M. Boulicy
t). Toussaint. Sur les bactéridies charbonneuses. Comptes rendus de t' Académie des saenees , J, XXXV, 1.877, p. élbélS. [.Voies de L’Édition.)
si donc, dans ces conditions, le sang cesse d’être virulent quand les bactéridies ont cessé de vivre, 'c’est que, à côté d’elles, il n’existe aucun agent de la virulence, contrairement à ce que M. Colin a de la tendance à admettre.
C’est dans ce sens que j’écrivis à M. Pasteur, en appelant son attention sur un certain nombre des objections que lui a opposées M. Colin, comme, par exemple, celle qui s’appuie sur l’activité virulente du sérum dans lequel le microscope ne fait reconnaître aucune bactéridie.
La Lettre que je vais lire est la réponse qu’a faite M. Pasteur à celle que je lui ai écrite dans les circonstances que je viens d’indiquer. Elle renferme, comme on va le voir, la réfutation d’un certain nombre des objections présentées par M. Colin dans le Mémoire qu’il a lu à l’Académie (■). La voici :
Mon cher confrère,
Arbois, 18 août 1877.
Je m’empresse de vous répondre.
Oli! que j’aurais envie de prendre à la lettre l’honneur que vous me faites en m’appelant « votre maître » et de vous donner une bonne et verte leçon, homme de peu de foi, qui paraissez avoir été louché par la lecture de M. Colin à l’Académie de médecine, puisque vous dissertez encore sur la possibilité d’un agent virulent, et que vos incertitudes semblent calmées par une Note nouvelle présentée par vous lundi dernier à l’Académie des sciences.
Laissez-moi vous dire, en toute franchise, que vous n’êtes pas assez pénétré des enseignements que renferment les lectures que j’ai faites, en mon nom et au nom de M. Joubert, à l’Académie des sciences et à l’Académie de médecine (1 2). Croyez-vous donc que je les aurais faites ces lectures, si elles avaient eu besoin des confirmations dont vous me parlez, ou si les contradictions de M. Colin avaient pu les atteindre? Vous savez bien quelle est ma situation dans ces graves controverses; vous savez bien qu’ignorant, comme je le suis, de toutes les connaissances médicales et vétérinaires, je serais immédiatement taxé de présomption si j’avais la témérité de prendre la parole sans être armé pour le combat, la lutte et la victoire. Tous, à l’envi, et avec raison, vétérinaires et médecins, vous me jetteriez la pierre si j’apportais dans vos débats des semblants de preuves.
Comment n’avez-vous pas remarqué que M. Colin a travesti, je devrais même dire supprimé, parce qu’elle gênait ses croyances, l’importante expérience des cultures successives de la bactéridie dans
1. Colin. Étiologie des maladies charbonneuses. Bulletin de V Académie de médecine 2' sér., VII, 1877, p. 837-854.
2. Voir p. 164-171 du présent volume : Études sur la maladie charbonneuse; et p. 172-188 : Charbon et septicémie. (Notes de l'Édition.)
M A LADIES VI R U L E N T E S
l’urine. Mêler une goutte de sang charbonneux à de l’eau, à du sang pur, à du sérum ou à l’humeur de l’œil, comme l’ont fait Davaine, Koch, et M. Colin lui-même (*), puis inoculer une partie du mélange et provoquer la mort, c’est laisser le doute dans l’esprit sur la cause de la virulence, principalement depuis les célèbres expériences de Davaine sur la septicémie. Tout autre est notre expérience. La bactéridie est cultivée une première fois en prenant pour semence une trace microscopique de sang charbonneux; puis on passe à une seconde culture, à une troisième... à une dixième... à une centième, en prenant toujours pour semence d’une culture une gouttelette de la culture précédente Si vous supposez que la goutte de semence pour chaque culture est délayée dans cent lois son. volume, ce qui est encore infiniment audessous de la vérité, la goutte de sang charbonneux de l’origine se, trouvera à la fin diluée dans un nombre de gouttes d’urine représenté par le nombre cent élevé à la centième puissance, c’est-à-dire par l’unité suivie de deux cents zéros. Ce serait une absurdité d’admettre que la dernière virulence emprunte son pouvoir, non à la bactéridie qui s’est multipliée dans chaque culture, mais à un agent virulent existant dans la goutte de sang originaire. N’êtes-vous pas satisfait? Faites alors mille cultures successives au lieu de cent. Voila notre expérience. Après l'avoir rendue ridiculement, M. Colin ne craint pas de dire « que M. Pasteur se sert d’une dilution beaucoup plus concentrée que les dilutions de Davaine ».
M. Colin objecte ensuite que l’expérience de la filtration sur le plâtre peut altérer les ferments, les diastases, les agents virulents solubles. Comment M. Colin ne voit-il pas qu’une telle objection n’a de valeur que par la preuve qu’il en pourrait donner? Or, quoi de plus simple que de délayer du sang charbonneux avec du plâtre et de l’eau et d’inoculer ensuite une portion de ce mélange! En vingt-quatre heures, M. Colin aurait su à quoi s’en tenir; mais non, M. Colin croit à la présence d’une matière soluble virulente, parce qu’il veut que cela soit ainsi. Il y a dix ou douze ans, nous apprend-il, qu’il étudie la maladie charbonneuse, et il en est à sa cinq centième expérience. Aucune de ces cinq cents expériences n’ayant été significative sur le point en litige, il n’admet pas qu’on puisse en faire ayant ce caractère. Celles qui ont ce caractère sont pour lui non-avenues; s’il en parle, c est pour les travestir, ou élever contre elles des subtilités de dialectique.
Si la filtration sur le plâtre lui laissait des doutes, pourquoi n’a-t-il rien dit de celle des caves de l’Observatoire ? ici la filtration