SUR LE MAL ROUC.E OU ROUGET DES
PORCS (i)
M. Pasteur est allé dans le Midi pour continuer scs études relatives à une maladie qui sé\il d une manière désastreuse sur les pores et qui fait, notamment, de grands ravages dans les départements de l’Ardèche, de la Drôme, de \ aucluse et du Gard. Bollène, dans le Vaucluse, est un (lies centres de la maladie; elle commence avec les chaleurs et finit avec l'hiver : c’est une maladie saisonnière, qui fait de grands ravages en France, en Angleterre et aux Etats-Unis; un Rapport officiel a constaté, dans ce dernier pays, une perte, pour l’année 1879, de 900.000 animaux. Cette maladie est désignée sous le nom de mal rouge, rouget, charbon, choléra du porc: en Angleterre, le D1 Klein a proposé de l’appeler pneumo-entérile.
1. Bulletin de la Société nationale d' agriculture de France, séance du 1:5 décembre 1882, XLII, p. ü3!)-G/i8. (Résumé.)
Le rouget, car c’est sojis ce nom que la maladie est plus connue en Fr art ce , se manifeste au début par des plaques rouges, de la largeur de pièces de 2 francs et de 5 francs, qui augmentent de telle sorte qu’au moment de la mort, l’animal est tout rouge.
Jl y a, dans le département de Vaucluse, dit M. Pasteur, trois races de porcs généralement exploitées : les blancs, les noirs et les gris-blancs croisés. La race blanche est la plus recherchée, par suite de son aptitude à I engraissement; mais la race noire résiste mieux au rouget; malgré cela, les éleveurs ne la choisissent pas volontiers, parce qu’elle est d’un engraissement difficile.
Quant à la cause de la maladie, le D1' Klein (*) l’avait attribuée, en 1878, à un petit organisme microscopique, de forme analogue à celle de la bactéridie charbonneuse; il se forme, a-t-il dit, des spores semblables à ceux du charbon.
M. Pasteur, dans les recherches qu il a faites à ce sujet avecM. Thuillier, a constaté que ce qu’on trouve toujours dans les porcs atteints de la maladie, au moment de la mort, dans le sang, dans les liquides, c’est un petit organisme qui a la forme d’un 8 de chiffre, et qui échappe facilement à une observation meme très attentive. M. Pasteur a fait pour ce microbe ce qu’il a fait pour le microbe du charbon : il l’a cultivé et isolé; il a pu s’assurer ainsi qu’il est bien la cause de la maladie. Inoculé à l état de pureté au porc, à des doses pour ainsi dire inappréciables, il amène promptement la maladie et la mort: au bout de trois jours, l’animal cesse de manger, cherche à se couvrir de paille et meurt. On retrouve le même organisme dans les liquides du pore mort; la rate se résout souvent en l’aspect d’une bouillie, comme dans le charbon.
Le parasite microscopique est trouvé, dit M. Pasteur; d’où vient-il? Il se peut que les choses se passent de la même manière que pour le charbon. Les animaux morts du rouget, si la viande ne peut être utilisée, sont enterrés dans le voisinage des fermes; alors les vers de terre remontent à la surface les microbes qui se répandent sur les récoltes, pommes de terre et autres, sont avalés avec elles par l’animal. M. Pasteur a fait mettre des piquets pour reconnaître les endroits où les animaux morts du rouget ont été enterrés, et d se propose de faire des expériences pour s’assurer si les choses se passent en réalité ainsi.
Pour trouver un moyen préservatif, M. Pasteur a procédé comme pour le charbon; il a inoculé la maladie sous, une forme bénigne, et l’animal s’est montré alors réfractaire à la maladie mortelle; sur quatre porcs vaccinés, aucun n a succombé; il sera permis de voir, au mois de juin, s’ils résistent à la maladie. Mais, quoique M. Pasteur juge que des expériences nouvelles et de contrôle soient encore nécessaires, il signalera cependant ce fait : sur six animaux il une portée, quatre avaient été vaccinés et deux ne l’avaient pas été , on a inoculé la maladie aux deux porcs non vaccinés, et ils sont morts, tandis que les autres ont résisté, malgré toutes les conditions défavorables où ds ont été placés; ils ont tout supporté : contact dans la porcherie avec des animaux atteints du rouget, inoculation et alimentation avec des aliments
]. Klein. Loc. eit. [Note de l’Édition.)
MALADIES VIRULENTES
infectieux, sans qu il se produisît aucun ralentissement dans leur voracité C est une preuve que la question est près d’être résolue et qui donne, dès à présent, a M Pasteur la confiance que, à dater du printemps prochain, la vaccination par le microbe virulent du rouget atténué pourra devenir la sauvegarde des porcheries.
A la question de savoir si les porcs de Bollène sont élevés dans des étables A1. I a ste u r répond que lès porcs sont quelquefois mis dans les champs mais que, du moment ou ils sont livrés à l’engraissement, ils sont alors renfermés dans les porcheries ou ds passent tout leur temps à manger et à dormir.
A la question de savoir comment il explique la localisation de la maladie telle qu elle existe, M. Pasteur répond que la maladie du rouget se montre comme celle du charbon, dans les localités où elle a déjà existé. La propagan°n se fait par les fosses où ont été enfouis les animaux morts précédemment du rouget. La maladie existe dans plusieurs départements; elle existe aussi en Allemagne et aux Etats-TTnU
. quels indices est-il possible de reconnaître que la vaccination a réussi0 , ; ASTEUR répond que généralement il se produit autour du point où l’inoculation a eu lieu un bouton vaccinal, mais que souvent aussi il ne se manifeste aucun signe extérieur. Pour les moutons, M. Pasteur a constaté que, sans aucune manifestation extérieure, la vaccination avait cependant réussi.
A la demande si la maladie du rouget est la même que celle qui est désignée aux Etats-Unis sous le nom de choléra des porcs, M. Pasteur répond qu il est bien probable que c’est la même maladie. Le choléra ou charbon <les porcs qui existe aux Etats-Unis doit être, suivant lui, le mal rouge qui atteint les porcs en France. n
LA VACCINATION DU ROUGET DES PORCS A L'AIDE DU VIRUS MORTEL ATTÉNUÉ DE CETTE MALADIE (*)
(avec la collaboration de m. thuillier)
Au moment où je prononce ici pour la première fois le nom de I huillier, depuis la fatale journée du 18 septembre (2), je tiens à saluer
°™ptes rendus de l Académie des sciences, séance du 26 novembre 1883, XL Vil,
vAr ~ Bulletin de l'Académie de médecine, séance du 27 novembre 1883 2e sér
XII, p. 1359-1366.