‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 178 sur 299 · OBSERVATIONS (*) AI SUJET D’UNE NOTE DE M. N. GAMAIÆÏA · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS (*) AI SUJET D’UNE NOTE DE M. N. GAMAIÆÏA

Dans une lettre particulière que j’ai reçue un même temps que la Noie qui précède, le I)' (lamaleïa s’ex[)rime ainsi :

« Je vous autorise à déclarer que je suis prêt à répéter toutes mes expériences dans votre laboratoire, à Paris, en présence d’une Com-

I. Comptas rendus de l'Académie des sciences, séance du 20 août 1888, CVII, p. 434-435. — Bulletin de l' Académie de médecine , séance du 21 août 1888, :ie séi\, XX, p. 308-809.

:l. La Note de M. N. Gainaleïa, intitulée « Sur la vaccination préventive du choléra asiatique » ( Comptes rendus de l'Académie des sciences, séance du 20 août 1888, CVII, p. 432-433.

Bulletin de l'Académie de médecine, séance du 21 août 1888, g» sur., XX, p, 306-308), fut Iuc3 aux deux Académies par Pasteur avec cette remarque : « La Note du jeune physiologiste russe est reproduite ici telle qu'elle a été écrite en français, tout entière de sa main. ».

Voici le texte de cette Note :

Odessa, 12 août 1888.

" Be travail suivant n’est qu'une simple et fidèle application de la méthode expérimentale qui a été créée au laboratoire de M. Pasteur et qui a déjà donné de si beaux résultats pour le choléra des poules, le charbon, le rouget des porcs et la rage.

« L’auteur n’a pas besoin de rappeler quel obstacle cruel s’est opposé, il y a cinq ans, à l’application de cette méthode au choléra asiatique. Cet obstacle a forcé M. Pasteur de laisser celle maladie pour les recherches doses futurs élèves.

“ 0r' 1 auteur, comme nous l’avons dit, n’a l'ail, qu’appliquer au choléra deux grands principes de la « méthode expérimentale » : celui de la virulence progressive et celui des vaccins chimiques.

0 B est connu que les cultures ordinaires du vibrion cholérique n’ont qu’une virulence minime, â ce point que M. Koch, qui les a découvertes, a cru, après de nombreux échecs, que le choléra n’était pas inoculable aux animaux. De l’autre côté, les élèves de M. Pasteur, lors de la mission française en Égypte, n’ont qu’une seule fois réussi à donner le choléra à une seule poule.

« Or, il est facile de douer le vibrion cholérique d'une virulence extrême : il ne faut pour cela que le porter sur un pigeon, après un passage parle cobaye. Il tue alors les pigeons en leur produisant un choiera sec (avec l’exfoliation de l’épithélium intestinai). ( le qui est plus important encore, le microbe apparaît aussi dans le sang des pigeons qui ont succombé. Après quelques passages, ce microbe acquiert une telle virulence que le sang des pigeons do passage, en dose d’une ou deux gouttes, tue tous les pigeons frais dans l’espace de huit à douze heures.

" Ce virus tue aussi, avec des doses encore plus petites, les cobayes.

« Il est important de noter que tous les animaux de ces deux espèces, sans exception succombent à l’infection virulente.

« Avec ce virus absolument mortel nous avons pu constater l’existence d’une immunité cholérique. Ainsi, nous avons inoculé un pigeon deux fois avec une culture ordinaire (non virulente) du choléra : la première fois, dans les muscles pectoraux; la deuxième, dans lu cavité abdominale. Ce pigeon est devenu réfractaire & l’infection réitérée par le virus Je plus virulent, le sang des pigeons de passage. Le fait de l’immunité a été ainsi acquis.

« Maintenant, si l’on cultive ce virus de passage dans un bouillon nutritif et si l’on chauffe ensuite cette culture à 120“ pendant vingt minutes, pour tuer sûrement tous les microbes

MALADIES VIRULENTES

mission de l’Académie des sciences. Je m’offre également à trouver sur moi-même la dose inoffensive et suffisante pour la vaccination humaine, comme aussi d entreprendre un voyage dans les pays ravagés pai le choléra pour prouver 1 efficacité de la méthode.

« Si vous jugez nécessaires quelques autres détails, je puis vous les donner dans une Note complémentaire, où je pourrais vous parler de la durée de l’immunité, du mode d’infection, etc. »

J ai 1 honneur de prier M. le Président de l’Académie de vouloir bien renvoyer la Note de M. Gamaleïaà la Commission du grand prix Bréant sur le choléra.

En ce qui me concerne, il est inutile de dire que j’accepte avec empressement que les expériences de M. Gamaleïa soient faites dans mon laboratoire, conformément au désir qu’il m’en exprime. M. Gamaleïa a déjà travaillé, à plusieurs reprises, au milieu de nous ; notamment dans 1 année 188G, lorsqu il fut envoyé à Paris par la municipalité d Odessa, à la demande de la savante Compagnie des médecins russes de cette \ ille, afin d étudier la pratique des inoculations préventives de la i âge, méthode dont il nous lait connaître aujourd hui une exten-

qu elle contient, on constate alors que le chauffage a laissé subsister une substance très active dans la culture stérilisée. Cette culture, en effet, contient une substance toxique qui détermine des phénomènes caractéristiques chez les animaux d’expérience.

“ Inoculé en quantité de 4 c. c. à un cobaye, le bouillon stérilisé produit un abaissement progressif de la température et la mort en vingt à vingt-quatre heures (à l’autopsie, on trouve une hyperémie prononcée de l’estomac et des intestins, et, comme de raison, une absence complète des microbes cholériques).

« Les pigeons succombent aussi avec les mêmes phénomènes morbides. Seulement, ils sont plus résistants vis-à-vis de ce poison, et leur mort n’arrive qu'à la suite d’une dose de 12 c. c., injectés à la fois.

« Si, au contraire, on leur introduit cette meme quantité de 12 c. c., mais en trois, quatre ou cinq jours (en injectant, par exemple, 8 c. c. le premier jour et 4 c. c. le surlendemain . on ne les tue pas.

« Sur ces pigeons, on constate, en outre, un phénomène de la plus haute importance : ils sont devenus réfractaires au choléra

“ Le virus le plus virulent, le sang d un pigeon de passage, inoculé même en quantité de 0 c. c. 5, n’est plus capable de les tuer.

« La vaccination des cobayes réussit encore plus facilement : en introduisant le bouillon toxique et vaccinal par la quantité de 2 c. c., on les vaccine en deux ou trois séances (en tout 4 c. c. à (i c. c.). Ainsi nous sommes en possession d’une méthode de vaccination préventive du choléra.

« Déplus, cette méthode est fondée, comme on l’a vu, sur l’emploi des vaccins stériles. Et elle possède tous les avantages de la vaccination chimique : la sûreté et la sécurité, puisque le vaccin chimique peut être mesuré d’une manière tout à fait rigoureuse et introduit par des doses assez petites pour être entièrement inoffensif, tandis que la somme de celles-ci peut donner la quantité voulue, nécessaire pour une immunité complète. Ainsi, dans nos expériences, 1 immunité est conférée sans danger et sans exceptions . Nous espérons, par conséquent, que cette méthode pourrait être appliquée à la vaccination humaine pour préserver les populations du choléra asiatique. » (Note de l’Édition.)

sion et une application^ si remarquable à la vaccination préventive du choléra asiatique. Mais, comme il le dit, avec toute la modestie d’un grand inventeur, il a joint aux méthodes de mon laboratoire les inspirations des pages publiées par moi (J) sur le vaccin chimique delà rage dans le premier numéro des Annales de M. Duclaux, et des belles et décisives expériences du D' Roux (1 2) sur le vaccin chimique de la septicémie, dans le numéro de décembre dernier de ces mêmes Annales.

Depuis les travaux que je rappelle, les découvertes grandissent et s’accumulent en ce qui touche les vaccins chimiques. On ne saurait douter que nous en posséderons bientôt beaucoup d’autres. Celui de la rage, par exemple, ne peut tarder à être connu et utilisé. Voici l’une des dernières expériences que j’ai faites avec l’assistance d’un de nos jeunes aides de laboratoire, Eugène Viala, qui a acquis dans l’art des trépanations une habileté particulière :

Le 16 novembre 1887, 15 centimètres en longueur de la moelle d’un lapin de cent soixante et onzième passage, mort rabique, ont été délayés dans 30 c. c. de bouillon stérile, après qu’on eut porté le cylindre de moelle pendant quarante-huit heures à la température de 35 degrés. Deux lapins trépanés et inoculés par cette moelle diluée n’ont pas pris la rage, ce qui constitue la plus grande probabilité, sinon la certitude, que la moelle, par le chauffage au contact de l’air pur et sec, avait perdu sa virulence dans toute sa longueur.

Cependant les deux chiens traités avaient été rendus réfractaires à la rage ; car, inoculés par trépanation, le 23 mai 1888, avec la moelle bulbaire d’un chien mort de rage furieuse, ces deux chiens ont résisté et sont encore bien portants. La moelle chauffée rendue non virulente était donc vaccinale par un vaccin chimique.

1. Lettre de M. Pasteur sur la rage. (Bordighera, le 27 décembre 1886.) Annales de l'Institut Pasteur , I, 1887, p. 1-18; et p. 637-652 du présent volume.

2. Roux et Chamberland. Immunité contre la septicémie, conférée par des substances solubles. Ibid., I, 1887, p. 561. ( Xotes de V Édition.)

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