Van Tieghem (Pli.). Loc. cit. (Notes de l'Édition
MALADIES VIRULENTES
démie, et qu’il serait important de vérifier. J’ajouterai même que je serais très reconnaissant à M. Gosselin s’il voulait diriger ses recherches dans ce sens, et voir ce qu il y a de vrai dans une assertion qui n’est plus une simple présomption, puisqu’il y a déjà un fait en sa faveur.
M. Gosselin : ... Quant au fond de la question posée par M. Pasteur, il doit certainement y avoir deux modes de fermentation de l’urine, car il y a des cas où les malades ont une urine ammoniacale sans avoir été sondés, et le cathétérisme n’est nullement nécessaire pour la production du carbonate d’ammoniaque, comme le prouvent deux des observations que j’ai publiées.
M. Pasteur : 11 est de toute évidence que l’urine peut devenir ammoniacale spontanément et sans cathétérisme. Eh bien, même dans ce cas, je me demande si le carbonate d’ammoniaque n’est pas un résultat de la fermentation et si les germes du ferment n’ont pas pénétré de l’extérieur dans l’intérieur de la vessie par le canal de l'urèthre dont le diamètre comparativement à ces êtres infiniment petits est large comme le tunnel de la Tamise. On demandera peutêtre pourquoi les accidents ne surviennent pas plus souvent? C’est peut-être parce que l’urine est ordinairement acide et que cette acidité nuit au développement des germes de la fermentation. Dans les cas pathologiques où l’urine devient neutre ou alcaline, ces germes se développeraient avec la plus grande facilité.
M. Bouillaud : ... En résumé, c’est un fait acquis aujourd hui : l’urine peut devenir alcaline sous l'influence d'une lésion locale ou d’une affection générale sans l’introduction d’une sonde. M. Pasteur a indiqué en outre dans quels cas les ferments pouvaient s’introduire dans la vessie ; il a ajouté que, pour lui. s’il avait l'honneur d’être chirurgien, il ne sonderait jamais un malade sans avoir préalablement passé sa sonde par la flamme. C est un fait très grave que semblent justifier les accidents et la mort qui surviennent quelquefois à la suite du cathétérisme chez des individus qui 11e présentent aucune lésion des reins ou de la vessie. Je me suis demandé si dans ces cas la mort ne pouvait pas être mise sur le compte de ces ferments, plus actifs qu’on ne croit, et s’il n’a pas suffi de quelques parcelles infinitésimales de je 11e sais quel poison pour déterminer ces accidents effroyables...
M. Pasteur : Je ferai remarquer à propos des altérations de 1 urine que ce liquide ne devient jamais alcalin tant qu il est en contact avec l’air pur, l’air débarrassé des poussières qu il tient en suspension. La coloration seule devient un peu plus vive par 1 action de 1 oxygène de l’air, mais c’est là un fait purement chimique. J ai pu conserver à des températures de 25 à 30° pendant des mois et des années, sans aucune
altération, des urines exposées dans un air très pur. Ce que je dis de l’urine est vrai pour tous les liquides de l’économie.
Le corps humain est complètement fermé à l’introduction des germes des fermentations, excepté le tube intestinal, excepté encore dans certains cas pathologiques.
Je suis donc porté à croire, ce n’est du reste qu’une simple présomption de ma part, que jamais l’urine ne devient ammoniacale sans la présence de ferments venus de l’extérieur, soit directement par l’introduction d’une sonde ou d’un instrument chirurgical, soit par une plaie du tube intestinal, etc., etc.
Un mot maintenant à propos d’une expression qui ne me paraît pas avoir été bien comprise. J’ai dit qu’il fallait, avant de se servir des instruments de chirurgie, les passer par la flamme. J’ai voulu dire par la qu’on devait leur faire subir un simple flambage sans les chauffer réellement. En voici la raison : Si l’on examinait une sonde au microscope, on trouverait à sa surface des sillons, des vallées où se logent des poussières que le lavage le plus minutieux 11e peut enlever complètement. La flamme permet de détruire entièrement ces poussières organiques. Ainsi dans mon laboratoire où je suis enveloppé de germes de toutes sortes, je ne me sers pas d’un instrument sans l’avoir d’abord passé par la flamme.
M. Bouley : On semble accepter dans cette discussion comme prémisse hors de toute contestation que toutes les fois que l urine devient ammoniacale, cette transformation est la conséquence necessaire de la fermentation; mais je me permettrai de demander aux membres compétents de cette Académie si c’est la fermentation seule qui peut donner lieu à cette transformation, et s il 11e se pourrait pas qu’elle se produisît sous l’influence des réactions chimiques autres que celles dont un ferment est la cause initiale.
M. Pasteur : Je n’ai pas la prétention de donner une solution. M. Gosselin présente le travail que vous connaissez à l’Institut, je fais observer aussitôt qu’il y aurait une très grande utilité à rechercher si, dans tous les cas ou dans des cas particuliers, cette altération de l’urine ne serait pas due à la présence de ferments et voilà tout. — Or, depuis que j’ai émis cette idée, un fait est venu tout récemment donner raison a mes prévisions : une urine ammoniacale provenant d’un malade de la Charité a été examinée au microscope à l’instant même de l’émission, et M. Gayon a pu constater comme moi la présence d’innombrables organismes microscopiques.
J’appelle de nouveau sur ce point spécial l’attention des personnes qui s’occupent des maladies des voies urinaires. M. Bouley
me
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demande si une simple réaction chimique ne produirait pas le même résultat. C’est possible, mais j’ajouterai que, quand on s’est occupé beaucoup d’une question, on a une sorte d’instinct qui nous fait admettre telle solution plutôt que telle autre. Or, mon impression actuelle est qu’il n’y a pas dans le corps humain de réaction chimique capable de donner naissance à du carbonate d’ammoniaque dans les urines, mais, je le répète, ce n’est là qu’une impression. L’expérience seule nous éclairera définitivement sur ce point. En ce moment il n’y a qu’une observation et elle s’accorde avec ma manière de voir.
M. Bouley : Ce n’est pas tout à fait répondre à nia question...
Je pose donc de nouveau la question : Les substances étrangères à l’urine, le pus, le sang, le mucus, ne peuvent-elles pas amener, sans le secours de la fermentation, un dédoublement de l’urée en carbonate d’ammoniaque ?
M. Pasteur : Pour moi, je ne le crois pas, sans toutefois pouvoir vous en donner la démonstration; je suis porté à croire que ce dédoublement n’est pas possible sans la présence d’un ferment particulier.
M. Bussy : M. Pasteur ne me paraît pas avoir bien saisi la question de M. Bouley. Il s’agit de savoir si en dehors et surtout dans l'intérieur de l’économie l’urée peut, parle simple effet des réactions chimiques ordinaires, sc transformer en carbonate d’ammoniaque. Sur ce premier point, le doute n’est pas possible, et l’on sait depuis longtemps que l’urée est facilement transformée en carbonate d’ammoniaque dans beaucoup de circonstances, et même sous la simple influence de l’eau à une température supérieure de quelques degrés à l’eau bouillante. Ces circonstances favorables peuvent-elles se présenter dans l’économie? je l’ignore complètement.
La question sur ce point reste donc pour nous tout entière.
Quant à savoir si le sang, le pus, le mucus, qui se rencontrent accidentellement dans l’urine, peuvent par eux-mêmes et indépendamment de toute autre cause opérer la transformation de l’urée en carbonate d’ammoniaque, à la manière du ferment spécial si bien étudié par M. Van Tieghem, je ne le pense pas, et je partage sur ce point l’opinion de M. Pasteur.
M. Dumas : Je n’ajouterai, en réponse à M. Bouley, que quelques mots à ce que vient de dire M. Bussy.
L’urée peut se convertir en carbonate d’ammoniaque par la fixation d une certaine quantité d’eau. Le dégagement de l’ammoniaque pourra donc se produire toutes les fois que cette fixation de quelques équivalents d eau sera possible.
Ceci peut arriver dans deux circonstances : d’abord toutes les fois que l’urée se trouvera en présence d’un acide ou d’une base énergique.
On s’est demandé comment il se faisait que l’urine saine exposée à l’air pendant quelques heures donnait lieu à un dégagement d’ammoniaque. Ici, pas de bases, ni d’acides puissants, pas de température élevée, il faut donc en chercher la cause ailleurs. M. Jacquemart a eu 1 idée d’examiner le mucus
déposé au fond du vase après quelques heures ou quelques jours, et il a reconnu que ce mucus altéré donnait naissance à des ferments qui transformaient l’urine en carbonate d’ammoniaque. Les expériences de M. Van Tieghem ont en outre démontré que le mucus, pour pouvoir opérer cette transformation, devait être mis en rapport avec les spores contenues dans l’air.
En résumé, l’urée peut se dédoubler en carbonate d’ammoniaque sous l’influence et aussi indépendamment de la fermentation.
Ces conditions de transformation existent-elles dans l’économie ? C’est possible, mais je ne serai pas, sur ce point, aussi affirmatif que M. Pasteur...
M. Blot : J’ai rencontré souvent des exemples d’altérations de l’urine sans introduction de sonde dans la vessie... Il suffit que l’urine séjourne plus longtemps qu’à l’ordinaire dans la vessie pour qu elle devienne ammoniacale.
M. Pasteur : Je ne partage pas votre opinion.
M. Blot : Ce n’est pas une opinion, c’est un fait.
M. Pasteur : C’est un fait interprété. Vous dites qu’on ne peut invoquer ici l’action des ferments, mais, comme je l’ai déjà fait remarquer, le canal de l’urèthre, relativement à ces êtres infiniment petits, est un immense tunnel où ils peuvent circuler facilement.