LETTRE SUR LE TRAITEMENT DE LA RAGE
a M. R. Kraus, rédacteur ex chef de l ’Allgemeine Wiener medizinische Zeitung ] (1 2).
Paris, 3 novembre 1886.
Dès que j’ai eu connaissance de certains articles publiés dans la presse étrangère, j’ai tenu à me les faire envoyer, afin d’en savoir exactement la teneur.
J’ai reçu tant de témoignages de reconnaissance, non seulement des Russes que j’ai soignés, mais encore des médecins qui les accompagnaient et des personnes qui s’intéressaient à leur sort, que je n’ai pas été peu surpris cl’apprendre que plusieurs de ceux auxquels nous avions pratiqué les inoculations préventives de la rage avaient succombé peu après le retour dans leur pays, sans que j’en aie été informé directement. Les auteurs de ces nouvelles ayant annoncé que les
1. Voir, à ce sujet, p. 652-658 du présent volume : La rage. Lettre à propos d’une brochure de M. von Frisch.
2. Cette lettre a paru dans la Revue scientifique , 3" sér., XII, 20 novembre 1886, p. 667. C'est le texte de la Revue scientifique que nous donnons ici. (Notes de l'Edition.)
seize Russes partis de Paris pour Beloï dans le meilleur état de santé étaient morts de la rage, je me suis empressé d’écrire au maire de cette ville pour le prier de me faire connaître ce que ce bruit avait de fondé.
^ ous vous rappelez, sans doute, que parmi ces seize Russes se trouvait un pope, du nom de Erschoff, qui avait été très grièvement mordu à la face. Or, un journal allemand annonçait que ce pope, en particulier, avait succombé au milieu des plus cruelles souffrances.
Je viens de recevoir, de Beloï, le télégramme suivant, daté d’hier, 2 novembre 1886 :
« Je suis vivant. — Opération bien réussie. — Envoie photographie.
Erschoff. »
En effet, ce vénérable prêtre a eu la bonté de m’envoyer sa photographie, prise après la restauration, par autoplastie, de sa lèvre supérieure, pratiquée par un chirurgien de Moscou. Cette opération lui permet de parler nettement, de manger et de boire facilement.
J ai reçu, également le 2 novembre, la dépêche suivante du maire de Beloï :
« La nouvelle du journal allemand est absolument fausse. Les seize Russes de Beloï vont très bien.
Le maire de la ville, Resnikoff. »
J’ai fait, hier, à l’Académie de médecine de Paris, une Communication sur la rage (*), dans laquelle vous trouverez, avec des renseignements statistiques, l’indication de certaines modifications à ma méthode prophylactique, ainsi que les résultats de nouvelles expériences qui vous intéresseront, je pense, non moins que MM. les Drs Drasche et Frisch, auxquels je vous prie de transmettre mes compliments.
Recevez, etc.