous me désignerez ; vous inoculerez, en ma présence, le charbon virulent à tel nombre de moutons qu’il vous plaira. Pour chacun d’eux, l’instant
1. Koch (R.). Ueber die Milzbrandimpfung. Eine Entgegnung auf den von Pasteur in Genf gehaltenen Vortrag. Kussel und Wien, 1882, in-8».
2. Pister. Bulletin de l'Académie de médecine , séance du 21 avril 1888, 2e sér.. XII p. 556-558.
:i. Lettre datée du !) avril 1883. (Notes de l'Édition.)
MALADIES Y I R U L E N T E S
de la mort sera déterminé et je démontrerai que, chez tous, le sang du cadavre, d abord uniquement charbonnneux, sera, le lendemain, tout à la fois septique et charbonneux.
« Il sera dès lors établi, avec une entière exactitude, que l’assertion formulée par moi le 8 juin 1882, et contre laquelle vous avez protesté à deux reprises, correspondait, non à une opinion arbitraire, comme vous le dites, mais à un principe scientifique immuable, et que j’ai pu légitimement affirmer de Paris la septicémie, sans qu’il fût le moins du monde nécessaire que j’eusse vu le cadavre du mouton qui a servi à vos expériences.
« Un procès-verbal sera dressé, jour par jour, des faits qui se produiront; il sera signé des professeurs de l’École vétérinaire de Turin et des autres personnes, médecins ou vétérinaires, qui auront été présents aux expériences.
« Enfin, ce procès-verbal sera rendu public par la voie des Académies de Turin et de Paris.
« J’ai l’honneur d’être...
« L. Pasteur » (i).