Voir p. 164-171 l'Édition
du présent volume : Étude sur la maladie charbonneuse. (Notes de
donne asile à des vibrions venant de l’extérieur, c’est-à-dire, dans 1 espèce, du canal intestinal toujours rempli de vibrioniens de toute sorte. Ceux-ci, dès que la vie normale des tissus ne les gêne plus, amènent une prompte désorganisation.
III. La bactéridie disparaît au sein des liquides en présence du gaz carbonique. Pour le sang charbonneux pur , c’est-à-dire ne contenant que la bactéridie sans corpuscules-germes, cette disparition est absolue avec le temps. Du sang charbonneux exposé au contact de l’acide carbonique peut perdre toute vertu charbonneuse parle simple repos. C’est une erreur de croire que la putréfaction, en tant que putréfaction, détruit la virulence charbonneuse.
IY. Le développement de la bactéridie ne peut avoir lieu que d’une manière très pénible quand elle est en présence d’autres organismes microscopiques.
Tout cela étant rappelé, transportons-nous dans un pays où le charbon est endémique ; tel est le département d’Eure-et-Loir. Un animal tombe frappé du charbon. Si nous prélevons sans retard ou peu de temps après la mort une goutte de son sang, nous n’y trouverons que des bactéridies charbonneuses sans trace de vibrions de putréfaction. Suivons le cadavre. Il est abandonné sur un fumier, sous un hangar ou dans une écurie jusqu’à ce que la voiture de 1 équarrisseur passe. Elle passe tous les deux jours: on ne s’occupe donc pas du cadavre pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures. Dès lors le sang, qui au moment de la mort n’était nullement putride, qui ne l’est pas encore dans les premières heures, parce qu’il ne contient que la bactéridie charbonneuse et qu’il faut du temps pour que les vibrions de la putréfaction se répandent depuis les intestins à distance, à travers les tissus ou les capillaires, ce sang, dis-je, devient peu à peu putride et cela en allant du centre vers la circonférence. A ce moment les bactéridies se trouvent associées à des vibrioniens de diverses sortes.
Dans tout ce résumé, rien n’est donné à l’imagination.
On comprend donc que, lorsqu’un expérimentateur écrit à Chartres pour se procurer du sang charbonneux, le plus ordinairement à son insu et à l’insu de ses correspondants, il est exposé à recevoir un sang tout à la fois charbonneux et putride, où la bactéridie est associée à d’autres organismes, notamment aux vibrions de la putréfaction. Notre expérimentateur examine le sang au microscope à l’arrivée. Il le trouve naturellement rempli d’organismes filiformes, mais où l’élément vibrion l’emporte souvent sur l’élément bactéridie, car la bactéridie, être purement aérobie, ne s’est pas développée du tout depuis la mort
bien plus, elle a commencé sa résorption en granulations amorphes), tandis que les vibrions de putréfaction, êtres anaérobies, comme je l’ai établi depuis longtemps, ont pullulé.
Le sang est inoculé. Alors intervient l’influence des faits de notre proposition IV, c’est-à-dire le non-développement de la bactéridie charbonneuse quand elle est associée à d’autres organismes, aérobies ou anaérobies, peu importe, puisque les uns et les autres peuvent soustraire l’oxygène. Notre observateur est alors tout surpris de voir I animal qu il a inoculé périr sans la moindre apparence de bactéridies dans son sang, et comme il a semé beaucoup de celles-ci, il conclut naturellement que la bactéridie n’est pas la cause du charbon, qu’elle peut 1 accompagner, mais que la virulence charbonneuse reconnaît une autre cause, que la bactéridie n’est de la maladie qu’un épiphénomène.
Mais pourquoi la mort suit-elle l’inoculation du sang charbonneux et vibrionien, puisque la bactéridie ne peut se développer et que le charbon ne saurait prendre naissance ? C’est que le sang inoculé était putride, septicémique, pour employer une expression consacrée.
Telle est l’histoire véridique des faits observés par MM. Jaillard et Leplat, et plus récemment par M. Paul Bert. Tous ont été induits en erreur par cette circonstance, que les vétérinaires auxquels ils se sont adressés leur ont envoyé des sangs charbonneux putrides. Et d’autre part, il n y a pas, comme le pensait le Dr Davaine, de maladie virulente de la vache. Le travail de MM. Jaillard et Leplat doit être rangé à côté de ceux de Gaspard et Magendie, de ceux de MM. Coze et Feltz et des observations plus récentes et plus parfaites du Dr Davaine sur la virulence possible des matières putrides.
toutefois, il nous reste de nouvelles difficultés à écarter. M. Paul Bert a été beaucoup plus avant que MM. Jaillard et Leplat, dans l’étude du sang charbonneux complexe qui lui avait été adressé de l’École d’Alfort. Non content de l’inoculer et d’y constater une source de virulence sans bactéridies, ainsi qu’il était advenu pour MM. Jaillard et Leplat, M. Paul Bert (l) l’a soumis à la compression dans l’oxygène et le sang garda sa virulence, car plusieurs inoculations successives furent toutes suivies de mort. Or, les virus sont caractérisés, dans l’état actuel de la science, par l’absence d’organismes figurés microscopiques. La conservation de la virulence, à la suite delà compression, devait conduire M. Paul Bert à admettre la virulence propre sans organismes.
1. Bert (P.). De l’emploi de l’oxygène à haute tension comme procédé d’investigation phy-
C0mptes rendus de p Académie des sciences, LXXXIV, 1877, p. 1130-1133. ( Note de l Edition.)
MALADIES VIRULENTES
Toutefois, rappelons qu’il y a un instant nous avons été conduits à restreindre la remarquable loi physiologique découverte par M. Paul Bert. Vraie pour les vibrioniens filiformes, elle a cessé de l’ètre, au moins entre certaines limites, et pour l’un d’eux, la bactéridie, après qu’elle fut transformée en corpuscules-germes. Nous avons vu la bactéridie charbonneuse périr intégralement quand elle n’est que bactéridie filiforme, capable, au contraire, de se reproduire facilement à la suite d’une compression énergique de 10 atmosphères, prolongée pendant vingt et un jours, quand elle contient des corpuscules brillants. Ne se pourrait-il pas, dès lors, que ce qu’on considère comme le virus septicémique fût également un être organisé microscopique, capable de se transformer en corpuscules brillants que ne détruirait pas l’oxygène à haute tension? Comment s’arrêter cependant à une telle hypothèse, puisque le sang septicémique, cent fois examiné, n’a pas montré d’organismes microscopiques : je parle ici du véritable virus septique, de celui de Davaine, de celui qui tue à des doses infinitésimales, et non de celui des liquides putrides proprement dits, souvent peu dangereux, quoique très chargés de vibrioniens.
Plaçons-nous dans les conditions de MM. Jaillard et Leplat, mais avec pleine connaissance de cause. Je me suis rendu, le 13 juin, à l’établissement d’équarrissage de Sours, en compagnie de M. Boutet, vétérinaire à Chartres. Le chef de l’établissement, M. Rabourdin, était prévenu et avait conservé les animaux amenés le matin. A notre arrivée, ils étaient dépecés et au nombre de trois : un mouton mort depuis seize heures, un cheval mort depuis vingt à vingt-quatre heures environ, une vache morte depuis plus de quarante-huit heures, trois jours même, car elle avait été amenée d’une commune très éloignée.
Je constatai sur place que le sang du mouton, dont la mort était récente, ne contenait que des bactéridies charbonneuses, que le sang du cheval contenait ces mêmes bactéridies et en outre des vibrions de putréfaction, qu’enfin la vache contenait surtout de ces derniers vibrions outre les bactéridies charbonneuses. Par 1 inoculation on obtint, avec le sang du mouton, le charbon avec bactéridies pures; avec le sang du cheval et de la vache, la mort sans bactéridies. G était donc le fait Jaillard et Leplat, et le fait Paul Bert.
Au moment de la mort par l’inoculation de ces deux derniers sangs à des cochons d’Inde, désordres épouvantables : tous les muscles de l’ abdomen et des quatre pattes sont le siège de la plus vive inflammation. Çà et là, particulièrement aux aisselles, des poches de gaz ; foie et poumons décolorés ; rate de volume normal, mais souvent diffluente , sang du cœur non en amas agglutinatifs, quoique ce caractère soit
ŒUVRIÎS DE l'ASTHUR
des plus prononcés dans les globules sanguins du foie; le charbon ne l’offre jamais à un plus haut degré. Mais laissons ces détails sur les symptômes. Ce qui nous intéresse particuliérement, c’est la présence possible des organismes. Hecherchons-les, dès l’instant de la mort, avant la mort même, dans les dernières heures de la vie. Chose curieuse, les muscles si enflammés partout le corps sont imprégnés de vibrions, mobiles, anaérobies et ferments, ce qui explique l’existence des poches gazeuses et de la tuméfaction rapide. Le contact de 1 oxygène paralyse tous les mouvements de ces vibrions, sans toutefois faire mourir l’organisme; nous allons revenir sur ce fait. Mais le siège par excellence de notre vibrion se trouve dans la sérosité de l’abdomen, autour de l’intestin. Celle sérosité en est remplie, de telle sorte que les viscères qui plongent dans celte cavité en sont recouverts. La moindre gouttelette d’eau qu’on promène à la surface du foie et de la rate en ramène à profusion et d'une grande longueur pour la plupart.
Pourquoi n a-t-on pas signalé jusqu’ici une circonstance si générale dans le genre de mort qui nous occupe ? Sans nul doute parce que l’étude du sang a toujours absorbé l’attention. Or, non seulement c’est dans le sang que les vibrions dont il s’agit passent en dernier lieu, mais dans ce liquide l’un d’eux prend un aspect tout particulier, une longueur démesurée, plus longue souvent que le diamètre total du champ du microscope et une translucidité telle qu’il échappe facilement à l’observation; cependant, quand on a réussi à l’apercevoir une première fois, on le retrouve aisément, rampant, /luxueux, et écartant les globules du sang comme un serpent écarte l’herbe dans les buissons. L expérience suivante, facile à reproduire, démontre bien que ce vibrion passe dans le sang en dernier lieu, dans les dernières heures de la vie ou après la mort. Un animal va mourir de la putridité septique qui nous occupe, car cotte maladie devrait être définie la putréfaction sur le vivant - si on le sacrifie avant sa mort et qu’on inoculé d’une part la sérosité qui suinte des parties enflammées ou la sérosité intérieure de l’abdomen, ces liquides manifestent une virulence extraordinaire; qu’en même temps, au contraire, on inocule le sang du cœur recueilli avec le plus grand soin, afin de ne point le souiller par le contact de la surface extérieure du cœur ou des viscères, ce sang du cœur ne sera nullement virulent, quoiqu’il soit extrait d’un animal déjà putride et virulent dans plusieurs parties étendues de son corps. Le microscope ne signalera pas davantage dans ce sangla présence des vibrions septiques, quoique ces derniers pullulent et fourmillent dans le corps. Ajoutons que les sérosités
MA LA DIRS VII’, U LENTES
dont nous venons de parler, si virulentes qu’elles amènent la mort par l’inoculation d’une très petite fraction d’une seule goutte, perdent toute vertu si l’on commence par les filtrer par le moyen que j’ai mentionné ci-dessus à l’occasion du sang charbonneux et quoiqu’on en inocule alors 10, 20 gouttes et davantage.
J’ai dit que notre vibrion septique avait, à l’abri de l’air, des mouvements assez rapides, que le contact de l’air ou de l’oxygène supprime entièrement; pour autant le vibrion n’est pas tué, car au contact de l’oxygène il se transforme en corpuscules-germes, et, du jour au lendemain, un liquide rempli de filaments organisés mobiles n’est plus qu’un amas de points brillants d’une grande ténuité. Yient-on à introduire ces points dans le corps d’un cochon d’Inde ou dans un liquide approprié, ils se reproduisent en vibrions filiformes mobiles, et l’animai meurt avec tous les symptômes que je rappelais tout à l’heure.
Nous sommes maintenant en mesure de donner à l’expérience de M. Paul Perl une explication rationnelle.
Plaçons, en effet, le vibrion dans l’oxygène à haute tension ; l’observation démontre qu’il s’y transforme en corpuscules brillants. Quelques heures suffisent à produire cet effet (*). La conservation de la virulence du sang après qu’il a subi l’action de l’oxygène à haute tension n’a donc rien que de naturel.
Placés dans l’alcool absolu, ces mêmes corpuscules gardent leur faculté de reproduction à la manière des corpuscules delà bactéridie charbonneuse. Il nous reste cependant a conduire notre démonstration aussi loin, que nous l’avons fait pour les corpuscules de la bactéridie, c’est-à-dire à faire agir l’alcool sur les corpuscules brillants des vibrions septiques après qu’ils auront été purifiés de tout élément étranger par des cultures sans cesse répétées flans des milieux artificiels.
Une grave question reste a élucider. D’où provient le vibrion septique? Quoique ce sujet réclame encore de nouvelles études de notre part, je n’hésite pas à penser que le vibrion septique n’est autre que l’un des vibrions de la putréfaction, et que son germe doit exister un peu partout et par conséquent dans les matières du canal intestinal.
Lorsqu’un cadavre est abandonné à lui-même et qu’il renferme encore ses intestins, ceux-ci deviennent promptement le siège d’une putréfaction. C’est alors que le vibrion septique doit se répandre dans la sérosité, dans les humeurs, flans le sang des parties profondes. Cette opinion trouve sa justification dans les faits mentionnés ci-des-
1. Voir la note rectificative de Pasteur, p, 115, note 2. {Noie de l’Édition.)
sus, que M. Signol (*) paraît avoir observés le premier, quoique d’une manière confuse.
M. Signol asphyxie un animal en pleine Santé et il abandonne son cadavre quinze à vingt heures, et, au bout de ce temps, le sang devient septique, septique d’abord dans les veines profondes. Conjointement avec MM. Bouillaud et Bouley, j’avais été nommé membre d’une Commission chargée de juger le travail de M. Signol. A la fin du mois de juin 1876, M. Bouley et moi nous avons assisté aux expériences de M. Signol et nous avons vérifié le fait de la virulence du sang des veines profondes d’un cheval asphyxié la veille en pleine santé. Le vibrion septique existe donc parmi les vibrions de la putréfaction après la mort. J’ajoute, et mon savant confrère M. Bouley n’en a pas perdu le souvenir : c’est alors que j’ai vu pour la première fois le long vibrion écartant les globules du sang dans sa marche onduleuse et rampante. Outre M. Bouley, MM. Signol, Joubert et Chamberlain! assistaient à cette constatation. A celte époque, toutefois, la signification de ce fait nous échappait complètement.
Est-ce bien la première fois que j’apercevais ce vibrion ? Ne seraitil pas de même nature que le vibrion-ferment du tartrate de chaux figuré dans mes Etudes sur la bière (fig. 68) |1 2] ? C’est ce que nous rechercherons par des expériences directes.
Et maintenant, si nous jetons un regard en arrière, nous voyons pourquoi la septicémie a pu souvent être confondue avec la maladie charbonneuse ; leurs causes .sont du même ordre. C’est un vibrionien qui produit la septicémie, comme le charbon est produit par une bactéridie. La nature des parasites est différente, l’un est mobile, l’autre immobile, mais ils appartiennent au même groupe ou à des groupes voisins. Les analogies et les différences des deux maladies n’ont rien que de très naturel.
La septicémie ou putréfaction sur le vivant est-elle une maladie unique ? Non, autant de vibrions, autant de septicémies diverses, bénignes ou terribles; c’est ce que nous montrerons dans une Communication ultérieure (3), et c’est alors que nous aurons l’explication de ces inoculations de matières putrides qui bornent leurs effets à des phlegmons, à des abcès suppuratifs et autres complications, que tous les auteurs qui ont écrit sur la septicité du sang ont remarqués.
Oserais-je ajouter, en terminant, que je serais bien surpris si les