‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 38 sur 299 · Voir l’intervention précédente · texte numérisé non relu

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4. Œuvres complètes du docteur Jenner, sur la découverte de la vaccine, et tout ce qui concerne la pratique do ce nouveau mode d’inoculation, traduites do l’anglais par Jacques- Joseph de Laroque au mois do février 1800. Nouvelle édition revue, corrigée et considérablement augmentée. Privas (1800), lvi-238 p. in- 12. (Notes de l'Édition.)

MALADIES VIRULENTES

javart. Il lui était survenu des ulcères aux doigts ; ces ulcères vinrent en suppuration et lui occasionnèrent une indisposition assez sévère. i> ( Loc . cit., p. 30.)

. « A la fin de février 1798, une jument fut attaquée du javart

dans une ferme des environs de Berkeley. Cette bête était tour à tour soignée par tous les valets de la ferme, Thomas Virgoë, William Wberret et William Haynes, qui répandirent l’infection parmi les vaches; eux-mêmes en furent atteints avant le troupeau. Il leur survint des ulcères aux mains, de l’inflammation aux glandes lymphatiques, aux bras, aux glandes subaxillaires, avec des frissons, de la lassitude générale et des douleurs dans les membres et dans les lombes. » (Loc. cil., p. 39.)

. « William Morris, âgé de trente-deux ans, domestique de

M. Cox, habitant d’Almondsbury, canton de Glocester, s’adressa à moi le 2 d’avril 1798. Il me dit que quatre jours auparavant il avait ressenti de la dureté et de l’enflure sur les mains avec des douleurs si vives qu’il eut bien de la peine à continuer son travail ; qu’il avait eu mal de tête, des sensations douleureuses dans les lombes et des frissons suivis de fièvre. En l’examinant, je m’aperçus qu’il était encore affecté de ces symptômes et qu’il avait perdu une grande partie de ses forces. L’intérieur de ses mains était ouvert en plusieurs endroits, et il avait sur le milieu de la jointure du pouce de la main droite un petit ulcère phagédénique, de la grandeur à peu près d’un gros pois, d’où il sortait un fluide léger. Il avait, en outre, au doigt du milieu de la même main, un second ulcère de la même nature : ils avaient l’un et l’autre une forme circulaire, et ils me parurent semblables à ces ampoules qui s’élèvent après une brûlure. Il se plaignit aussi d’une douleur excessive, qui s’étendait le long du bras jusqu’aux glandes subaxillaires. Ces symptômes étaient si exactement semblables à ceux de la petite vérole des vaches, que je prononçai, sans hésitation, qu’il était incontestablement atteint de cette maladie ; mais il m’assura alors que, depuis plus de six mois, il n’avait touché aucune vache de son maître, et que, de plus, aucune d’elles n’en était infectée. Je lui demandai alors si son maître avait un cheval atteint du javart; il me répondit affirmativement, en ajoutant que depuis trois semaines il le pansait deux fois le jour; il me fit même remarquer, à ce sujet, que ses mains étaient imprégnées d’une odeur exactement semblable à celle qu’exhale la matière du javart. Le 5 d’avril, je le revis, il se plaignait toujours de douleurs dans les mains; les symptômes de la fièvre subsistaient encore ; les ulcères s’étaient étendus et avaient à peu près la circonférence d’une pièce de six sous. Un autre ulcère que j avais

aperçu auparavant sur la première articulation de l’index de la main gauche était aussi douloureux que ceux de la droite. » ( Loc . cit., p. 125 à 127.)

Tels sont les faits que j emprunte à Jenner, en faisant observer que ce sont à peu près les seuls où il parle d’inoculation directe du cheval à l’homme. Si, dans la vaccine humaine vraie, le sujet éprouve parfois des symptômes aussi sévères que ceux que je viens de mentionner, c’est à titre exceptionnel et rare. Ici, c’est constant.

Je passe à d’autres observations tirées de l’Ouvrage de Loy (4).

. « Enfin, dit le docteur Loy, j’eus le bonheur de trouver un

cheval dans les talons duquel la matière était beaucoup plus limpide que dans tous les précédents, c’est-à-dire le quatorzième jour de la maladie et le septième depuis que la matière avait de l’écoulement. » La matière prise sur ce cheval, inoculée à quatre vaches, donna lieu au développement du cowpox. Le docteur Loy l’inséra aussi directement sur le bras d’un enfant, et voici les symptômes dont cette inoculation fut suivie :

« Le troisième jour, la pustule était entourée d’un peu d’inflammation; le quatrième elle était fort élevée, et le cinquième on y apercevait une vésicule de couleur pourpre; le sixième et le septième, la vésicule a augmenté et est devenue plus foncée. L’enfant a eu des frissons, des nausées et des vomissements. Les symptômes ont été suivis de beaucoup de chaleur, de mal de tête et d’une respiration accélérée ; le pouls était fréquent et la langue blanche, etc. » Ces symptômes assez graves avaient disparu le neuvième jour. L’inoculation de la variole faite à cet enfant le sixième jour après l’inoculation du grease ne donna lieu qu’à l’apparition d’une petite vésicule. ( Dictionnaire de Bouley et Reynal, p. 433.)

Plus loin, page 435, on lit : « La matière du grease semble produire le mouvement le plus considérable et le plus prompt sur le corps humain lorsqu’on la prend à sa source, c’est-à-dire aux talons du cheval; car dans l’expérience rapportée plus haut de l’inoculation

directe à un enfant, l’indisposition a été considérable. » . « La

matière du grease paraît agir avec plus de douceur et moins de promptitude quand elle a été régénérée dans le corps de la vache ou dans celui de l’homme.

« La couleur pourpre des pustules qui proviennent de l'inoculation directe du grease ne se montre pas sur l’homme ou sur la vache lors-

1. Loy (J. -G.). Expériences sur l’origine de la vaccine, traduit de l’anglais par Jean de Carro. Bibliothèque britannique , an X (1802), XXI, p. 877-398. (Note de l'Édition.)

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qu’ils sont infectés avec la matière provenant du cheval, lorsque celle matière a déjà passé par le corps de l’homme ou de la vache.

« La vésicule a paru plus vite après l’insertion de la matière originelle du grease...

« D’après les deux cas d’infection accidentelle du grease , il paraît probable que la petite vérole a eu une action considérable pour empêcher l’action du grease sur le corps humain. La première personne avait eu la petite vérole, et la maladie que le grease a produite sur elle n’a été que locale; la seconde, qui n’avait jamais eu la petite vérole, a eu une indisposition générale (4). »

Enfin, il y a le fait célèbre d’Amyot, l’élève d’Alfort, cité dans la discussion académique de 1863(2). Il est vrai que M. Bouley a expliqué la gravité de la maladie d’Amyot, dans la dernière séance (3), par des complications accidentelles. Toutefois, je remarque que cette explication n’a été produite par M. Bouley qu’à titre de simple présomption hypothétique.

Telles sont les observations qui m’ont conduit à émettre l'opinion que j’ai formulée dans la dernière séance. Plus fidèlement présentées par moi en ce moment, elles trouveront grâce, je l’espère, devant nos éminents confrères, MM. Depaul et Boidey. Ce sont peut-être les seuls faits que l’on connaisse où il y ait eu passage direct du grease à l’homme, et dans tous il y a eu une intensité du mal accidentel ou inoculé bien plus accentuée que dans la vaccine qui n’ollre de symptômes sévères qu’à titre exceptionnel. Ainsi se trouve justifiée, suivant moi, l’opinion que j’ai émise incidemment dans la dernière séance.

1. Les citations d’après Loy sont empruntées au «Nouveau dictionnaire pratique de médecine, de chirurgie et d’hygiène vétérinaires», par Bouley et Reynai,, art. Horse-pox, tome IX, 1871, p. 409-468.

2. Rapports et discussions sur l’origine de la vaccine, par Bouley, Depaul, Piorry, J. Guérin, Raynal, Magne, Bocillaud, Leblanc, Bouvier, Bousquet, Renault, IIuzard, Girault et Deyergie. Bulletin de l' Académie de médecine, XXVII, 1861-1862, séances des 20 et 27 mai, des 3 et 10 juin 1862; XXVIII, 1862-1863, séances des 31 mars et 7 avril 1883; et XXIX, 1863-1864, séances des 10, 17, 24 novembre, des 1er, 8 et 27 décembre 1863; des 5, 12, 26 janvier, 2, 9, 16 février et du 1er mars 1864.

3. Bulletin de l'Académie de médecine, séance du 6 mai 1879, 2"1" série, VII 1, p. 493. Bouley : «... Le fait de l'élève d'Alfort, invoqué par M. Pasteur, est un fait complexe; t’ôlôvo Amyot, dont il a été question, avait pu s'inoculer des matières septiques, en même temps que le horse-pox. » (Eûtes de l’Edition.)

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