Bossuet. De la connaissance de Dieu et de soi-même. XVII
2. Dictionnaire de médecine, de chirurgie et d’hygiène vétérinaires, d’HuRTREL d’ÀRBovAL. Édition entièrement refondue... par A. Zundel. Paris, 1874-1877, 3 vol. in-4°. Art. Charbon, tome I, 1874, p. 334-358. (Notes de l'Édition .)
MALADIES VIRULENTES
s’observe également clans le sérum obtenu après la coagulation du sang charbonneux. Les bactéridies étant retenues dans les mailles du coagulum, le sérum n' en présente point , mais il communique le charbon quand on V inocule (t). »
Je puis opposer à ces assertions de M. Colin une contradiction sans réserve. Nous avons fait de notre côté l'expérience que rapporte M. Colin, mais avec une rigueur qu’il lui était impossible d’appliquer, parce qu’elle repose sur les faits nouveaux communiqués dans notre Note du 30 avril dernier (1 2). Jamais le sang qui ne contient pas de bactéridies ne communique le charbon. Ce qui a trompé M. Colin, c’est l’insuffisance du microscope pour accuser la présence ou l’absence des bactéridies, quand le sang n’en contient qu’un nombre infiniment restreint. Supposez, en effet, une bactéridie seulement dans une goutte de sang d’un animal inoculé; ce serait presque un miracle que de tomber, dans l’observation au microscope, sur ce petit filament. La recherche d’une nouvelle planète serait plus facile. Mais si vous semez cette même goutte de sang dans 10 ou 20 centimètres cubes d’urine neutralisée et dans des conditions d’une pureté telle qu’aucun organisme nouveau ne puisse nuire au développement de l’unique bactéridie de la goutte, cette bactéridie se multipliera avec une aisance parfaite. Peu à peu ses générations successives rempliront le liquide, et cette fois, même sans l’aide du microscope, à l’œil nu, on constatera facilement la présence des bactéridies. Voilà ce qu’ignorait M. Colin. S’il eût pu recourir à ce genre d’épreuves il aurait vu, comme nousmêmes, que si le sang communique le charbon, alors même que le microscope est infidèle à faire reconnaître la présence des bactéridies, l’expérience de l'ensemencement dont je viens de parler accuse l’existence de celles-ci. Il aurait observé, en outre, comme nous l’avons fait nous-mêmes, que toutes les fois que l’urine reste stérile, le sang de l’animal inoculé ne communique jamais le charbon.
M. Colin dit encore qu’une fois il aurait rencontré un sang chargé de bactéridies, qui ne pouvait communiquer le charbon. Cette expérience que je considère comme tout à fait erronée n’aurait de valeur que si M. Colin avait prouvé en même temps qu’il avait eu réellement affaire à des bactéridies. Je mettrais au défi l’observateur le plus habile d’affirmer que tel ou tel bâtonnet est une bactéridie charbonneuse par une simple observation microscopique. L’expérience dont il s’agit est donc non-avenue.
1. Bouley. Chronique. Recueil de médecine vétérinaire, 6e sér., IV, 1877, p. 804.
2. Voir p. 164-171 du présent volume : Étude sur la maladie charbonneuse. (Notes de l’Édition.)
MALADIES VIRULENTES
(EUYRES DE PASTEUR
DISCUSSION SUR L’ÉTIOLOGIE DU CHARBON] (i)
M. Pasteur (2) : J’ai suivi avec attention la lecture que vient d'entendre l’Académie (3). En ce qui me concerne, elle ne m’apprend rien de nouveau. L’Académie se rappellera peut-être que, dans la lecture que j’ai faite devant elle l’an dernier en mon nom et au nom de M. J ouvert (4), le charbon a été défini, à la suite de preuves que je crois irréfutables, la maladie de la bacleridic , au meme titre que la trichinose est la maladie de la trichine et la gale la maladie de l dcarus qui lui est propre. En conséquence, on inocule à un animal la bactéridie à 1 état de pureté; celle-ci se développe sous la peau comme dans un milieu de culture et, de proche en proche, elle chemine tout autour de la piqûre d inoculation, dans le tissu cellulaire, dans les ganglions, dans la sérosité et partout, excepté dans le sang, au moins pendant un intervalle de temps considérable après l’inoculation, car le sang ne devient viiulent et ne contient de bactéridies qu’un certain nombre d heures avant la mort. — Rien plus, et ceci est une expérience inéditi', on peut injecter la bactéridie dans la veine jugulaire, et au bout de quelque temps, il est impossible de la retrouver dans le sang. Pourtant la mort arrive. La, communication de la maladie se fait alors comme si on avait inoculé l’animal à la blessure qui a mis à découvert la jugulaire.
Il est bien entendu que les précautions les plus grandes sont prises pour qu’au moment de l’inoculation la bactéridie ne soit introduite que dans la jugulaire.
La septicémie donne lieu à des observations du même ordre.
Ce que je constate toutefois, c’est que M. Colin attribue aujourd’hui, avec tous ceux qui ont étudié sérieusement la maladie charbonneuse^ une influence considérable au travail local tt la suite de l’inoculation.
Nous n’en sommes donc plus au temps où M. Colin écrivait dans le
1. Bulletin de l Academie de médecine , séance du 5 mars 1878, 2* sér., VII p 109-214
Ont pris la parole dans cette séance : Colin, Pasteub, Bouley.
2. Intervention de Pasteub dans cette séance : Ibid., p. 207-210
8. Colin Sur le développement successif de foyers virulents pendant la période d’incubaiion des maladies charbonneuses. Ibid p. 199-207.
4 Voir p. 164-171 du présent volume : Étude sur la maladie charbonneuse, et p. 172-188 : Charbon et sepüccmie. (Notes de l’Édition.) F
MALADIES VIRULENTES
Bulletin de cette Académie (année 1873), en contradiction avec le docteur Davaine : « Déjà, en ce qui concerne le charbon, j’ai vu il y a longtemps que ce travail local n’a pas d’importance, puisqu’on peut le supprimer sans enrayer sensiblement l’évolution de la maladie («}. »
Je n’aurais donc pas pris la parole si, dans la lecture que l’Académie vient d’entendre, il n’y avait une assertion capitale, qui est, suivant moi, tout à faire erronée. M. Colin vient de dire, et à diverses reprises, qu’il existe deux états de virulence pour le ganglion : une virulence sans bactéridies et une virulence avec bactéridies. M. Colin soutient en effet, depuis nombre d’années, que, à côté de la bactéridie, il y a un virus capable de donner le charbon, et, bien plus, le charbon avec bactéridies. Par là M. Colin se trouve en contradiction formelle avec les conclusions de ma lecture du mois de juillet dernier. Quelle preuve donne-t-il dans sa Note d’aujourd’hui de son assertion? Aucune.
Pour affirmer que la matière du ganglion est virulente avant toute présence de bactéridies, il faudrait que M. Colin eût démontré l’absence dans cette matière de tout germe de bactéridie par la culture dans un milieu approprié.
Sans nul doute, M. Colin n’a pas eu recours à cette épreuve qui 1 aurait éclairé et lui aurait montré combien son assertion est inexacte. Si M. Colin s est borné, pour affirmer l’absence de bactéridies dans la matière d’un ganglion capable de donner le charbon avec bactéridies, s’il s’est borné, dis-je, à regarder la matière du ganglion au microscope, il a fait une observation sans valeur au point de vue de la conclusion qu’il en a déduite. Considérons en effet une lamelle carrée, de 1 centimètre de côté recouvrant une goutte de la matière o'anolionnaire délayée dans de l’eau, et un grossissement de 500 en diamètre. Chercher le germe d’une bactéridie sous cette lamelle, c’est chercher ce germe à l’œil nu, avec ses dimensions dans le microscope, sur une surface de 25 mètres carrés. Quel est, messieurs, parmi vous celui qui accorderait la moindre créance à un observateur qui lui dirait : je viens de chercher un germe de bactéridie sur une surface de 25 mètres; je n’en ai pas trouvé, donc il n’y en a pas. Vous n’accepteriez pas son affirmation, alors même qu’il vous dirait : j’ai passé ma vie entière à rechercher ce germe, et il n’existe pas, car je ne l’ai pas vu.
Telle est pourtant l’assertion de M. Colin, car il vient de nous dire incidemment que, pour affirmer l’absence des bactéridies dans la
1. Colin. Nouvelles recherches sur l’action des matières putrides et sur la septicémie Bulletin de l’Académie de médecine , 2' sér., II, 1873, p. 1175, 1208, 1240 et 1822. (Xote de l'Édition.)
matière du ganglion, il s’est borné à une observation microscopique, fout autre est la certitude lorsqu’on a recours à la culture, à ce procédé qui, partout imité aujourd’hui, en Allemagne et en Angleterre, comme en b lance, sert de guide à mes travaux sur les organismes microscopiques depuis vingt et un ans. Un seul germe de bactéridie dans la goutte ensemencée se multiplie dans les heures suivantes et finit par remplir tout le liquide d’un feutrage de bactéridies si abondant, ([u a 1 œil nu on dirait qu’on a délayé dans le liquide une bourre de coton cardé. M. Colin vient de nous dire, toujours incidemment, au cours de ma réplique : « Pour m’assurer de la virulence du ganglion malgié 1 absence de bactéridies dans ce ganglion, j’ai eu recours, non a vos cultures, mais à l’inoculation. » M. Colin ne s’aperçoit pas que c’est là une pétition de principes.
Si, malgré ces explications, que je considère comme écrasantes pour l’assertion qu’on nous présente de l’existence d’un état de virulence charbonneuse sans bactéridies, notre collègue persiste à la soutenir, je demande que 1 Académie veuille bien nommer immédiatement une Commission. Quand la lumière a été faite sur un sujet par des preuves expérimentales sérieuses et non réfutées, il ne faut pas que la science traîne à sa suite des assertions sans preuves qui remettent tout en question. Je demande expressément que M. Colin soit mis en demeure de démontrer ce qu’il avance, d’autant plus que son assertion implique cette autre, qu’une matière organique, ne renfermant ni bactéridies, ni germes de bactéridies, produit dans le corps d’un animal vivant des bactéridies charbonneuses. C’est la génération spontanée de la bactéridie.