RELATIF AUX PRÉCAUTIONS A PRENDRE CONTRE LE DANGER DU CHARBON
[Présenté dans la séance du 7 juillet 1882.]
Les ouvriers qui travaillent dans les boucheries, tanneries, mégisseries, ceux qui manipulent les laines, les peaux fraîches ou les peaux sèches venant des pays étrangers, les cornes, les poils..., sont exposés à prendre le charbon, lorsque les viandes, les peaux, les laines, etc., proviennent d'animaux atteints de cette affection.
La maladie se manifeste aux mains, au cou, au visage, aux paupières, par une enflure avec ou sans point apparent d’inoculation au centre de l’enflure. Celle-ci augmente peu à peu de volume. Elle se termine le plus souvent par la mort. Tant que l’enflure est à son début, le développement ultérieur du mal peut être conjuré.
Ordinairement, la personne contaminée ne donne aucune attention à l’enflure et croit être à l’abri de tout danger. C’est une fausse sécurité pour tous ceux qui sont dans les conditions de travail que nous avons rappelées en commençant. Chaque année, Paris compte plusieurs morts des suites de la terrible maladie, morts qui auraient pu être prévenues facilement.
Les cas de mort sont dus généralement à l’ignorance du danger. Les personnes intéressées négligent de recourir tout de suite aux conseils d’un homme de l’art. Elles ne se décident à se rendre à l’hôpital ou chez un médecin à leur portée qu’après une aggravation du mal et alors que toute médication ou opération est devenue inutile.
En conséquence, V Administration invite tous les ouvriers des catégories précitées à donner la plus grande attention aux moindres enflures , démangeaisons persistantes et œdèmes, et les engage expressément à se rendre sans retard, dès qu'ils en constatent la présence, chez un médecin, qu’ils informeront de la nature de leur profession et de leur crainte d'un danger possible, parce que les matières qu’ils manipulent peuvent être souillées du parasite charbonneux ou de ses germes. Le médecin sera juge de ce qu’il y aura à faire.
Signé : Bouchardat, IIillairet et Pasteur, rapporteur.
Lu et adopté dans la séance du 7 juillet 1882 du Conseil d’hygiène publique et de salubrité.
Dans la même séance, M. Lalanne demande s’il ne serait pas utile d’indiquer quelques moyens thérapeutiques que les intéressés pourraient