Paris, Impr. Ghaix, placard in-folio
appliquer en 1 absence du médecin. Il pense aussi que la publication de cet Avis pourrait être laite dans toutes les communes de France pour mettre les cultivateurs en garde contre les accidents à redouter.
M. Pasteur répond sur le premier point qu’il faut laisser au médecin le soin de prescrire les remèdes nécessaires, que, d’ailleurs, tant que le parasite charbonneux n’a pas pénétré dans le sang, il est temps d’agir et que 1 important est de prévenir l’ouvrier de ne pas laisser le mal s’aggraver avant de recourir à l’homme de l’art.
Sur le second point, M. Pasteur fait remarquer que le Conseil de salubrité devrait borner son action au département de la Seine. Il ajoute que les cultivateurs sont généralement plus soucieux de leur santé que ne le sont les ouvriers de la capitale; lorsqu’ils se croient atteints de piqûres charbonneuses, ils se rendent immédiatement chez le médecin.
[A PROPOS D’UN CAS DE PUSTULE MALIGNE] (t)
M. Pasteur (à propos d’un cas de pustule maligne signalé par M. Legouest) dit qu en Angleterre la pustule maligne est fréquente chez les ouvriers qui travaillent les laines exotiques. Il demande à l’Administration de rappeler aux industriels l’Instruction du Conseil concernant les affections charbonneuses (voir page précédente).
M. Bezançon demande - quels moyens prophylactiques on pourrait recommander aux industriels.
M. 1 as i eur conseille des lavages à 1 eau additionnée de I centième de sulfate de cuivre, ou encore des pulvérisations térébenthinées pour la destruction des microbes de la bactéridie. Il ajoute que l’incubation de la pustule maligne chez 1 homme est plus longue que chez les animaux, ou plutôt que la bactéridie charbonneuse passe dans le sang moins vite chez l’homme que chez les animaux, circonstance qui permet l’efficacité des moyens thérapeutiques chez l’homme, alors même que l’œdème est déjà très développé.
1. Extrait des registres des délibérations du Conseil d’hvgiène publique et de salubrité, à la Préfecture de la Seine (inédit), séance du 21 décembre 1883.
MALADIES VI RU L E N T E S
[A PROPOS D'UN CAS DE PUSTULE MALIGNE CHEZ UN OUVRIER TRAVAILLANT LES CORNES] (>)
M. Lancereaux demande s il ne convient pas de désinfecter ces cornes et par quel procédé.
M. Pasteur dit qu’on pourrait les désinfecter en les soumettant pendant un certain temps à des vapeurs térébenthinées. Voici le procédé qu’il indique : les cornes seraient placées dans des cuves à double fond; dans le deuxième fond, l’on mettrait de l’essence de térébenthine (que l’on vaporiserait en faisant barboter de l’air au fond des cuves), doutes les cornes laissées pendant deux ou trois jours dans la cuve fermée seraient ainsi plongées dans de la vapeur térébenthinée qui tuerait les spores. L eau destinée à la macération serait ensuite introduite. Ce procédé est indiqué dans les Annales de V Institut Pasteur (1 2) et M. Chamberland pourrait en donner la formule exacte.
Séance du 8 juillet 1881.
M. Pasteur dit que la désinfection (des cornes) serait peut-être plus complète et plus pratique, en additionnant l’eau dans laquelle les cornes sont mises à macérer de sulfate de cuivre. On ferait préalablement 1 expérience de la quantité de sulfate de cuivre nécessaire.
1. Extrait des registres des délibérations du Conseil d’hygiène publique et de salubrité, à la Préfecture de la Seine (inédit), séance du ]Ü juin 1887.
2. Chamberland. Les essences au point de vue de leurs propriétés antiseptiques. Annales de V Institut Pasteur. L 1887, p. 153-164. {Note de l’Édition.)
LA RAGE
ET LES VACCINATIONS ANTIRABIQUES
[RAPPORT DE M. YILLEMIN (•)
SUR LES EXPÉRIENCES D INOCULATION DE SALIVE RABIQUE PRÉSENTÉES PAR M. PASTEUR] (2)
Dans la séance cle mardi dernier, vous avez nommé une Commission destinée k vérifier certains faits apportés à cette tribune par notre éminent collègue M. Pasteur, et contestés par son savant contradicteur, M. Colin (1 2 3). Cette Commission, composée de MM. Bouley, Davaine, Alphonse Guérin, Vulpian et Villemin, s’est réunie les 3 et 4 de ce mois, dans le laboratoire de l’Ecole Normale supérieure, mais elle a eu le regret d’être privée de la présence de notre collègue, M. Colin. Ayant eu l’honneur d’être désigné comme rapporteur, je viens vous rendre compte des résultats d’une partie seulement de notre mission, car vous nous avez chargé de nous prononcer sur deux questions distinctes : l’une concernant la septicémie et une maladie particulière, dérivée de la salive d’un enfant mort de la rage, découverte par IM. 1 asteur, 1 autre ayant trait à 1 affection charbonneuse.
La première seule a occupé jusqu ici votre Commission. Elle s’est posée devant vous de la manière suivante :
L inoculation de la salive d’un enfant atteint de la rage ayant entraîné la mort rapide des lapins, sujets de 1 expérience, ceux-ci ont-ils succombé à la septicémie, comme 1 affirme M. Colin, ou bien, au contraire, sont-ils morts d une maladie spéciale ayant pour cause immédiate un microbe particulier, comme le veut M. Pasteur ?
La solution de ce problème se trouve dans les deux séries d’expériences suivantes, réalisées par M. Pasteur.
1 / emièi e série . Deux cobayes inoculés sous le ventre d’une o-outte de sang septique sont morts en moins de vingt-quatre heures. L’autopsie, pratiquée devant la Commission, permet de constater les lésions suivantes : Rougeur intense de tous les tissus de la région inoculée, s’étendant au loin à tout l’abdomen et au thorax. Les muscles, fortement colorés, sont friables. L’intestin en contact avec les parois abdominales altérées est lui-même très enflammé. Tous les tissus voisins du point d’inoculation sont œdématiés; de leui section s écoule une abondante sérosité. Les organes splanchniques n’ofTrent rien à noter, si ce n’est la consistance molle de la rate.
1. Bulletin de l'Académie de médecine, 2« sér., X, séance du 8 février 1881, p. 176-179
2. Voir, p. 559-566 du présent volume : Sur une maladie nouvelle provoquée par la salive d un enfant mort de la rage.
3. Observations à l’occasion du procès-verbal. Ibid., 2" sér., X, séance du 1” février 1881 p. 136-144. (Notes de l’Édition.)
Une gouttelette de la sérosité qui infiltre les tissus montre d’innombrables bâtonnets de toutes longueurs; ils sont d’abord immobiles sous le champ du microscope ; mais, au bout de quelque temps, ceux du centre de la plaque s’animent peu à peu d’un mouvement vibrionien très manifeste.
Ces bactéries se voient aussi dans l’intimité des tissus, notamment dans les muscles où elles se trouvent en grande abondance. En revanche, le sang recueilli dans le cœur ne permet pas de constater leur présence.
Deuxième série. — Deux lapins inoculés avec une goutte de sang pris sur un animal mort de la maladie dérivée de la salive rabique succombent, l’un après dix-lniit heures et l’autre après trente-six. A l’autopsie, votre Commission constate un fait qui frappe tout d’abord, à savoir la distension du système veineux par le sang. Les vaisseaux paraissent injectés comme pour une préparation anatomique. Au voisinage de l’inoculation, les tissus paraissent sains, ils n’offrent pas de changement de coloration appréciable ; il n’y a que peu ou point de sérosité infiltrée dans ces régions ; la trachée présente une altération remarquable, elle est d’un rouge extrêmement intense sur un lapin, et, sur l’autre, elle offre des suffusions hémorrhagiques. Les ganglions lymphatiques sont fortement congestionnés. Les poumons sont pointillés de multiples taches hémorrhagiques. La rate est dure. Aucune odeur de putridité ne peut être perçue.
Une goutte de sang d’un de ces animaux, mise sous le microscope, donne lieu aux observations suivantes : les globules rouges sont agglutinés et disposés en plaques irrégulières dans l’intervalle desquelles on constate une multitude de petits corpuscules signalés par M. Pasteur. Ces microbes sont constitués généralement par deux corpuscules géminés ayant l’apparence d’un 8 de chiffre et entourés d’un petit halo transparent; quelques-uns sont formés de trois ou quatre corpuscules en chapelet.
M. Pasteur fait ensuite passer sous les yeux de la Commission une série de cochons d’Inde inoculés, les uns depuis longtemps, avec du sang de même provenance, et qui n’ont aucunement souffert, du moins en apparence, de cette inoculation.
Enfin, M. Pasteur pratique devant la Commission deux autres séries d’inoculations semblables à celles que nous venons de rapporter, c’est-à-dire : l’une, composée d’un cobaye, avec la sérosité des cobayes septicémiés ; l'autre, formée d’un lapin et d’un cobaye, avec le sang des lapins morts de la maladie dérivée de la salive de Penfant enrao’é. 11 ensemence en outre du
bouillon de bœuf avec une goutte du même sang. Ce bouillon, conservé à l’étuve à 38° depuis nombre de jours, était d’une limpidité parfaite.
Les résultats de ces expériences ont été soumis le lendemain et les jours suivants à l’examen de la Commission, qui a constaté des faits semblables à ceux de la veille. Le cobaye septicémié est mort septique en moins de vingt-quatre heures. Le cobaye de la deuxième série est resté bien portant après avoir eu une simple rougeur au point inoculé. Le lapin est mort après quarante-huit heures, offrant sous le ventre les lésions déjà indiquées, le tissu cellulaire de l’abdomen un peu emphysémateux et légèrement purulent au voisinage de l’inoculation, sans odeur putride. Le bouillon avait perdu sa limpidité, il était fortement troublé. Une goutte examinée au microscope a permis de voir en quantité considérable le même microbe que celui du
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sang c | u i avait servi de semence, ('.es petits organismes avaient pu, dans l’espace de vingt-quatre heures, se multiplier au point de troubler la transparence du liquide de culture.
l'emoin de tous ces laits, votre Commission se croit en droit de conclure <pie les résultats des deux séries d’expériences, rapportes plus haut, n Offrent l ien « | ii i autorise à identifier la maladie révélée par M. Pasteur avec la septicémie, telle (pi elle a été pratiquée en présence de la Commission.
En effet, dans la première série (septicémie), il y a localement une inflammation violente et une ulcération profonde des tissus.
Dans la deuxième série (rage), rien de pareil n’a été observé.
Dans la première série, on constate un microbe en bâtonnet se trouvant à foison dans les régions voisines du point d inoculation, tandis qu’il n’y en a aucun dans le sang, du moins visible au microscope.
Dans la maladie issue delà salive rabique, on voit un microbe entièrement différent d’aspect et qui se trouve au contraire à profusion dans le sang. On constate, en outre, dans cette dernière la turgescence des vaisseaux veineux, des hémorrhagies des tuyaux aériens et des poumons, ce qui manque dans la sept ieémie. Notons encore la rate du rc dans l’une et la rate molle dans l’autre. Enfin, remarque d’une grande importance, le cobaye, qui partage avec le lapin une si grande aptitude à la septicémie, sc distingue de ce dernier par la résistance qu’il a offerte jusqu’ici à cette maladie spéciale que M. Pasteur nous a fait connaître.