‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 31 sur 299 · CHIRURGIE · texte numérisé non relu

CHIRURGIE

M. L. Le Fort (3) : ... Cette théorie [des germes] dans ses applications à la clinique chirurgicale est absolument inacceptable. Les faits, les résultats du pansement a 1 air libre lui ont donné depuis longtemps un démenti formel. Le pansement de M. Alph. Guérin, le pansement de Lister n’ont pas empêché apparition de 1 infection purulente, aucun de nos pansements ne saurait avoir cette vertu. C’est que l’infection purulente primitive, bien que partant de la plaie, naît sous 1 influence de phénomènes locaux et généraux intérieurs et non extérieurs au malade. La réunion immédiate profonde la prévient efficacement, mais cette réunion, pouvons-nous compter l’obtenir lorsque nous amputons dans des parties molles contuscs par le traumatisme, ou

1. Cohn (F.). Untersuchungen über Bakterien. 1875, Heft 2, p. 129-224; Heft 3, p. 141-207.

Beitriige zur Biologie der Pflanzen. I,

2. Bulletin de l'Académie de médecine, séance du 19 février 1878, 3e sér VII p 139-167

3. Communication de L. Le Fort : Ibid., p. 139-166. ( Notes de l'Édition.)

MALADIES VI RU LENT ES

déjà très altérées par une inflammation de mauvaise nature? Nous la préviendrons en soutenant les forces, en amenant par les aliments ou les alcooliques la réplétude du système circulatoire, mais combien de fois nous sera-t-il impossible de ranimer les forces épuisées, de raviver l’appétit? Nous connaissons l’influence, sur la santé générale, d’un milieu salubre où le malade conserve l’appétit et le sommeil ; ce milieu nous ne pouvons le trouver dans nos hôpitaux comme nous pouvons le trouver au domicile du malade. Et d’ailleurs, comment agirons-nous sur ces diathèses dont l’influence ne doit pas être exagérée, mais ne saurait être niée? Je crois à Y intériorité du principe de l’infection purulente chez certains malades, c’est pour cela que je repousse l’extension à la chirurgie de la théorie des germes qui proclame Y extériorité constante de ce principe.

M. Pasteur (4) : Avant que l’Académie accepte les conclusions de la lecture qu’elle vient d’entendre et la condamnation de la théorie des germes en pathologie, je serais heureux qu’elle voulût bien attendre l’exposé des recherches que je poursuis en collaboration avec MM. Joubert et Chamberland .

M. Léon Le Fort nous dit qu’il admet la doctrine de M. Pasteur dans l’explication des phénomènes de fermentation et de putréfaction, mais qu’il la rejette dans l'application que les docteurs Lister et Alph. Guérin veulent en faire à la chirurgie.

Aux dix propositions de ma Noie de la séance du 22 janvier (2), j’ajoute celles-ci :

XL La théorie des germes a droit aux préoccupations incessantes du chirurgien et du médecin.

XII. Je prouverai qu’un petit être microscopique, non signalé jusqu’à ce jour, introduit dans l’organisme vivant, provoque la formation abondante de pus; qu’il n’est pas le seul ayant cette propriété; que l’eau commune renferme les germes de ces organismes et d’autres plus dangereux; que le simple lavage d’une plaie avec une éponge mouillée peut présenter des inconvénients très graves qui n’ont jamais appelé l’attention du chirurgien.

XIII. Je démontrerai que si toute amputation, toute plaie n’entraîne pas nécessairement la mort lorsqu’on s’affranchit des précautions antiseptiques inspirées par les résultats de mes travaux de ces vingt et une dernières années, cela est dû principalement a la vie, a la résistance vitale : j’en donnerai des preuves saisissantes.

XIV. Je montrerai que la pratique du pansement ouvert avec une large exposition des plaies à l’air, que le lavage continu des plaies

1. Communication de Pasteur : Ibid., p. 160-167. o. Voir p. 107-10K du présent volume. (Notes de l'Édition.)

ŒUVRES DE l' A S 'JEU R

avec les eaux communes, loin d’ëtre, comme le pense M. Léon Le Fort et comme on pourrait l’inférer de ce que je viens de dire moi-même de la nature de ces eaux, loin d’être, dis-je, une objection à l’acceptation en chirurgie de la théorie des germes, sont à certains égards des appuis solides de cotte théorie bien comprise.

XV. Je démontrerai enfin qu’à la surface des plaies, sous les pansements, des vibrions inofiensifs peuvent pulluler et qu 'a priori il n’y a rien à conclure de la présence accidentelle de certains organismes sous les pansements Lister et Alph. Guérin. Tout est obscur et matière à discussion quand on ignore les causes des phénomènes. Tout est clarté quand on les possède.

DISCUSSION [Suite) [*]

M. Pasteur (2) : N’étant pas chirurgien, et quoique j’aie eu l’honneur d’être en correspondance avec le Dr Lister, je n’ai pas lu tous ses travaux. Si Lister, comme vient de le dire M. Le Fort (3), pense que les globules du pus ne peuvent se former que sous l’inflnence des organismes microscopiques, je crois devoir dire que l’ensemble de nos expériences sur la formation du pus n’est pas d’accord avec cette opinion; mais il n’est pas moins certain que la formation du pus sous l’influence des organismes microscopiques est sans comparaison, pour l’abondance, avec ce qu’elle est s’il y a absence absolue de ces organismes.

Je crois pouvoir ajouter qu’il en est de même touchant l’infection purulente, quant à son danger et à son intensité.

Relativement à l’idée dominante de la lecture de M. Le Fort, sans vouloir la discuter et la juger en ce moment, je ne puis m’empêcher d’ajouter que, il y a huit jours, M. Sédillot (*) a lu devant l’Académie des sciences un travail, duquel il résulte que, pour l’éminent chirur-

E Bulletin de l’Académie de médecine, séance du 19 mars 1878, 2” sér., VII, p. 264-285. — Ont pris part à la discussion dans cette séance : L. Le Fort, Depaul, Pasteur.

2. Intervention de Pasteur dans cette séance : Ibid., p. 283-284.

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