Voir le Rapport précédent. (Note de l'Édition
MALADIES VIRULENTES
2 il
avec de l’eau de levure, de l’urine, ou des eaux de fumier. Les expériences ont toutes été positives; la bactéridie, sous ces influences, loin de disparaître, se multiplie dans la terre; elle s’y transforme en un temps très court en corpuscules-germes que l’on peut y retrouver facilement après plusieurs mois de séjour et d’-alternatives d’humidité et de sécheresse. On peut aller très loin dans ces constatations. Pour fixer les idées, voici quelques résultats. Après avoir cultivé, dans 500 grammes d’une terre privée de germes de bactéridies, 20 gouttes de sang charbonneux étendu d’eau, et bien mélangé ensuite toutes les parties de cette terre, on en a repris 2 grammes que l’on a mêlés à 300 grammes de nouvelle terre; puis de celle-ci on a prélevé 5 grammes qu’on a mêlés à 100 grammes de nouvelle terre, également vierge de bactéridies. De cette dernière terre on a prélevé 5 grammes. Il a été facile d’extraire de ce dernier échantillon des germes de bactéridies et de démontrer leur virulence par inoculation à des cochons d’Inde. La première de ces terres avait été traitée au mois de juin, la dernière a été préparée au mois de septembre 1879. La bactéridie charbonneuse, ajoutée directement à une terre, peut donc s’y transformer en corpuscules-germes et ceux-ci se conserver sans altération de leurs propriétés pendant longtemps.
La deuxième série d’expériences est autrement décisive. Nous avons enfoui dans un jardin de la ferme de M. Maunoury, à Saint- Germain, près de Chartres, un mouton de son troupeau d’agneaux, mort spontanément du charbon, la veille à quatre heures, après en avoir fait l’autopsie à la place même de l’enfouissement. Dix mois après (mai 1879), on recueille de la terre à la surface de l’endroit où le mouton a été enfoui; on recueille également de la terre des couches profondes. En appliquant à ces terres la méthode qui nous avait servi dans les premières expériences, méthode que je décrirai ultérieurement (*), il nous a été facile d’y constater la présence des corpusculesgermes de la bactéridie par l’inoculation de l’affection charbonneuse à des cochons d’Inde. Il nous a été non moins facile de faire apparaître la septicémie au moyen de la terre des couches profondes.
Dans nos expériences, nous avons rencontré cette circonstance remarquable que toutes les terres naturelles que nous avons eu l’occasion d’examiner renferment des germes propres à donner une septicémie particulière. Nous y reviendrons prochainement (2).
De cette seconde série d’expériences il résulte, comme je le pré-
1 et 2. Voir p. 254-263 du présent volume : Sur l'étiologie du charbon. ( iSote de l’Édition.)
voyais dans Je Rapport au ministre que j’ai rappelé tout à l’heure, que si le département d’Eure-et-Loir contient des germes de bactéridies en grande quantité, c’est que le charbon y ayant depuis longtemps établi domicile, la maladie s’y entretient d’elle-même en quelque sorte, les animaux morts, les malades, semant un peu partout des germes de contagion qui durent longtemps. La désolation serait générale dans un tel département, si les animaux qu’on y élève ne contractaient pas difficilement et d’une manière toute accidentelle, pour ainsi dire, l’afi“eclion charbonneuse. (Voir également mon Rapport au ministre.)
Si, dans la dernière séance, M. Colin (*) vous a communiqué des expériences de même ordre que celles qui précèdent, en arrivant toujours à un résultat négatif, il faut l’attribuer principalement à la difficulté de mettre en évidence la présence des germes de la bactéridie dans le sol. Mais, pour faire comprendre ces difficultés, je devrais entrer dans des détails qui m’entraîneraient trop loin, et qui trouveront naturellement leur place dans l’exposé des méthodes qui nous ont servi dans ces recherches. Je dirai seulement que ces difficultés résultent de la multiplicité des germes d’espèces microscopiques variées qui existent dans toutes les terres naturelles.
ÉTIOLOGIE DU CHARBON (2)
L Académie se rappellera peut-être que M. Colin avait pris autrefois devant elle 1 engagement solennel de ne plus discuter avec moi (^). M. Colin n a pas tenu sa promesse. Dans le courant de l’année dernière, cédant à la passion de contradiction qui souvent le domine, il s empiessa de répéter, avec 1 intention de les infirmer, les expériences pai lesquelles nous avions démontré, MM. Joubert, Chamberland et moi, que, si les poules ne prennent pas le charbon qu’on leur inocule dans les conditions normales, elles périssent facilement charbonneuses, leur sang rempli de bactéridies, quand on vient à les refroidir
1. Colin. Etiologie du charbon. Bulletin de V Académie de médecine, séance du 14 octobre 1879, 2» sér., VIII, p. 1024-1030. (Note de l'Édition).
2. Bulletin de l Académie de médecine, séance du 11 novembre 1879, 2e sér., VIII, p. 1152-1160. Ont pris la parole dans cette séance : Pasteur (p. 1152-1154, 1155, 1156- 1157, 1159), Bouillaud, Colin, et Pidoux.