Interventions de Pasteur. Ibid., p. 855 et
M A LADIES VI II I' LE X T E S
LETTRE (*) AU Dr F E RR AN
[A PROPOS DK SES ESSAIS DK VACCINATIONS CHOLERIQUES] (-)
Cher docteur,
Paris, 20 juin 1885,
Notre Ministre du Commerce s’est décidé à envoyer une Commission en Espagne pour suivre vos opérations et en connaître les résultats. Je regrette vivement de ne pouvoir l’accompagner. Vous serez du reste fort satisfait de sa composition. M. le Dr Brouardel, qui la dirige, et dont le nom, les travaux et les précieuses qualités d’esprit et de jugement vous sont connus, est accompagné de deux jeunes médecins très distingués et fort au courant des études microbiennes, MM. les IV" Charrin et Albarran.
Ce que vous apprécierez surtout, c’est l’esprit de grande impartialité qui les anime. Vous en jugerez aisément si j’ajoute que le Dr Roux, de mon laboratoire, devait tout d’abord faire partie de la mission; mais il a poussé le scrupule jusqu’à décliner cet honneur, parce qu’il n’a pas voulu qu’on put dire que dans la Commission il y avait une personne ayant pris parti dans la question du choléra. M. Brouardel s’est rendu aux motifs allégués par M. Roux, motifs exagérés suivant moi ; mais cela seul vous prouvera jusqu’à quel point on est ici désireux d aller à vous et d’étudier toutes choses sans parti pris.
Vous recevrez ces messieurs avec le désir de faire jaillir la vérité aux yeux de tous.
Pour ma part, voici comment je juge la question.
Vous êtes en hutte à la raillerie des uns, à l’hostilité des autres, à l’engouement d’un grand nombre; on vous reproche des erreurs commises dans la morphologie du bacille. On dit que vous avez réussi par
1. Recueil des travaux du Comité consultatif d'hygiène publique de France, XV, année 1885, p. 169-17U. — Bulletin de V Académie de médecine, séance du 7 juillet 1885, 2" sér., XIV, p. 905-908.
2. T oir, à ce sujet : Ferras (J. . Sur l’action pathogène et prophylactique du bacillus-virgule. Comptes rendus de l' Académie des sciences, séance du 13 avril 1885, G, p. 959-962. ( .elte Note se termine ainsi : « Je nie tiens a la disposition de l’Académie pour reproduire sous ses yeux les expériences que je viens de décrire. » Le Ministre du Commerce répondit à cette invitation par l'envoi d une Commission en Espagne. (Xote de l’Édition.)
MALADIES VIRULENTES
vos cultures à luei des animaux facilement, par injection hypodermique, ce qui a été en d’autres mains très difficile, exceptionnel, impossible même. Tout cela, à mon sens, est de peu d’importance. Déjà on commence à reconnaître que vous avez observé des faits de morphologie qui ont échappé à ceux qui ont étudié le bacille de Koch et à Koch lui-même. Ce qu’il faut savoir avant tout, c’est si vous prévenez le choléra chez les personnes inoculées.
Aidez nos savants missionnaires a porter un jugement sur à ce sujet. Vous pouvez y arriver en leur donnant les moyens de faire euxmêmes leurs statistiques. Vous pouvez mettre sous leurs yeux les preuves de la non-récidive des effets de vos inoculations, soit sur l’homme, soit sur les animaux.
Toutefois, bien que des statistiques sévères soient désirables, je vous engage vivement, outre les expériences de non-récidive dont je parle, à soumettre vos cultures à l’examen de ces messieurs, et, s’il est possible, d’en adresser quelques-unes à mon laboratoire par l’intermédiaire de nos missionnaires.
Le Dr Roux est non seulement bon juge en cette matière, mais il a perfectionné la photographie microscopique au point que ses photographies sont d’une grande netteté, même au grossissement de plus de 1.500 diamètres.
Recevez, cher docteur, la nouvelle expression de ma haute considération et des vœux que je forme pour le succès de votre entreprise.
Si mystérieuse est encore la question des virus atténués et des vaccinations que personne n’est autorisé à vous jeter la pierre par idée préconçue et par raisonnement a priori. Les faits seuls doivent être invoqués pour juger votre méthode.
J’ai la plus grande confiance que nos missionnaires français sauront dégager la vérité avec votre aide bienveillante.