Intervention de Pasteur : Ibid., p
3. Colin. Étiologie du charbon et spontanéité des maladies contagieuses. Ibid., p. 1165-
4. Voir p. 219-221 du présent volume : Étiologie du charbon. (Procès-verbal de la Commission.) [Notes de l'Édition .]
MALADIES VIRULENTES
sibilité de donner la preuve expérimentale de son assertion, que je déclare, une fois encore, être une erreur capitale. Le virus charbonneux, c’est la bactéridie de Davaine et rien autre.
Je laisse enfin de côté ce que M. Colin a dit de prétendues erreurs historiques que j’aurais commises, relativement à la perte de la virulence charbonneuse par la putréfaction; il me suffit de faire observer que M. Colin reconnaît très explicitement, pour qui sait entendre, que dans les quinze ou vingt pages qu’il a lues récemment devant l’Académie sur ce sujet (*), il a laissé croire qu’il était l’auteur de ce fait, tandis qu’aujourd’hui il avoue qu’il aurait dù nommer non seulement Davaine, mais encore d’autres personnes, MM. Delafond et Renault.
Revenons donc au sujet du débat. Il s’agit de savoir, par exemple, si du sang charbonneux qui tombe sur de la terre y développe des germes de bactéridies que l’on peut retrouver dans cette terre plus d’une année après. J’affirme qu'il en est ainsi par les résultats positifs que nous avons obtenus, MM. Chamberland, Roux et moi. M. Colin, lui, dit que cela n’est pas. Je suis fort surpris de n’avoir pas trouvé sous la plume de M. Colin, ni ailleurs, une appréciation juste de cette proposition si vraie que des milliers de faits négatifs ne sauraient infirmer un fait positif. Le fait positif de trouver des bactéridies emporte avec lui sa propre démonstration. A moins qu’on ne dise qu’un malfaiteur a introduit à notre insu des germes de charbon dans nos vases, je ne vois pas comment on pourrait nier qu’il y a bien réellement des germes de bactéridies dans la terre, puisque avec cette terre nous donnons le charbon à des animaux sains. Tout autres sont les résultats négatifs de M. Colin. Que prouvent ces résultats négatifs ? Une seule chose, savoir, que dans les conditions où M. Colin a opéré , il n’a pas trouvé de virulence charbonneuse. Mais le résultat négatif qu’il obtient, fùt-il répété par lui un million de fois, est évidemment solidaire de toutes les causes d’erreur qui peuvent masquer la présence de la bactéridie. Ces causes sont nombreuses ; il en est de connues : par exemple, la possibilité d’un développement d’organismes autres que la bactéridie qui étoufferaient celle-ci. M. Colin ne s’est nullement préoccupé des causes d’erreur dont je parle. Le raisonnement que je fais pour M. Colin ne peut pas le moins du monde être appliqué à mon assertion, qui porte avec elle sa démonstration : car, encore une fois, il est évident que l’on ne peut pas tuer par la bacté-
1. Colin. Sur la durée de la conservation du pouvoir virulent des cadavres et des débris cadavériques charbonneux. Bulletin de l' Académie de médecine, séance du 4 novembre lx79, 2e sér., VIII, p. 1118-1135. ( Note de l'Édition.)
ridie sans avoir entre les mains la bactéridie. Sans doute M. Colin pourrait objecter que nous croyons avoir le charbon sous les yeux, tandis que c’est une autre maladie. Ceci serait la négation de notre expérience; mais ce n’est pas là la situation qu’a prise M. Colin : car, s’il l’eût prise, j’aurais immédiatement, suivant mon usage antérieur, demandé la nomination d’une Commission, afin de répéter devant elle 1 expérience en litige, et j aurais facilement contraint de nouveau M. Colin de signer un procès-verbal condamnant l’erreur qu’il aurait commise.
M. Bouillaud a parlé de résultats négatifs qui peuvent devenir des résultats positifs (*); rien de plus juste, mais à une condition: c’est qu’on aura démontré qu’aucune circonstance quelconque dans l’expérimentation n’a pu faire que le résultat ne soit pas négatif. Dans ce dernier cas, le résultat négatif deviendrait un fait réel, positif, parce qu’il serait démontré que ce fait négatif ne peut pas être autre qu’il n’est. Les résultats négatifs de M. Colin n’ont pas du tout ce caractère, et je répète qu’ils ne prouvent qu’une chose : c’est que, dans les conditions où il a opéré, il n’a pas aperçu la bactéridie, ni ses effets.
Non seulement M. Colin n’a pas réussi à trouver la virulence charbonneuse quand elle existe, mais il prétend donner le pourquoi de ses insuccès. Il ignore que ce qui peut tuer la bactéridie filiforme respecte souvent ses corpuscules-germes; il ignore que c’est le cas de la putréfaction, de la chaleur, de 1 alcool, etc... Enfin, dans cette discussion, sur tous les points essentiels, M. Colin est dans l’erreur, outre que sa méthode de raisonnement et d’expériences est des plus défectueuses.
Tout ce qui précède est si vrai que j’ai la parfaite conviction que si je remettais à M. Colin un' échantillon de cette même terre qui, convenablement traitée, permet d’inoculer le charbon, M. Colin serait dans l’impossibilité d’obtenir ce résultat en suivant la méthode qu’il a suivie.
En résumé, M. Colin s’est trompé. Il n’a pas su reconnaître la présence des germes du charbon la où ils existent, et, suivant son habitude, il a voulu en faire une arme contre des observateurs plus heureux que lui, qui 1 auraient facilement éclairé sur ses méprises s’il eût pris la peine de les consulter.
Quant à cette longue théorie de la spontanéité des maladies infectieuses que M. Colin vous a exposée en terminant, je ne m’y arrête pas, et je me borne à faire observer à notre illustre confrère M. Bonil-
1. Voir, p. 237, l'intervention de Bouiliaüd. {Note de l’Édition.)
MALADIES VIRULENTES
laud qu'il peut se convaincre une fois de plus qu’il existe des partisans de la spontanéité des maladies transmissibles, j’entends de la spontanéité vraie, c’est-à-dire d’une spontanéité créée de toutes pièces par l’organisme.
M. Bouillaud : Si MM. Pasteur et Colin arrivent à des résultats si différents, c’est qu’ils n’emploient pas la même méthode dans leurs expériences : or, la bonne méthode est celle qui consiste à bien observer et à bien raisonner; on ne doit jamais perdre de vue ce principe.
Quant à la spontanéité des maladies contagieuses qui fait également le sujet de la discussion, on ne saurait nier qu’elle ne compte en France qu’un petit nombre de partisans.
ÉTIOLOGIE DU CHARBON (*)
M. Colin n’ayant pas assisté à la dernière séance, j’ai dû remettre à aujourd’hui le complément d’observations que j’avais à présenter au sujet de la lecture de notre confrère Ç*). Sur le point en litige de la présence ou de l’absence des germes du charbon dans la terre qui a été souillée de débris charbonneux, j’ai déjà répondu de manière à satisfaire les esprits les plus prévenus.
L’Académie connaît l’origine de cette discussion. Je la rappelle en peu de mots. A la séance du 14 octobre dernier, M. Colin a fait une lecture sur l’étiologie du charbon (1 2 3). La principale conclusion de ses expériences était : « Les eaux chargées de sang, de débris de rate, ..., les terreaux obtenus en stratifiant du sable, de la terre, du fumier, avec des débris charbonneux rapportés de Chartres, n’ont jamais (par l’inoculation) provoqué la moindre manifestation de nature charbonneuse (4). » Dès lors, M. Colin ne peut croire à l’existence des germes du charbon dans la terre des pays à charbon, et l’idée d’un virus spontané le poursuit toujours. Huit jours après, à la séance du 21 octobre, en mon nom et au nom de MM. Chamberland et Roux (5),
1. Bulletin de l'Académie de médecine, séance du 2 décembre 1879, 2e sér., VIII, p. 1222-1234.
2. Colin. Etiologie du charbon et spontanéité des maladies contagieuses. Ibid., séance du 18 novembre 1879, p. 1165-1183.