‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 6 sur 299 · M. Onimus croit pouvoir conclure de ces faits · texte numérisé non relu

M. Onimus croit pouvoir conclure de ces faits

1° Que le virus de l’infection putride n’est point un ferment organisé appartenant à la famille des vibrioniens;

2“ Que les organismes inférieurs n’ont, par eux-mêmes, aucune action toxique, qu’ils semblent être le résultat et non la cause des altérations putrides;

3° Que le virus de l’infection putride n’est point une substance dialysable, ce qui permet de le rapprocher des substances albuminoïdes.. .

« Ces conclusions seraient vraies, au moins nous pourrions les regarder comme vraies, si

(*) Dans son « Traité clinique et expérimental des fièvres dites essentielles ». Paris, 1816, in-8"

( yole de l’Édition.)

esl ainsi pour les raisons suivantes, et ce ne sont pas les seules que je pourrais invoquer.

J’ai démontré ailleurs que le ferment de la fermentation butyrique était un vibrion. Autrefois, on disait qu’en mettant du sucre en présence de matières azotées et dans certaines conditions de température, en présence de la craie, la matière albuminoïde se transformait en ferment lactique et en ferment butyrique. C’est une erreur.

J’ai reconnu que ces deux ferments étaient organisés, des êtres vivants.

Le ferment lactique est formé par des articles, des organismes étranglés vers le milieu et privés de tout mouvement.

Le ferment butyrique est constitué par un ensemble de vibrions animés de mouvements plus ou moins rapides.

Ces deux ferments ressemblent, à s’y méprendre, le premier au mycoderma aceti , le second aux vibrions des infusions exposées à l’air que chacun connaît. Cependant, contrairement à ce qui a lieu pour ces derniers vibrions et pour le mycoderma aceti , le vibrion butyrique et la bactérie lactique sont tous deux des organismes anaérobies ,

P°ur me servir d’une expression que j’ai proposée autrefois, c’est-àdire qu’ils n’ont pas du tout besoin de gaz oxygène libre pour vivre, se reproduire et agir. L’affirmation de M. Onimus sur l’identité des organismes au dedans du sac et au dehors excède de beaucoup les faits qu’il a observés.

Dans les expériences de M. Onimus, il y a autour du sac dialyseur une eau chargée de principes alimentaires soumise en outre à l’action

M. Onimus avait prouvé que les vibrioniens renfermés dans le papier à dialyse étaient de la même espèce que. ceux qui se trouvaient dans l’eau extérieure à ce papier. La forme de tous ces vibrioniens, intérieurs ou extérieurs, était la même, et cela suffit, suivant M. Onimus, pour établir l'identité spécifique. Je ne partage pas, sous ce rapport, la manière de voir de notre savant confrère...

« ... Si nous examinons les faits de M. Onimus, nous constaterons que les bactéries contenues dans le sang d’une part et dans l’eau avec les substances dialysables d’une autre part, se trouvaient dans des milieux tout à fait différents; car, par le fait même de la dialyse tout un ordre de substances se trouvait séparé de l’autre. Nous pouvons donc regarder les 'bactéries qui s’étaient développées de l’un et de l’autre côté comme formant des espèces distinctes maigre l’identité de leur forme. Et il ne faut pas croire qu’une différence minime dans la nature du milieu puisse être indifférente pour la transformation de ces infusoires.

« ... J’ajouterai, relativement à la nature du virus de la putréfaction, telle que la comprend notre savant confrère, qu’il ne parait pas possible d’admettre aujourd’hui que ce virus est une substance albuminoïde privée de vie... Le virus de la putréfaction est un être organisé.

« Les vibrioniens remplissent évidemment dans la nature une grande fonction c’est une fonction de destruction; mais cette fonction, ils ne l’accomplissent pas seulement dans la nature morte, ils détruisent aussi les êtres vivants, et l’homme a besoin de s’en défendre. Il nous importe donc de les connaître et d’encourager, dans un sujet aussi obscur toutes les tentatives et toutes les recherches. Celles de M. Onimus paraissent ouvrir une’ voie nouvelle... » (D av aine. Loc. cit.).

MALADIES VIRULENTES

de 1’ air. L oxygène de l’air est lui des aliments gazeux des organismes de cette eau, j’en suis convaincu. Dans l’intérieur du sac les conditions d’aération et d’alimentation du liquide ne sont plus les mêmes.

Je publierai bientôt les faits qui se rattachent à cette question, quoique s’en écartant en apparence (*). Depuis deux ans, j’étudie la fabrication de la bière et les conditions d’altérabilité de cette boisson. J’ai reconnu que cette altération était due à la présence d’organismes microscopiques filiformes. Ce fait est tellement vrai, la relation de cause à effet est tellement évidente, qu’il est absolument impossible de produire une altération de la bière quand celle-ci ne porte pas en elle les germes de ces organismes inférieurs.

Je puis démontrer d’un autre côté qu’en prenant une bière quelconque (bière d’Angleterre, de France, d’Allemagne), il est impossible qu’elle puisse se conserver au delà d’un certain temps, et elles s’altèrent toutes, parce qu’elles ont en elles les germes des ferments organisés dont je parle. Ici la corrélation est certaine, indiscutarle,

Page 1