A L’OCCASION DU RAPPORT DE M. GOSSELIN
Je demande à l’Académie la permission de lui soumettre quelques observations à l’occasion du Rapport quelle vient d’entendre, observations qui n auront rien de critique; j’approuve, aussi complètement que ma compétence me le permet, les opinions et les conclusions si autorisées du savant rapporteur de la Commission. Je désire seulement saisir cette occasion pour communiquer à l’Académie quelques faits au sujet des ferments, principalement pour montrer quels peuvent êtie, dans certains cas, leur diffusion, les dangers auxquels ils exposent, en même temps que la facilité avec laquelle on peut souvent s en débarrasser, lorsqu on est averti de leur présence.
Il y a précisément une année, M. Musculus (3) présentait à l’Académie, par l’organe de M. Boussingault, une Note relative au ferment ammoniacal de l’urine. M. Musculus recueille sur un filtre le dépôt d’une urine fermentée, contenant, par conséquent, le ferment dont il s’agit, qui reste sur le filtre avec d’autres substances, notamment diverses sortes des cristaux de l’urine. Le filtre est lavé avec soin ; on le dessèche à une température de 30 ou 40°, et l’on s’en sert ensuite comme d’un réactif de l’urée. Il suffit, en effet, de porter dans l’urine ou dans une solution d’urée un fragment du filtre avec la poussière qui le recouvre et qui y adhère, pour que la fermentation ammoniacale de l’urée prenne naissance. Conjointement avec M. Boussingault, je fus chargé de l’examen de la Note de M. Musculus. A ce titre, elle me fut envoyée par le Secrétariat de l’Académie dans le courant de novembre,
1. C amples rendus de l'Académie des sciences, séance du 11 janvier 1875 LXXX p 87-95
de, iefrZH' RTP°rt r;.Un travail de M- Alph- GuÉRIN’ intitulé: Du pathogéniquê Ibid. p. , 8180anS S 68 Chirurgicales ; nouvelle méthode de traitement des amputés.
I XXvîlTS- SaioUonio/Pief/éaCtif de/urée- impies rendus de l’Académie des sciences , EXXV1II, 1874, p. 132-134. (Notes de l'Édition.)
MALADIES VIRULENTES
dix mois, par conséquent, après sa présentation ; sous le pli qui la contenait se trouvait un fragment d’un filtre que l’auteur de la Note avait pris soin d’y joindre. J’eus la curiosité de rechercher si le réactif n’avait pas perdu de sa sensibilité, en d’autres termes, si le petit ferment avait encore la faculté de provoquer la fermentation ammoniacale. Je constatai facilement qu’il l’avait conservée.
Voilà donc un ferment capable de rendre l’urine ammoniacale et qui conserve après dix mois ses propriétés, quoiqu’il ait été réduit en poussière sèche, et nul doute qu’il les gardera pendant longtemps encore. Dès lors, je le demande, où ce ferment n’existe-t-il pas à 1 état de particules, pour ainsi dire, tout à fait invisibles, car il s’agit ici d un petit organisme formé de grains réunis en chapelets, mais ((lie la dessiccation disjoint, et dont chaque grain n’a pas plus de un millième a un millième et demi de millimètre de diamètre? Quelle est la rue d une ville ou d’un village, surtout pendant l été, quelle est la salle d hôpital, quelle est la chambre à coucher, quels sont les vêtements, quel est le tapis, quels sont les sièges où ce petit ferment n existe pas et toujours prêt à se multiplier et à provoquer, s’il pénètre dans la vessie, l’atlection dangereuse qui se caractérise par des urines ammoniacales? Car je dois faire observer ici incidemment qu’une question qui s était présentée à mon esprit devant l’Académie des sciences au moment de la présentation d’une Note de M. Gosselin sur les urines ammoniacales (‘ , dans la séance du 5 janvier 1874, s’est trouvée résolue depuis par l’affirmative. J’avais demandé que Ion recherchât si le petit ferment ammoniacal de l’urine n’était pas toujours présent dans de telles urines. Or, tous les faits, encore inédits, qui ont été recueillis posterieurement, surtout par M. Gosselin et quelques-uns par moi-meme, aidé de M. Gayon, ont établi jusqu’à présent la preuve constante de te ferment dans les urines ammoniacales, de sorte que cette affection doit être considérée comme ayant pour cause une fermentation détei minée dont le ferment est connu. Déjà en 1864, M. le professeur lraube, de Berlin, était arrivé à une conclusion semblable **). Il cite {Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie , 1864) un fait remarquable et conclut en ces termes: « Le fait précédent offre une confirmation
remarquable de la doctrine de NI . Pasteur ».
Supposez une altération quelconque des voies urinaires, une incontinence d’urine qui, par les efforts du malade, provoque un mouvement