A PROPOS DES RUSSES DE SMOLENSK MORDUS PAR UN LOUP ENRAGÉ
M. Pasteur fait une Communication verbale an sujet du cas de décès pairage survenu le 22 mars dernier, à l’Hôtel-Dieu, sur l’un des malheureux Russes qui ont été mordus par un loup enragé les 28 février et 1er mars écoulés.
Parmi les 19 Russes envoyés de Smolensk 6 avaient été mordus à ce point qu on avait du les transporter de la gare du Nord à l’Hôtel-Dieu.
Celui qui a succombé le 22 mars avait été mordu le 1er mars.
Les inoculations avaient été commencées sur lui le 14, et il fut pris des premiers symptômes de la maladie dans la nuit du 19 au 20. L’autopsie a été faite 36 heures après sa mort. On a constaté la présence d’une moitié de dent de loup, logée entre Los temporal et la peau. Une partie du bulbe a été enlevée afin de faire des expériences sur le virus du loup, ce qui n’a jamais été tenté.
Dès le 24 mars, au laboratoire de M. Pasteur, deux lapins et deux cobayes ont été inoculés sous la dure-mère par trépanation; un chien a été inoculé de la même laçon ; un autre par injection ordinaire. Les animaux inoculés vont encore bien, ce qui tend a prouver déjà que le Russe est mort de la raoe du loup et non du virus d’inoculation.
Le traitement du décédé n’était pas terminé quand il a été pris de raoe. 11 avait encore cinq inoculations à subir.
M. Pasteur fait remarquer que les Russes qui sont à l’Hôtel-Dieu ont tous etc mordus à la tête et que, pour plusieurs, les blessures ne sont pas encore cicatrisées. Il voit là une analogie avec le cas de la jeune Pelletier dont la blessure, le trente-septième jour, était encore sanguinolente.
M. Pasteur annonce au Conseil qu'au moment où il parle, un autre des Russes qui sont à 1 Hôtel-Dieu est atteint de la rage. Il est très agité. Celui-ci a, non seulement, subi le traitement complet, mais un second. Il a été mordu tout autour du cou et si près des glandes maxillaires sublinguales que, d’après M. I asteur, la culture du virus dans ces glandes a pu commencer dans les premiers jours qui ont suivi les morsures.
Rien que le malade conserve toute sa connaissance, il ne peut pas y avoir
chance de guérison.
Ces accidents, a son avis, ne portent aucune atteinte à la valeur de la méthode prophylactique. Outre qu’il s’agit de morsures par un loup enragé, il s agit également de blessures des plus graves à la tête.
Jusqu’à présent 640 personnes mordues par des chiens ont subi, sans accident, les inoculations, et cependant 95 fois sur 100, au moins, la rage des chiens qui avaient mordu a été constatée par des médecins ou par des vétéri-
1. Extrait des registres des délibérations du Conseil d’hygiène publique et de salubrité, k la i relecture de la Seine (inédit), séance du 2 avril 1886.
MALADIES VIRULENTES
naires, et enfin sur 100 personnes mordues par des chiens enragés, 15 à 25 meurent de la rage. En 1885, 19 sont mortes de la rage à Paris.
M. Pasteur annonce que 9 autres personnes mordues par un loup enragé lui sont envoyées du gouvernement de 5\ ladimir, et que 7 autres, mordues aussi par un loup enragé, près de Moscou, vont arriver ces jours-ci.