‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 41 sur 299 · MA LA 1)1 LS VI II IJ LENTES · texte numérisé non relu

MA LA 1)1 LS VI II IJ LENTES

Proéminence étendue, rougeur de la peau, mais pas encore de pus apparent. Toutefois, une incision de la peau, au sommet de la proéminence, fait sortir un peu de pus mêlé à du sang. Ensemencement, culture facile dans les vingt-quatre heures, et encore apparition du même organisme. On avait recueilli au bras, loin du furoncle, un peu de sang dont la culture a été tout à fait stérile. Le 17 juin, examen d’un nouveau furoncle sur le même individu. Même résultat, développement du même organisme à l’état de pureté.

Cinquième observation — Le21 juillet, M. le docteur Maurice Raynaud m’informe qu’à Lariboisière se trouve une femme portant des furoncles multiples. Elle en avait, en effet, le dos couvert, plusieurs même en suppuration, d’autres qui avaient laissé des parties ulcérées. Je recueillis du pus sur un de ces furoncles, qui n’avait jamais été ouvert. Après quelques heures déjà, le pus ensemencé avait donné un abondant développement. C’est toujours le même organisme, toujours pur, sans mélange avec aucun autre. Le sang pris a la base enflammée du furoncle, ensemencé à son tour, s’est montré stérile.

En résumé, il paraît certain que tout furoncle renferme un parasite microscopiq ue aérobie, et que c’est a lui que sont dues l’inflammation locale et la formation du pus qui en est une conséquence.

Les liquides de culture du petit organisme, inoculés sous la peau à des lapins et à des cobayes, font naître des abcès, en général peu volumineux et qui guérissent promptement. Aussi longtemps que la guérison n’est pas achevée, on peut retirer du pus de ces abcès l’organisme microscopique qui les a formés. Il y est donc vivant, se développant, mais sa propagation à distance n’a pas lieu. Les cultures dont je parle, injectées en petite quantité dans la jugulaire des cochons d’Inde, ont montré que le petit organisme ne se cultivait pas dans le sang. Le lendemain de l’injection on ne le retrouve pas, même par la voie des cultures. D’une manière générale, je dois faire observer que les parasites aérobies ont quelque peine à se cultiver dans le sang tant que les globules de celui-ci sont en bon état physiologique. J ai toujours pensé que cette circonstance s’expliquait par une sorte de lutte entre l’affinité pour l’oxygène des globules du sang et celle qui est propre au parasite dans ses cultures. Tant que les globules du sang l’emportent, c’est-à-dire s’emparent de tout l’oxygène, la vie et la multiplication du parasite deviennent très difficiles ou impossibles. 11 est alors facilement éliminé ou digéré, si l’on peut dire ainsi. Maintes fois, j’ai été témoin de ces faits dans l’aflection charbonneuse, et meme dans celle du choléra des poules, maladies qui relèvent 1 une. et lautie de la présence d’un parasite aérobie.

La culture du sang' de la circulation générale dans les expériences précédentes s’étant toujours montrée stérile, il semblerait que, dans l’état de diathèse furonculeuse, le petit organisme des furoncles n’existe pas dans le sang. Qu’il ne s’y cultive pas par la raison que je viens de dire et qu’il n’y soit pas abondant, cela est de toute évidence ; mais de la stérilité des cultures que je rappelle (*), il ne faudrait pas conclure d’une manière absolue que le petit parasite n’est pas, à un moment ou à un autre, charrié par le sang et transporté d’un furoncle où il est en voie de développement sur un autre point du corps où il peut fortuitement s’arrêter, se cultiver, et former un nouveau furoncle. Je suis persuadé que si dans la diathèse furonculeuse on pouvait mettre en culture, non pas une gouttelette de sang de la circulation générale, mais quelques grammes ou davantage, on réussirait souvent à avoir des cultures fécondes. Dans le grand nombre d’expériences que j’ai faites sur le sang des poules atteintes du choléra, j’ai eu la preuve, à diverses reprises, qu’au moment où le petit parasite de cette affection commence à exister dans le sang, des cultures répétées de gouttelettes de ce sang prises même dans un seul organe, le cœur par exemple, ne sc montrent pas toutes également fécondes, ce qui se conçoit aisément. Une fois même, il est arrivé que de dix poules neuves, inoculées par un sang infectieux, mais qui commençait à peine à être envahi par le microbe, trois moururent et les sept autres n’eurent pas le moindre mal. Le microbe, en effet, au moment où il commence à pénétrer dans le sang, peut exister par unité dans certaines gouttelettes et pas du tout dans d’autres gouttelettes voisines. Il y aurait donc suivant moi une grande utilité, dans un cas de diathèse furonculeuse, à rencontrer un malade qui voulût bien se prêter à de très nombreuses piqûres sur divers points du corps, loin des furoncles formés ou en voie de formation, afin qu’on pût pratiquer une foule de cultures, simultanées ou non, du sang de la circulation générale. Je suis persuadé qu’on rencontrerait parfois des cultures fécondes du petit organisme des furoncles.

§ 11. — Sua l’ostéomyélite.

Observation unique. — Relativement à cette très grave maladie, je ne possède qu’une observation dont M. le docteur Lannelongue a pris l’initiative. On connaît le travail très estimé que ce savant praticien a

1. Dans lus Comptes rendus de l' Académie des sciences : ... « que je rappelle (au nombre de cinq seulement), il ne faudrait pas . ( Note de l’Édition.)

MALADIES VIRULENTES

publié sur l’ostéomyélite et la possibilité de sa guérison par la trépanation de l’os suivie de lavages et de pansements antiseptiques (*). Le 14 février 1880, à la demande de M. le docteur Lannelongue, je me rendis à l’hôpital Sainte-Eugénie, où l’habile chirurgien allait opérer une petite fille d’une douzaine d’années environ. Le genou droit était très enflé et toute la jambe, jusqu’au-dessous du mollet, et une partie de la cuisse au-dessus du genou: aucune communication quelconque avec le dehors. Après avoir chloroformé l’enfant, le docteur Lannelongue pratiqua, au-dessous du genou, une longue incision qui fit sortir du pus en grande abondance ; l’os du tibia découvert se montra dénudé sur une grande longueur. Trois trous de trépan furent pratiqués dans l’os. A chacun de ces trous le pus se montra en grande quantité. Le pus de l’extérieur de Los et le pus de l’intérieur furent recueillis avec tous les soins convenables et plus tard examinés attentivement et cultivés. L’observation directe au microscope des deux pus de l’intérieur et de l’extérieur de l’os fut extrêmement intéressante. Il était sensible que ces pus contenaient en grande quantité un organisme pareil à l’organisme des furoncles, par couples de deux et quatre grains et par paquets de ces mêmes grains, les uns à contours nets, accusés, les autres peu visibles et à contours très pâles. Le pus extérieur offrait en abondance des globules de pus, celui de l’intérieur n’en montrait pas. C’était comme une pâte graisseuse de l’organisme furonculeux. Aussi, chose digne de remarque, en moins de six heures, après l’ensemencement des liquides de culture, le développement du petit organisme était commencé. Je vis alors que c’était bien exactement l’organisme des furoncles. Le diamètre des grains a été trouvé d’un millième de millimètre. Si j’osais m’exprimer ainsi, je dirais que, dans ce cas tout au moins, l’ostéomyélite a été un furoncle de la moelle de l’os. Il sera facile, sans doute, de provoquer artificiellement l’ostéomyélite sur les animaux vivants.

§ III. — Sur la fièvre puerpérale (1 2).

Première observation. — Le 12 mars 1879, M. le docteur Hervieux a l’obligeance de me recevoir dans son service de la Maternité, pour visiter une femme accouchée depuis quelques jours et qui est atteinte de fièvre puerpérale grave. Les lochies sont d’une fétidité extrême. Je les trouve remplies d’organismes microscopiques de plusieurs sortes.

1. Lannelongue (O.-M.). De l’ostéomyélite aiguë pendant la croissance. Paris, 18/9, u-169 p. in-8° (6 pl. ) .

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