K U V K I : S UE PASTEUR
or, le seul point qui soit en discussion entre nous, celui qu’a soulevé AI. Jules Guérin dans la'séance du 29 juin (*), qu’il a soulevé de nouveau spontanément dans la dernière séance (2), ce sont les rapports de la variole humaine avec la vaccine. Avoir la prétention d’exprimer ces rapports, comme vient de le faire encore pour la dixième fois M. Jules < • uérin, en ne parlant que de la vaccine et de ses rapports avec le cow-pox et le horse-pox , sans prononcer même le mot de variole humaine, c’est tomber dans la logomachie, c’est équivoquer afin d’esquiver le point vif du débat qu’il a soulevé.
Je me suis rendu compte, par des lectures rétrospectives sur les discussions où M. Jules Guérin a déjà figuré, des procédés de parole qui lui sont habituels. I outes les lois qu’il a tort, il a recours à l'équivoque’, prend des mots pour des idées, et noie dans de grandes phrases le point de la contradiction qui le gêne.
Il y a, suivant moi, un moyen sûr de déjouer ces pratiques habiles, c’est d’user vis-à-vis de lui d’une logique inflexible, implacable. Je me suis efforcé d’en agir ainsi dans la dernière séance. Je l’ai enfermé, dès le début de la discussion, dans sa réponse textuelle du 29 juin sur les rapports de la variole et de la vaccine, réponse qui dénote la confusion de scs idées sur ces deux maladies. J’entends l’y enfermer encore tant qu il ne nous dira rien de ce qui est l’unique sujet du débat, cest-à-dire des rapports de la variole humaine avec la vaccine.
Ce <| u i me donne cette animation, c’est que, il y a quinze jours, dans la séance du 21 septembre, eu mon absence, M. Guérin (3) a déclaré, sans preuves, bien entendu, que ce qu’il y avait de nouveau dans les laits que j’ai produits était faux, que ce qui était vrai était acquis depuis longtemps. Dans des conversations particulières, M. Guérin s’est exprimé plus cavalièrement encore en disant qu’il démolirait tous mes travaux. Nous serons deux désormais en présence, et nous verrons lequel des deux, de lui ou de moi, sortira écloppé et meurtri de cette lutte.
.M. Guérin a fait plus : il a voulu m’arracher le secret que je garde encore, par prudence scientifique, sur la préparation du virus atténué du choléra des poules. Il n’y parviendra pas; car il n’a pas le droit de me faire une pareille demande. Voici comment je me suis exprimé dans ma Communication du mois de février dernier :
« Par certain changement dans le mode de culture, on peut faire
I. OtikiuN •(.). Variole et vaccine. Bulletin de l'Académie de médecine, 2* sér IX 1880 p. 637-028.
Voir la séance du 28 septembre 1880, p. 481-484 du présent volume.
,|UÉR1N ('*•)• Bulletin de l’Académie de médecine, 2* sér., IX, 1880, p. 954. (Xotes de l’Iidition.) ’ *
MALADIES VIRULENTES
que le microbe infectieux soit diminué dans sa virulence. C’est là le point vif de mon sujet. Je demande néanmoins la liberté à l’Académie de ne pas aller [pour le moment] plus avant dans ma confidence sur les procédés qui me permettent de déterminer l’atténuation dont je parle, autant pour conserver quelque temps encore l’indépendance de mes études que pour mieux en assurer la marche (*). »
Qu’y a-t-il de plus naturel qu’une telle réserve? N’en trouverait-on pas des milliers d’exemples dans les bulletins de toutes les académies du monde? C’est cependant celte conduite que M. Guérin a cru devoir traiter de « non correcte », toujours en mon absence, dans la séance du 27 juillet dernier (”1 2 3).
Lorsque je ferai connaître mon procédé d’atténuation, et qu’on saura pourquoi j’ai différé sa publication, l’Académie tout entière ne pourra que m’approuver.
Ah ! je le sais bien, quand, au nom de principes cliniques, on a proposé d’aspirer le pus à la surface des plaies au moyen de manchons de caoutchouc, de tubes et de pompe pneumatique, on est capable de toutes les audaces, et on doit trouver singulièrement naïf l’expérimentateur prudent, correct, qui ne veut rien donner au public avant de pouvoir en produire la démonstration immédiate. 11 s’agit ici d’honneur scientifique. Je n’irai pas m’exposer à compromettre le mien par une publication trop hâtive, pour la vaine satisfaction de répondre à la curiosité indiscrète, intempestive et malsaine de M. Guérin. Je suis prêt, si l’Académie le désire, à justifier cette expression devant elle
1. Bulletin de l'Académie de médecine . séance du 10 février 1880, 2« sér., IX, p. 127, et p. 208 du présent volume.