DE TURIN
[a propos des vaccinations charbonneuses] (*)
Dans la séance du 9 avril dernier ("1 2), j’ai informé l’Académie des sciences qu’une contestation s’était élevée entre six des professeurs de l’École vétérinaire de Turin et moi, au sujet des différences dans l’état du sang d’un mouton mort charbonneux, suivant qu’on l’étudie dans les premières heures qui suivent la mort ou le lendemain de la mort.
La Commission de Turin avait attendu plus de vingt-quatre heures pour recueillir le sang d’un cadavre destiné à contrôler l’immunité acquise par la vaccination charbonneuse. Je m’empressai d’informer la Commission qu’elle avait eu tort d’agir ainsi, et quelques mois après,
1. Comptes rendus de l’Académie des sciences, séance du 21 mai 1883, XGVI, p. 1457- 1462. — Bulletin de l'Académie de médecine, séance du 22 mai 1883, 2» sér., XII, p. 684-690.
2. Voir, p. 442-445 du présent volume : Sur la vaccination charbonneuse [à propos de l'échec des vaccinations faites à Turin]. (A ote de V Edition.)
M A L A I) I E S VI R U L E N T E S
le 8 juin 1882, dans une séance de la Société centrale de médecine vétérinaire de Paris, j’eus l’occasion de rappeler cet incident (‘).
La Commission protesta aussitôt, à deux reprises, parla voix de la presse, qu’elle avait agi correctement, que mon opinion était inexacte et arbitraire, qu’il serait merveilleux que j’eusse pu, avec vérité, accuser de septicémie un sang que je n’avais pas vu, contrairement à l’opinion de la Commission, qui, elle, s’était livrée à l'examen minutieux de ce sans:.
Un échange d’observations écrites n’ayant pas amené entre nous un accord quelconque, j’offris à la Commission de Turin (1 2) de me rendre auprès d’elle et de mettre publiquement sous ses yeux les preuves qu’un mouton mort charbonneux était exclusivement charbonneux dans les premières heures après la mort, mais qu’il était le lendemain à la fois charbonneux et septique, et que les observations faites par la Commission pour s’assurer de l’existence de la septicémie avaient été entièrement insuffisantes.
Une circonstance m’imposait le devoir de pousser les preuves dans ce débat aussi loin que possible.
En effet, un professeur de la Faculté de Paris, qui venait de se jeter tout à coup dans une attaque violente contre la microbie (3), n’avait rien trouvé de mieux que de lire devant cette Académie les protestations des professeurs de Turin, sans donner la moindre attention à la réfutation que j’en avais déjà faite à deux reprises.
Au lieu de répondre par une acceptation à ce qu’ils ont appelé mon défi, les professeurs de Turin m’adressèrent des questions sur ce que je me proposais de démontrer matériellement devant eux. Leur lettre a été insérée dans la Revue scientifique du 12 mai courant (4). J’y ai fait la réponse suivante :
Paris, 9 mai 1883.
Messieurs,
\ otre lettre du 30 avril me surprend beaucoup. De quoi s’agit-il entre vous et moi J Que j’aille à Turin, si vous l’acceptez, pour démontrer que des
1. Voir, p. 386-390 du présent volume : Sur certains accidents consécutifs à la vaccination charbonneuse. Réponse à M. Weber.
2. Voir, p. 444-445 du présent volume : Sur la vaccination charbonneuse. Lettre du 9 avril
3. Peter. Bulletin de l'Académie de médecine, séance du 24 avril 1883, 2e sér., Xif, p. 556-558.
4. La vaccination charbonneuse. Lettre des professeurs de l’École royale supérieure de médecine vétérinaire de Turin à M. Pasteur. Turin, 30 avril 1883. Revue scientifique, n° 19, 12 mai 1883, p. 593-595. ( Notes de l'Édition.)
4Ri
moutons morts du charbon, en tel nombre qu’il vous plaira, seront, dans les premières heures après leur mort, exclusivement charbonneux, et que, le lendemain de leur mort, ils seront tout à la fois charbonneux et septiques; qu’en conséquence, lorsque le 23 mars 1882, voulant inoculer du sang uniquement charbonneux à des moutons vaccinés et non vaccinés, vous avez prélevé du sang dans un cadavre charbonneux, mort depuis plus de vingtquatre heures, vous avez commis une faute scientifique grave.
Au lieu de me répondre par oui ou par non, au lieu de me dire : « Venez à Turin ou ne venez pas », vous me proposez, dans une lettre manuscrite de dix-sept pages, de vous envoyer de Paris, par écrit, des explications préalables sur tout ce que j’aurais à démontrer à Turin.
A quoi bon, en vérité ? Ne serait-ce pas préparer des discussions sans fin? C’est parce qu’une controverse écrite n’a pas abouti et n’aboutirait pas davantage, si nous la reprenions encore sous cette forme, que je me suis mis à votre disposition.
De nouveau, j’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien m’informer si vous acceptez la proposition que je vous ai faite, le 9 avril, de me rendre à Turin afin de placer sous vos yeux les preuves des faits que je viens de rappeler.
Veuillez agréer l’expression de mes sentiments les plus distingués.