SUR LA GUÉRISON DU SANG DE RATE PAR L’EMPLOI DE LA CRAIE
M. Pasteuii (1 2 3) regarderait comme extraordinaire que le carbonate de chaux pût guérir le sang de rate. Quelles matières, en effet, introduirait-il, capables d’empêcher le développement des vibrions, qui sont la cause de, la maladie, d après M. Davaine? « Tout est possible, assurément, dit M. l’astcur, pour celui qui ignore, mais l’induction le porterait plutôt à croire (pôle carbonate de chaux serait propre à ajouter à l’intensité du mal quand il existe. »
1. Puisque l’occasion m’est olïerte de signaler la présence de celle plage ovoïde brillante que présente souvent le ferment butyrique, je dirai que je n’ose rien affirmer encore sur la signification physiologique de ce caractère. Cependant j’aurais quelque motif de croire que ce ferment vibrionaire ne se reproduit pas constamment ot indéfiniment par scissiparité, mais bien, dans certains cas, par une sorte d’oviparité.
2. Bulletin de la Société centrale d’ agriculture de France, séance du il novembre 1874, 3* sér., IX. 1873-1874, p. 958-966.
8. Intervention de Pasteur dans la discussion. Ibid., p. 965. [Note de l'Édition,)
KTUDR S I ; H I , A MAL A 1)1 K CHAH MONNKUSE (*) I A VB«; \,\ cou, a non ai ion i>k M. Jounmrr.]
Au mois d’noût 1850, M, Jlnyer (I, 2j, rendant eompl.o des recherches
n va il. fil il, es on collaboration do M. Dnvaine (3 4) sur In contagion de In maladie appelée s/mtf de raie, dit :
« II y avait on outre dnnH lo Hong do petits corps filiformes, a y an I, environ le, double on longueur du globule sanguin. Ces petits corps n o 1 1 rai o, n i point do mouvement spontané. »
Jolie est, quoiqu'on l’ail, houvoiiI contesté, la date véritable de la première observation sur les corps bac.téri formes dans la maladie charbonneuse. J’ai donné aux rocberclies bibliographiques sur ce point d 'histoire de la science une attention minutieuse, parce que M. biivaine, qui a été, par ses travaux sur le charbon et la septicémie, l’un dos promoteurs les plus autorises des questions que soulève aujourd’hui en médecine el en. chirurgie le rôle des éléments figurés microscopiques, nous n appris que, s’il était revenu en 1803 (*) sur son observation de 1850, e’étail a la suite des réflexions que lui avait suggérées la lecture de ma Communication de 1801 sur la fermentation butyrique (nj. J'annonçais alors a l'Académie que le ferment <1 o celle fermentation, loin d élie, une matière albuminoïde en voie de
I, Compta» rendu» de l' AeaUthnio de» »eienee», »è(inco du Î1C) avril IN77, I.XXXIV, |i, 1100 1)0(1, Oui, 1,0 Ooin m un le, n I nui ul, c.ullu qui fui II, ont l'irt réunion en unu lirocliuru intitulée : « Utmrlioi) et «optlcémlo », l'uri», 1877, (I, Mn»son, 84 p. in 18.
M, Ma vint. I noci iln, 1.1 o n du hiuik du ni,l,u, Compte» rendu» de» sdunee» et Mémoires de la SoeitHtl de Inolof/i», il, 1800(1801), p, 141 144.
8. lUyui' dit qu'il ukI, allé avec iKivnliin daui du» l'unno» au »ud du Chartres ul que : u I" Un muni, on i m mmi lé par M, Uavulnu avoo du mais provuuanl, du la, rate non putréliée d'un mou ton (mort, lu vol I lu, du miiii^ du ratu) uhI, morl quaruolu tmll, liuuruB uiiviruu après I Inoculation, ul, a pniwuntû lus lé«lon» cai'urlïn'lMlIquim du hiiiis du ralo.,, »
4, Davainui ((,,). llur.liurrliuM »ur Km liilïiNoIrei du Mima dium la maladie rontiuo sous lu •loin du » Niuig du rn, le », Compte » rendu» de CAeudthnic de» »eiences , I.VII, 18011, p. yyo, KOI ul, flHO,
0, I me, p. 1 110 lilH, tome II du» < Kuvnw» ion Pamticdii : Animalcules infusoires vivant, sans oxyuènu lIKrn ul, dètoi'inllianl du» l'nririnututloiis, {Note» de t'kdition.)
MALADIES VIRULENTES
décomposition spontanée, comme on le croyait, était formé par des vibrions qui offrent les plus grandes analogies avec les corps filiformes du sang des animaux charbonneux.
A cette même époque de 1863, une autre circonstance dut aiguillonner la sagacité de M. Davaine, quoiqu’à son insu peut-être. Je venais de démontrer (20 avril 1863) que dans l'état de santé le corps des animaux est fermé à toute introduction de germes extérieurs. J’avais réussi à extraire de l’intérieur du corps, à l’abri des poussières atmosphériques et de leurs germes, du sang et de l’urine, et ces liquides s’étaient conservés sans manifester la moindre putréfaction au contact de l’air pur (4).
Peu d’années après, je reconnus qu’une des affections les plus graves du ver à soie était la conséquence de la fermentation anormale de la feuille de mûrier dans le canal intestinal, fermentation produite par des organismes divers, et notamment par ces mêmes vibrions, agents actifs de la putréfaction des matières animales. Au sujet de ces vibrions et de leurs germes, je vis alors qu’il existe chez ces petits êtres une sorte de parthénogénèse. Après qu’ils se sont reproduits pendant un certain temps par division spontanée, on voit apparaître çà et là dans leur substance, jusque-là translucide et homogène en apparence, un ou plusieurs corpuscules plus réfringents que le restant du corps. Celui-ci se résorbe peu à peu autour de ces noyaux.
Dès lors, à la place de la multitude de petits bâtonnets simples ou articulés en voie de division spontanée qui composent un champ de vibrions baguettes, on ne rencontre plus qu’un amas de points brillants, une poussière de petits grains de 1 à 2 millièmes de millimètre de diamètre. J’ai montré que ces corpuscules peuvent subir une dessiccation prolongée sans périr, et que la poussière infectieuse qui en résulte, répandue artificiellement sur la feuille de mûrier, peut aller faire fermenter celle-ci dans le canal intestinal et provoquer la maladie et la mort de l’insecte. ( Voir pages 168, 256 et planche page 228 du tome Ier de mes Etudes sur la maladie des vers à soie. Paris, 1870 [1 2]).
Dans un Mémoire remarquable, publié en 1876, le Dr Ivoch (3) a constaté que les petits corps filiformes découverts par M. Davaine peuvent passer à l’état de corpuscules brillants après s’être reproduits
1. Voir, p. 165-171, tome II des Œuvres de Pasteur : Examen du rôle attribué au gaz oxygène atmosphérique dans la destruction des matières animales et végétales après la mort.
2. Voir, p. 153-154, p. 231-232, tome IV des Œuvres de Pasteur; et p. 207 la figure : Vibrions de la flacherie.
3. Koch (R.). U ntersuebungen über Bakterien. V. Die Aetiologie der Milzbrandkrankheit, begründet auf die Entxvickelungsgeschichte des Bacillus anthracis (1876). Cohn's Beitrage zur Biologie der Pflanzen, II, 1877, p. 277-310. (Notes de l’Édition.)
par scission, puis se résorber comme je viens de le dire pour les vibrions, et que ces corpuscules peuvent régénérer dans le sérum et l’humeur de l’œil les petites baguettes pleines, et, de même que dans la maladie dite flacherie des vers à soie , on doit penser que ces corpuscules peuvent passer d’une année à l’autre sans périr, prêts à propager le mal. C’est l’opinion du Dr Koch.
Malgré les observations si précises de M. Davaine et du Dr Koch, les esprits sont encore partagés au sujet de la véritable étiologie du charbon. La contradiction sur ce point se rattache à des discussions d un caractère plus général dont je dois dire quelques mots. L’attention des médecins ayant été appelée à diverses reprises, depuis une vingtaine d’années, sur le rôle des infiniment petits, il est arrivé ([u on a étendu outre mesure et prématurément les conséquences des laits acquis. Or, les exagérations des idées nouvelles amènent infailliblement une réaction qui, elle-même, allant au delà de la vérité, jette la défaveur sur ce que ces idées nouvelles ont de juste et de fécond. Ceux qui suivent attentivement le mouvement médical actuel touchant (os questions, à 1 étranger et en France, doivent reconnaître à divers symptômes, et comme contre-coup des exagérations dont je parle, que plusieurs médecins ou chirurgiens sont portés à douter que certaines maladies puissent être dues à des organismes microscopiques. Tout lécemment, un critique judicieux, rendant compte d’une nouvelle édition d’un Traité de microscopie (4), disait :
<( . a remanié qui a trait aux maladies parasitaires et
principalement au rôle des' infusoires, vibrions et bactéries. Les auteurs estiment que l’on a singulièrement abusé de l’existence et du rôle de ces êtres animés, et que jamais ils ne devront être considérés comme donnant naissance aux maladies infectieuses. C’est tout au plus si leur développement peut imprimer à l’évolution d’une maladie de ce genre un caractère spécial, et si l’on est en droit de les considérer comme les agents de certaines complications de ces maladies. » Le savant critique ajoute : « Ces idées sont conformes à celles que M. Paul Bert a récemment exprimées. »
Les ellets parfois surprenants des pansements célèbres du I) Lister et de M. Alphonse Guérin ne reçoivent pas de ceux qui en sont le plus partisans une explication conforme à celle qu’en donnent les auteurs mêmes de ces pansements. Pour ce qui est du pansement de M. Alphonse Guérin, l’Académie en a eu la preuve
1. Doval (M.) et Lereboullet (L.). Manuel du microscope dans ses applications au
PaViS <2° éd,)’ 1877’ iU"12 {V°ir 1 Infusoires et P^asites, p. 64-74).
MALADIES VIRULENTES
dans le Rapport que lui fit, en 1875, notre savant confrère, M. Gosselin (1).
Ges questions (2) se compliquent encore lorsqu’on les envisage à un autre point de vue. La question de la génération spontanée s’est transportée en effet dans le domaine médical, surtout en ce qui concerne les maladies contagieuses. Un membre de l’Académie de médecine écrivait naguère : « La maladie est en nous, de nous, par nous (3) ». Tout serait donc spontané en pathologie. Une autre école proclame, au contraire, que beaucoup de maladies sont toujours et nécessairement transmises. Quel intérêt immense n’y aurait-il pas à sortir de ces incertitudes !
Depuis longtemps je suis tourmenté du désir d’aborder l’examen de quelques-uns des graves problèmes que soulèvent les doutes (pii précèdent. Mais, étranger aux connaissances médicales et vétérinaires, j’ai hésité jusqu’à présent, par la crainte de mon insuffisance. Il me fallait, en outre, un collaborateur courageux et dévoué que j’ai trouvé heureusement dans un des anciens élèves de l’École Normale, M. Joubert, professeur très distingué du collège Rollin.
Existe-t-il une maladie ayant les caractères de celle du sang de rate ou du charbon qui soit causée par le développement dans le sang des animaux des petits corps filiformes ou bactéridies que M. Davaine a découverts le premier en 1850? Cette maladie doit-elle être attribuée en tout ou en partie à une substance de la nature des virus? En un mot, est-il possible d’écarter, touchant la maladie charbonneuse, les doutes et les contradictions dont je parlais tout à l’heure au sujet du rôle des organismes microscopiques? Tel est l’objet de cette première Communication.
On comprend aisément la difficulté du sujet. Voici une goutte de sang charbonneux : elle contient des globules rouges plus ou moins agglutinés coulant comme une gelée un peu fluide, des globules blancs en nombre plus grand que dans le même sang normal, et des filaments qui nagent dans le sérum limpide.
On introduit la goutte sous la peau d’un cochon d’Inde, d’un lapin, d’un mouton, d’une vache, d’un cheval, et l’animal meurt en vingt-quatre ou quarante-huit heures, dans trois ou quatre jours au plus, et tout son sang offre les caractères physiques et virulents de la
1. Gosselin. Rapport sur un travail de M. Alph. Guérin, intitulé : Du rôle pathogénique des ferments dans les maladies chirurgicales; nouvelle méthode de traitement des amputés. Comptes rendus de l’ Académie des sciences, séance du 11 janvier 1875, LXXX, p. 81-86.