‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 37 sur 299 · Voir la Communication précédente. ( Notes de l’Edition · texte numérisé non relu

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trouvés absents, pourquoi ne pas essayer de placer dans la même situation, à cet égard, toutes les accouchées sans distinction? Les soins cliniques, ceux de l’hygiène, peuvent-ils être compromis? Est-il bien difficile de dire à des malades : Voici une eau qui est une solution d’acide borique à 4 pour 100, en d’autres termes, saturée à la température ordinaire, avec laquelle vous vous laverez le plus fréquemment possible; cela peut vous faire grand bien, et dans tous les cas vous y trouverez cét avantage que vos lochies ne vous gêneront point par leur mauvaise odeur. Le beau malheur vraiment que ma foi dans l’avenir de la théorie des germes me conduise là jusqu’à plus ample informé !

Bien plus, j’ai pris la précaution de vous dire que je conseillerais l’usage de cette solution borique, de préférence à d’autres solutions antiseptiques, parce qu’elle n’était pas irritante pour les muqueuses, la muqueuse vésicale par exemple, plus délicate assurément que celles dont il s’agit ici, et tout de suite je vous en ai donné la preuve en vous apprenant que, sur mes indications, votre confrère, M. le docteur Guyon, employait depuis plusieurs années, avec un grand succès, la solution d’acide borique dans les affections urinaires et particulièrement pour prévenir ou guérir du danger des urines ammoniacales, parce que l’acide borique s’oppose au développement du microbe auteur de la formation de telles urines. Ce microbe n’est pas identique, comme vous le laissez supposer, mais fort voisin, par sa forme, de l’organisme habituel au pus de mauvaise nature chez les femmes en couches. N’est-cè pas un résultat considérable que le bienfait que m’a signalé tout récemment M. le docteur Guyon, qui, lui aussi, n’a pas cru tout d’abord à l’efficacité des injections de l’acide Dorique, parce qu’il ne croyait pas plus au microbe des urines ammoniacales que vous ne croyez à présent aux microbes de la puerpéralité?

M. le docteur Hervieux serait plus porté à admettre la théorie des germes dans l’infection puerpérale, si je lui avais présenté un organisme spécifique. Et pourquoi donc? La maladie n’a-t-elle pas des symptômes très variés? Qui vous dit qu’un jour la diversité de ces manifestations morbides ne reconnaîtra pas pour cause la prédominance de tel ou tel organisme, si l’on reconnaît décidément la mauvaise influence de plusieurs ?

Que M. le docteur Hervieux me permette de condamner, à mon tour, l’ensemble de son argumentation contre la théorie des germes, en lui faisant observer qu’il pourrait relire sa Communication en y changeant seulement les expressions de fièvre puerpérale en celles

MALADIES VIRULENTES

de fièvre charbonneuse, fièvre septicémique, choléra des poules; bien plus, en y substituant même le mot de gale : il verrait mieux ainsi que les obscurités cliniques ou pathologiques qui lui font rejeter la théorie des germes s’appliqueraient et ont été appliquées réellement autrefois aux diverses maladies dont je parle, lorsqu’on discutait sur leur étiologie parasitaire, miasmatique ou spontanée. Pourtant nous savons très bien aujourd’hui que la preuve peut être donnée que ces maladies relèvent de la présence d’organismes microscopiques, et point du tout d’un miasme ou de causes banales.

Enfin, j’oserai dire que sur la question des virus et de leur unicité , pour me servir de l’expression de M. Hervieux, tout n’est peut-être pas aussi simple qu’il le pense. J’ai précisément sur moi une Note écrite que j’allais remettre à l’issue de la séance à notre confrère M. Bouley, et qui est une question que je lui adressais, afin qu’il veuille bien m’instruire sur un point relatif au virus qui a été le plus étudié jusqu’ici, je veux parler du virus vaccinal. Dans les quelques jours que je viens de passer à la campagne, j’ai lu avec une grande attention les écrits de Jenner et l’article Horse-pox, du Dictionnaire vétérinaire de nos collègues MM. Bouley et Reynal. J’ai compris, et je crois avoir bien lu, que le mal du cheval (c’est à dessein que j’emploie cette expression vague) était malin pour l'homme et bénin pour la vache. Dans cette différence rien que de naturel; mais quand le mal du cheval a passé par la vache, il revient à l’homme sous forme bénigne, puisque c’est alors la vaccine; ceci, je ne le comprends plus, et il me semble dès lors que l’on ne sait pas encore bien ce que c’est que le mal du cheval, c’est-à-dire le mal que Jenner appelait le grease. Je ne comprends pas davantage, si nous avons affaire ici à un virus unique, pourquoi le grease , dans l’observation de Jenner, s’est communiqué rarement à l’homme d’une manière directe, et très facilement au contraire après avoir passé par la vache, porté cependant à celle-ci par le palefrenier ou par le vacher. Si je réussis dans les tentatives expérimentales que je fais en ce moment, l’Académie comprendra mieux l’intérêt qui s’attache, suivant moi, à la considération des mélanges des causes étiologiques de certaines maladies.

M. Dkpaul : M. Pasteur considère le horse-pox comme nuisible à l’homme d’après les observations qu’il vient de rappeler. Or, je suis en mesure d’affirmer l’innocuité relative de ce virus ; je l’ai inoculé très souvent sur des adultes et sur des nouveau-nés, et je n’ai jamais observé d’accidents graves. Si M. Pasteur a voulu dire que le horse-pox donne des pustules plus prononcées, je suis de son avis, mais je ne saurais admettre qu’il détermine des accidents graves.

M. Pasteur : Je m’appuie sur les observations de Jenner et sur le fait d’Amyot cité par M. Bouley, pour parler de la malignité du grease.

M. Depaul : Jenner n’a dit dans aucune de ses observations que le horse-pox donnait lieu à des accidents graves; il s’est contenté de dire que l’inoculation donnait lieu à des pustules.

M. Pasteur : Ma mémoire ne serait-elle pas plus fidèle en ce moment que celle de M. Depaul? (*)

SEPTICÉMIE PUERPERALE (2).

M. Pasteur : Dans la dernière séance (1 2 3 4), d’une manière tout à fait occasionnelle, j’ai dit que le grease de Jenner, lorsqu’il se communiquait aux hommes, provoquait des manifestations morbides assez graves, bien plus intenses en général que quand il revient de la vache aux hommes. Contredit aussitôt par les membres les plus autorisés, j’ai pensé que je devais a l’Académie et à moi-même la relation textuelle des faits sur lesquels je m’étais appuyé. Rien ne doit être laissé dans l’ombre de ce qui touche à la vaccine, à cette grande inconnue de la science médicale, et dont les vertus préservatrices défient encore jusqu’aux plus hardies des hypothèses.

Dans l’Ouvrage de Jenner, [traduit] par Laroque, on lit page 32 (*) :

. «. Abraham Riddsfort, fermier de cette paroisse .(Berkeley),

ayant pansé une jument qui avait le javart (il s’agit du grease de Jenner, expression mal traduite, on le sait, par Laroque, lorsqu’il se sert du mot javart comme expression équivalente du mot grease, ou des mots sore-heels ), eut des ulcères très douloureux sur les mains, des tumeurs sous les aisselles et éprouva une indisposition générale fort sérieuse. »

. « Thomas (Pierre), fils d’un maréchal ferrant dans le

temps où il était chez son père, avait pansé des chevaux affectés de

1. Voir plus loin la discussion sur la vaccine. [Note de l’Édition.)

2. Bulletin de V Académie de médecine, séance du 18 mai 1879, 2" sér., VIII, p. 50.4-508.

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