Koch (R.). Loc. cit. { Note de l’Édition
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réalité d’innombrables légions d’individus filiformes, se reproduisant de nouveau par scissiparité, jusqu’à ce qu’ils se résorbent à leur tour en corpuscules-germes.
La résistance des êtres dont nous parlons aux causes diverses de leur destruction est essentiellement différente suivant qu’on les considère dans leur forme de filaments ou dans celle de corpuscules. La dessiccation et une élévation de température, même faible, bien inférieure à 100°, font périr les filaments. Les corpuscules-germes, au contraire, résistent souvent à la température de 100°. Nous avons même reconnu que les germes des bactéries des eaux communes supportent à l’état sec des températures de 120 et 130° C. ; aussi est-ce sous la forme de ces corpuscules que les diverses espèces de bactéries et de vibrions se trouvent disséminées dans les poussières à la surface de tous les objets delà nature, toujours prêtes pour la reproduction. C’est encore sous celte forme qu’on les rencontre dans les eaux communes, d’où on peut les extraire par un procédé fort simple, qui consiste à abandonner une eau commune quelconque à une température constante pendant quelques jours. En raison de leur poids spécifique plus grand que celui de l’eau, les corpuscules dont il s’agit se rassemblent au fond des vases et d’une façon si sûre que, si l’on vient à semer simultanément dans un milieu approprié l’eau des couches supérieures et celle des couches profondes, le liquide nutritif reste absolument stérile dans le premier cas, tandis que dans le second les bactéries y pullulent. Pour ces expériences, nous avons eu recours à la température tout à fait invariable des caves de l’Observatoire, que notre illustre confrère M. Le Verrier a mises obligeamment à notre disposition.
Ce mode de séparation des germes de la famille des vibrioniens s’applique avec une grande précision à la bactéridie charbonneuse.
11 était très intéressant de comparer la résistance à la mort de cet organisme dans son double mode d’existence, sous sa forme de filaments pleins, déliés, de longueurs variables, et à l’état de corpuscules brillants.
Dans l’animal charbonneux, au moment de la mort, la bactéridie est exclusivement formée de filaments articulés sans le moindre corpuscule germe. Au contraire, une culture dans l’urine donne, après un repos de quelques jours, une grande abondance de corpuscules brillants associés ou non à des bactéridies filiformes. Si l’on précipite par l’alcool le sang charbonneux et qu’on fasse dessécher rapidement le précipité qui enferme dans ses mailles toutes les bactéridies, celles-ci, sans exception, deviennent absolument inertes. La même opération
appliquée aux corpuscules-germes de la bactéridie conserve à ces derniers leur forme, leur aspect et leur puissance d’inoculation ultérieure ou leur faculté de développement dans l’urine neutre. On démontre ainsi qu’ils n’ont rien perdu de leur vitalité propre et de leur terrible action sur l’économie.
M. Paul Bert, dans ses beaux travaux sur l’emploi de l’oxygène à haute tension comme procédé d’investigation physiologique (*), a reconnu que l’oxygène comprimé détermine rapidement la mort chez tous les êtres vivants. Appliquons cette méthode à la bactéridie charbonneuse d’une part et de l’autre à ses corpuscules-germes : l’expérience démontre que la bactéridie périt facilement au contact de l’oxygène comprimé à 10 ou 12 atmosphères, mais nous avons pu maintenir les corpuscules-germes pendant vingt et un jours à 10 atmosphères d’oxygène pur, sans leur faire perdre leur faculté de reproduction. La compression appliquée à du sang charbonneux peut donc donner lieu à deux résultats en apparence tout à fait contradictoires. Si le sang ne renferme que des bactéridies pleines, il perd toute virulence; s’il contient des bactéridies à points brillants, il est aussi dangereux après qu’avant la compression.
Poursuivons l’étude des propriétés physiologiques de la bactéridie. La bactéridie absorbe pendant sa vie l’oxygène de l’air et jusqu’aux dernières portions, en dégageant un volume de gaz carbonique sensiblement supérieur. J’ai démontré antérieurement qu’il existait des êtres pouvant vivre, se multiplier et reconstituer leurs germes absolument hors du contact de l’air, c’est-à-dire sans gaz oxygène libre. Ces êtres, qui sont les ferments par excellence, empruntent l’oxygène des matériaux dont leur corps est formé à des substances oxygénées toutes faites. La bactéridie charbonneuse n’est point un être de cette nature. Pour vivre et pour se reproduire, elle a besoin d’oxygène à l’état libre ; c’est donc un être aérobie qui n’agit pas à la manière des ferments proprement dits. Tout liquide renfermant les éléments essentiels de la nutrition des moisissures, des bactéries, des vibrions, etc., est propre à son développement, s’il est aéré. Lorsque l’oxygène a disparu, tout développement de l’organisme s’arrête. Bien plus, ses filaments finissent par se résorber en très fines granulations amorphes tout à fait inolîensives. 11 résulte de ces diverses circonstances que, si la bactéridie réussit à pénétrer dans le sang et à s’y multiplier, très promptement elle provoque l’asphyxie en enlevant aux globules
1. Bert (P.). De 1 emploi de 1 oxygène à haute tension comme procédé d’investigation physiologique : des venins et des virus. Comptes rendus de V Académie des sciences, LXXXIV, 1877, p. 1130-1133. ( Note de l’Édition.)
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r°xy gène nécessaire à l’hématose. De là cette couleur noire du sang et des viscères au moment de la mort, qui est un des caractères de la maladie charbonneuse.
Mais d’où provient cet autre caractère de l’état agglutinatif des globules du sang signalé par tous les observateurs ? C’est encore la bactéridie qui la détermine. Dans ma Communication du 30 avril (*), j’ai dit que nous avions trouvé un mode de filtration (il consiste dans l’emploi du plâtre et de l’aspiration par le vide) et qui est si sûr que du sang charbonneux rempli de bactéridies n’en contient plus une seule après qu’il a été filtré, ni germes quelconques, ce dont on a la preuve par cette double circonstance que le sang devient imputrescible au contact de l’air pur et que, ensemencé dans un liquide propre à la nutrition des bactéridies, celles-ci n’apparaissent en aucune façon. Aussi ce sang filtré peut-il être injecté impunément dans le corps, sans produire le charbon ni le moindre désordre local. Mais ce sang charbonneux filtré, mis en contact avec du sang frais et sain, rend aussitôt les globules agglutinatifs, autant et plus qu’ils le sont dans la maladie charbonneuse, peut-être par la présence d’une diastase que les bactéridies ont formée.
Malgré la rapidité avec laquelle on voit la bactéridie pulluler dans la maladie charbonneuse, on aurait tort de croire que le sang normal est très propre à la nutrition de ce parasite. Je m’explique sur cette apparente contradiction. Chez les êtres inférieurs, plus encore que dans les grandes espèces animales et végétales, la vie empêche la vie. Un liquide envahi par un ferment organisé ou par un être aérobie permet difficilement la multiplication d’un autre organisme inférieur, alors même que ce liquide, considéré dans son état de pureté, est propre à la nutrition de ce dernier. Or, il faut considérer que le sang vivant, c’est-à-dire en pleine circulation, est rempli d’une multitude infinie de globules qui ont besoin, pour vivre et pour accomplir leur fonction physiologique, de gaz oxygène libre ; on peut dire que les globules du sang sont des êtres aérobies par excellence. Lors donc que la bactéridie charbonneuse pénètre dans un sang normal, elle y rencontre un nombre immense d’individualités organiques prêtes à ce qu’on appelle quelquefois, dans un langage imagé, la lutte pour la vie, prêtes en d’autres termes à s’emparer pour elles-mêmes de ^oxyê'ène nécessaire à l’existence des bactéridies. C’est, à notre avis, la seule explication rationnelle des faits suivants : les oiseaux, on le sait, ne contractent pas le charbon. Vient-on à prendre du sang de poule
1. Voir p. 164-171 du présent volume : Étude sur la maladie charbonneuse. {Note de l'Édition.)
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ŒUVRES DH l'ASTHUK
' sur l'animal vivant, ce sang hors du corps, et mieux encore son sérum, se montrent très propres à la culture de la bactéridie; dans l’intervalle de vingt-quatre heures (die s’y multiplie considérablement; mais si la semence de bactéridies est portée dans la jugulaire môme de la poule vivante, non seulement elle ne s’y multiplie pas, mais le microscope est promptement impuissant a en signaler la présence.
Ce que je dis ici des globules du sang des oiseaux en circulation est vrai également dans une certaine mesure des globules du sang des animaux qui peuvent contracter le charbon. La bactéridie injectée dans la jugulaire d’un cochon d inde en pleine santé ne s’y développe que très difficilement, et la mort n’arrive pas plus vite que par une inoculation sous-cutanée, tandis que, déposée dans le sang de cet animal, hors du corps, la bactéridie remplit le liquide en quelques heures.
Ces faits et ces vues préconçues rions ont conduits aux très curieuses expériences suivantes :
L’urine, ai-je dit, neutre ou légèrement alcaline, est un excellent terrain de culture pour la bactéridie; que l’urine soit pure et la bactéridie pure, et dans l’intervalle de quelques heures celle-ci est tellement multipliée que les longs filaments qui la composent remplissent le liquide d’un feutrage d’aspect cotonneux; mais si, au moment de déposer dans l’urine les bactéridies à titre de semence, on sème en outre un organisme aérobie, par exemple une des bactéries communes, la bactéridie charbonneuse ne se développe pas ou très peu, et elle périt entièrement après un temps plus ou moins long. Chose bien remarquable, ce môme phénomène se passé dans le corps des animaux qui sont le plus aptes a contracter le charbon, et l’on arrive à ce résultat surprenant qu’on peut introduire à profusion dans un animal la bactéridie charbonneuse sans que celui-ci contracte le charbon : il suffit qu’au liquide qui tient en suspension la bactéridie on ait associé en même temps des bactéries communes. Tous ces faits autorisent peut-être les plus grandes espérances au point de vue thérapeutique. Présentement ils suggèrent une explication physiologique du fait si remarquable que, parmi les espèces animales, il en est qui ne contractent jamais la maladie charbonneuse.
La lutte pour la vie entre l’organisme charbonneux et ses congénères, si manifeste dans les expériences que j’ai citées tout à l’heure, va jeter de nouvelles lumières sur le sujet qui nous occupe.
A peine le l)r Davaine avait-il annoncé à l’Académie, en 1863 (*),
1. Davainb (C.). Recherches sur les infusoires du sang dans la maladie connue sous lu nom de « aant» de raie ». Comptes rendus de V Académie des sciences, LVII, 18(18, p. 220, 851 et 880. (Note de l'Édition.)
M A LADIES Y I R U L E X T E S
que la bactéridie était constamment présente dans le sang charbonneux que ses conclusions furent contredites par deux habiles professeurs du Val-de-Grâce, MM. Jaillard et Leplat (*). Ces messieurs avaient fait venir en plein été de l’établissement d’équarrissage de Sours, près de Chartres, du sang charbonneux et l’avaient inoculé à des lapins. Ceux-ci avaient péri rapidement, mais sans montrer des bactéridies. Néanmoins leur sang était devenu virulent, c’est-à-dire inoculable, sans présenter de bactéridies. MM. Jaillard et Leplat affirmèrent donc :
Que l’affection charbonneuse n’est pas une maladie parasitaire;
Que la bactéridie est un épiphénomène de la maladie, et ne peut en être considérée comme la cause;
Que le sang de rate (nom du charbon quand il s’agit du mouton) est d’autant plus inoculable qu’il contient moins de bactéridies.
M- Davaine reprit les expériences de MM. Jaillard et Leplat et en confirma l’exactitude matérielle; mais il leur donna une nouvelle interprétation en contestant formellement que la maladie virulente décrite par MM. Jaillard et Leplat fût le charbon (*). Pour lui, les principaux symptômes étaient différents dans les deux maladies, et comme c’était d’une vache que M. Rabourdin, directeur de l’établis¬
sement d’équarrissage de Sours, avait tiré le sang charbonneux envoyé par lui à MM. Jaillard et Leplat, M. Davaine appela du nom de maladie de la vache 1 affection découverte par ces derniers, affection plus terrible même que le charbon, car les trois observateurs s’accordaient à reconnaître que l’inoculation du virus nouveau pouvait déterminer la mort plus promptement que le charbon, dont les effets sont pourtant si rapides.
La discussion laissa le doute dans les esprits ; les uns crurent, avec MM. Jaillard et Leplat (1 2 3), que la présence des bactéridies n’était pas constante dans l’affection charbonneuse, que la différence des symptômes signalée par le Dr Davaine tenait précisément à une simple complication amenée par la bactéridie considérée comme épiphénomène, les autres, qu il existait réellement, comme le pensait
1. Leplat et Jaillard. De l’action des bactéries sur l’économie animale. Comptes rendus de l'Académie des sciences, LIX, 1864, p. 250-252.
2. Davaine (G.). Réponse à une Communication de MM. Leplat et Jaillard relative à l'action des bactéries sur l’économie animale. Ibid., LIX, 1864, p. 338. — Nouvelles recherches sur la nature de la maladie charbonneuse connue sous le nom de sang de rate. Ibid., p. 398-396.
3. Leplat et Jaillard. Note au sujet d’expériences prouvant que le charbon de la vache inoculé aux lapins les tue avec tous les phénomènes du sang de rate, sans que leur sang contienne aucune trace de bactéridies. Comptes rendus de l'Académie des sciences, LXI, 1865, p. 298-301. — Nouvelles expériences pour démontrer que les bactéridies ne sont pas la cause du sang de rate. Ibid., p. 436-440. {Notes de l’Édition.)
M. Davaine (*), deax maladies distinctes, quoique voisines l’une de l’autre, le charbon , caractérisé par la présence des bactéridies, et la maladie de la vache, maladie virulente sans organismes microscopiques. Aussi les expressions de charbon avec bactéridies et de chai bon sans bactéridies ont-elles été depuis lors fréquemment employées.
Enfin, et comme pour ajouter à l’incertitude déjà si grande de ces études, un habile vétérinaire de Paris, M. Signol (â), écrivit à l’Académie, à la date du 6 décembre 1875, qu’il suffisait de tuer et mieux d asphyxier un animai sain pour que, dans l’intervalle de seize heures au moins, pas avant, le sang de cet animal, dans les veines profondes et non dans les veines superficielles, devînt virulent avec présence de bactéridies immobiles et identiques, ajoute l’auteur, mais c’est là une erreur, aux bactéridies charbonneuses, quoique incapables de pulluler dans les animaux inoculés. M. Signol assure même que l’on retrouve dans le sang des animaux asphyxiés les caractères qui ont été décrits comme particuliers au sang charbonneux.
Nous pensons avoir dissipé toutes ces obscurités.
Résumons d’abord les principales connaissances que nous avons acquises dans le cours de cet exposé, y compris notre Note du 30 avril (3) :
I. Le sang d’un animal en pleine santé ne renferme jamais d’organismes microscopiques ni leurs germes. Il est imputrescible au contact de 1 air pur, parce que la putréfaction est toujours due à des organismes microscopiques du genre vibrionien, et que, la génération spontanée étant hors de cause, les vibrioniens ne peuvent apparaître d’eux-mêmes.
IL Le sang d’un animal charbonneux ne renferme pas d’autres organismes que la bactéridie. Mais la bactéridie est un organisme exclusivement aérobie. A ce titre, il ne prend point de part à fa putréfaction; donc le sang charbonneux est imputrescible par lui-même. Dans le cadavre les choses se passent tout autrement Le sang charbonneux entre promptement en putréfaction, parce que tout cadavre
1. Davaine (G.). Sur la présence constante des bactéridies dans les animaux affectés de la maladie charbonneuse. Comptes rendus de l'Académie des sciences, LXI, 1865, p. 334-335. — Recherches sur une maladie septique de la vache regardée comme de nature charbonneuse, tlnd., p. 368-370. - Note en réponse à une Communication de MM. Leplat et Jaillard sur la maladie charbonneuse. Ibid., p. 523-526.
2. Signol. Sur l’état virulent du sang des chevaux sains, morts par assommement ou par asphyxie. Ibid,, EXXXI, 1875, p. 1110.