Interventions de Pasteur: p. 176-180 et p
3. Marey : ... En conséquence, j’ai l’honneur de demander à l’Académie de nommer une Commission dans le double but : P* de tracer le programme d’une étude scientifique de la marche du fléau et de ses conditions ordinaires de transmission; 2° de rédiger une liste d’instructions pratiques sur les moyens les plus efficaces pour préserver de la contagion les personnes qui doivent approcher les malades. Ibid., p. 174. ( Notes de l'Édition.)
rien pour la connaissance précise des propriétés d’un organisme infectieux. Quoiqu’il faille se livrer avec la plus grande attention à l’étude microscopique des produits morbides, il faut être en garde contre les illusions de la puissance de cette analyse, parce qu’une foule de circonstances peuvent amener dans le corps d’un pestiféré, mourant ou mort, des organismes microscopiques. Ils peuvent également exister sans qu’on les découvre. En outre, à côté de ces organismes dont on ignore encore les propriétés, bien des produits pathogéniques et des causes de mort cachées peuvent exister. Dans l’état actuel de la science, la preuve qu’un organisme microscopique est, par son développement, cause de maladie et de mort, ne peut devenir péremptoire qu’à la condition qu’on ait obtenu de cet organisme des cultures successives, indéfiniment répétées dans des liquides par eux-mêmes inertes, et que ces liquides montrent toujours le même développement, la même apparence de vie, associés à la même virulence, au même pouvoir d’inoculation de maladie et de mort.
Comment éprouver cette virulence ? C’est facile quand il s’agit des maladies contagieuses des animaux. Dans le cas de la peste, on sera dans la nécessité d’inoculer les animaux des diverses espèces, le singe peut-être de préférence.
Il faut aborder ces difficiles études l’esprit libre de tout préjugé. On devrait, autant que possible, s’y livrer avec l’insouciance, en quelque sorte, d’un chimiste qui se livre à l’analyse d’un minéral. Dans ce but, il faut se persuader que les contagions et les infections sont plus difficiles et plus rares qu’on pourrait l’imaginer, quand on envisage seulement les circonstances où elles apparaissent soudaines et mystérieuses dans leurs allures. En ce qui me concerne, j’irais sans crainte étudier la peste où elle est endémique, à la seule condition de prendre les précautions suivantes et qui probablement sont même exagérées. J’aurais des lunettes, garnies de coton entre leurs bords et la peau du visage; je me couvrirais la bouche et le nez d’une manière analogue; je ferais recuire moi-même tous mes aliments; comme boisson, je n’emploierais que des eaux minérales naturelles ou les eaux des sources du pays infecté, à la seule condition que l’eau soit puisée aux sources mêmes et que celles-ci sourdent du sol après avoir traversé quelques mètres d’épaisseur de terrain. Dans ce cas, la pureté de l’eau est toujours irréprochable ; je l’ai prouvé, il y a quelques années, dans un travail fait avec M. Joubert (4). On pourrait même employer une eau
1. Voir , p. 467-469, tome II des Œuvres de Pasteur : Sur les germes des bactéries en suspension dans l’atmosphère et dans les eaux. {Note de l'Édition.)
MALADIES VIRULENTES
quelconque, après l’avoir portée à une température de 110 à 120 degrés et 1 avoir agitée froide pendant une minute ou deux au contact de l’air pur, afin de l’aérer.
\ oici un fait qui vient à l’appui de ce que j’avance sur le peu de danger que peut offrir l’étude, même assidue, des maladies contagieuses ou infectieuses. Depuis trois ans environ, nous étudions à plusieurs, dans mon laboratoire, la maladie charbonneuse et la septicémie. Non seulement il n’est pas arrivé d’accidents de personnes, mais nous n avons pas un seul exemple de mort spontanée des animaux qui ont servi aux expériences. Ils sont tous plus ou moins réunis dans les mêmes locaux, mais chacun d’eux a sa cage spéciale, son chez soi, pour ainsi dire. Jamais un lapin, jamais un cochon d’Inde, jamais un mouton, jamais une poule n’ont été contagionnés par leurs voisins de même espèce ou d espèce différente. Depuis quelques mois, une troisième maladie infectieuse est étudiée dans ce même laboratoire : c’est la maladie que la médecine vétérinaire désigne sous le nom de maladie épizootique des basses-cours , et que l’on a appelée quelquefois choléra des poules. C’est une maladie terrible dans ses effets, contagieuse et infectieuse, qui fait périr quelquefois en quelques jours tous les animaux de basse-cour d’une ferme. Grâce à l’obligeance de M. Toussaint, très habile professeur de l’École vétérinaire de Toulouse, qui m a adressé au mois de décembre dernier du sang d’un jeune coq mort de cette maladie et dans lequel il me signalait l’existence d’un organisme microscopique qu’il retrouvait dans tous les animaux inoculés, j ai pu, avec 1 aide de M. Chamberland et l’assistance d’un jeune médecin, M. Roux, extraire et cultiver à l’état de pureté l’organisme microscopique, cause de cette maladie, et démontrer par la méthode des cultures successives, dont je parlais tout à l’heure, que cet organisme, par son développement facile dans le corps des animaux de basse-cour, est bien la cause unique et indiscutable de cette peste. Les poules mises en expérience vivent les unes à côté des autres ; jamais il n y a eu d’exemples de contagion ou d’infection spontanée. Et cependant rien ne serait plus facile que d’obtenir une mortalité de cette nature. Vous avez entendu tout récemment M. Davaine vous raconter que dans un local où plusieurs animaux étaient réunis, les uns septiques et les autres pas, des exemples d’infection s’élaient produits.
Les trois maladies dont je viens de parler : charbon , putridité du sang , choléra des poules, existent renfermées à l’état de germes dans une foule de vases de mon laboratoire. A volonté, depuis deux ans pour les premières, depuis quelques mois pour la troisième, nous
allons y puiser les germes infectieux, toujours prêts pour de nouvelles inoculations et de nouvelles morts.
Supposez, pour un moment, que nous transportions ces germes dans un de ces villages de la rive droite de la Volga, au milieu de populations entassées dans des habitations insalubres, comme nous les dépeignait, mardi dernier, M. le Dr Fauvel, dans sa très intéressante relation (1 2), et que par une piqûre ou autrement ces maladies y fassent explosion, croyez-vous que les choses se passeraient comme dans mon laboratoire ? Non. Un premier malade communiquerait la maladie à ses voisins ou à ses proches, et vous auriez bientôt tous les effets et toute l’épouvante du charbon et de la septicémie chez les hommes ou chez les animaux, et une épidémie des animaux de basse-cour. Il n’y a pas de milieux épidémiques; ce qu’on appelle de ce nom correspond, suivant moi, et je l’ai prouvé jusqu’à l’évidence pour la pébrine des vers à soie, à une abondance plus ou moins grande de germes de maladie.
En ce qui regarde la prophylaxie, la connaissance des propriétés des microbes infectieux suggère plus ou moins facilement des moyens préventifs. On me demanderait aujourd’hui ce qu’il faut faire pour arrêter la mortalité de basse-cour dans une ferme, que j’en donnerais, ce me semble, les moyens les plus efficaces et les plus prompts. Relativement au charbon, quoique la question mérite encore des études sérieuses, j ose prier qu on veuille bien se reporter au dernier numéro du Recueil de médecine vétérinaire (2) de notre savant confrère M. Bouley. Fnfin, il me semble que dans une épidémie de septicémie, rien ne serait plus facile, par la connaissance que nous avons aujourd’hui des propriétés du germe de l’infection, d’en arrêter les ravages.
•‘NE -bdcs Rochard : ... La peste, en somme, n estpasplus contagieuse que le typhus, que la variole et que la fièvre jaune; les médecins ont toujours bravé ces épidémies-là, sans prendre souci des dangers qu’ils pouvaient courir ; je suis convaincu qu’ils feront de même pour la peste, et j’estime qu’ils feront bien.
M. I asteur : J admire les paroles de M. Rochard ; j’admire cette expression du courage du médecin qui va, désarmé, auprès du lit d’un malade, mourant d’une maladie contagieuse; pour moi, qui suis un piofane, et qui n aurais d’autre but que de faire l’étude scientifique de
1. h auvel. La peste à Astrakhan. Bulletin de l'Académie de médecine. 2e sér VIII séance du 25 février 1879, p. 150-166.
2. Recherches sur l’étiologie et la prophylaxie de la maladie charbonneuse dans le département d’Eure-et-Loir. Rapport à M. Teisserenc de Bort, Ministre de l’agriculture et du commerce. Recueil de médecine vétérinaire , LVI, 28 février 1879, p. 193-198. Voir ce Rapport p. 225-229 du présent volume. (Notes de l'Édition.)
MALADIES V I R U LENTES
1° peste, je m’entourerais des précautions dont j’ai parlé, et j’avoue que, frappé de douleur comme je l’étais ces derniers jours encore, en apprenant qu’un jeune médecin venait de succomber à la suite des soins qu’il avait donnés à un enfant atteint clu croup, je comprends mal qu’on ne se garantisse pas à l’aide d’un peu d’ouate de l’infection du mal; tout au moins qu’on en fasse la recommandation aux personnes de la famille oui vivent auprès de leur cher malade. Il est beau de comparer le médecin au soldat sur le champ de bataille. Mais la cotte de ni ai lie et la cuirasse ont-elles jamais fait suspecter le courage de ceux qui les ont portées ?