‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 79 sur 299 · MA LA. DI IIS VI U U U 2 NT ES · texte numérisé non relu

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naturel de porter tout d’abord son attention sur les animaux enfouis dans la terre.

Voici ce qui arrive toutes les fois qu’un animal meurt spontanément du charbon : un établissement d’équarrissage est-il proche, on y conduit le cadavre. Est-il trop éloigné ou l’animal a-t-il peu de valeur, comme c’est le cas des moutons, on pratique une fosse sur place à une profondeur de 50 à 60 centimètres ou 1 mètre, dans le champ même où l’animal a succombé ou dans un champ voisin do la ferme, s’il a péri à l'écurie; on l’enfouit en le recouvrant de terre. Que se passet-il dans la fosse, et peut-il y avoir ici des occasions de dissémination des germes de la maladie? Non, répondent certaines personnes : car il résulte d’expériences exactes du docteur Davaine que l’animal charbonneux, après sa putréfaction, ne peut plus communiquer le charbon. Tout récemment encore, de nombreuses expériences ont été instituées par un des savants professeurs de l’Ecole d’Alfort, grand partisan de la spontanéité de toutes les maladies. Il est arrivé à cette conclusion « que les eaux chargées de sang charbonneux, de débris de rate ; les terreaux obtenus en stratifiant du sable, de la terre, du fumier, avec des débris de cadavres rapportés de Chartres, n’ont jamais (par l’inoculation) provoqué la moindre manifestation de nature charbonneuse ». (Colin. Bulletin de l'Académie de médecine [séance du \ novembre] 1879.) Mais il faut compter ici avec les difficultés de la recherche, difficultés que M. Colin a entièrement méconnues.

Prélever de la terre dans les champs de la Bcauce et y mettre en évidence des corpuscules d’un à deux millièmes de millimètre de diamètre, capables de donner le charbon par inoculation à dos animaux, c’est déjà un problème ardu. J’outelois, par des lavages appropriés et en profitant de la puissance contagionnante de ces corpuscules-germes pour les espèces cobaye et lapin, la chose serait facile si ces corpuscules du parasite charbonneux étaient seuls dans la terre; mais celle-ci recèle une multitude infinie de germes microscopiques et d’espèces variées, dont les cultures sur le vivant ou dans les vases se nuisent les unes aux autres (*). J’ai souvent appelé l’attention de l’Académie

1. Jo suis môme très porté â croire que c'est dans cette infinie quantité de germes microscopiques qu’il faut aller chercher la solution vraie do la nitrification que MM. Sclilœsing el Münlz ont si bien démontrée être sous la dépendance d’une sorte du fermentation. Un jour (c’était, si j’ai bon souvenir, au mois do juillet 1878, alors que j’étais précisément très préoccupé de la présence de tous les germes microscopiques des terres arables), je reçus la visite de ces savants observateurs. Ils m’apportaient des billes sortant de leurs tubes nitrilleateurs, affirmant, par les excellentes prouves qu’ils en ont données, que quelque chose de vivant, existant à la surface de ces billos, devait être l'agent nilrifleatour ; mais, ajoutaient-ils, nous avons beau chercher et observer, nous ne trouvons pas d’êtres microscopiques. Voyez vousmême. J’examinai ces billes et je leur dis : « Vous 'avez raison, il n’y a pas d’êtres micro-

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sur ces luttes pour 1r vie entre les êtres microscopiques clans ces vingt dernières années. Aussi, pour faire sortir d’une terre la bactéridie charbonneuse qu’elle peut contenir à l’état de germe, il faut recourir à des méthodes spéciales, souvent très délicates dans leur application : action de l’air ou du vide, changements dans les milieux de culture, influence de températures plus ou moins élevées, variables avec la nature des divers germes, sont autant d’artifices auxquels on doit recourir pour empêcher un germe de masquer la présence d’un autre. Toute méthode de recherche grossière est fatalement condamnée à l’impuissance, et les résultats négatifs ne prouvent rien, sinon que, dans les conditions du dispositif expérimental qu’on a employé, la bactéridie n’a pas apparu. L’argument principal invoqué par le savant professeur d’Alfort à l’appui des résultats négatifs de ses nombreuses inoculations, est que le charbon disparaît dans le cadavre d’un animal charbonneux au moment où il se putréfie. Cette assertion est exacte, et elle était bien connue des équarrisseurs avant même que le docteur Davaine en donnât une confirmation de fait. Souvent j’ai entendu les équarrisseurs, que je voyais manier des animaux charbonneux et que j’avertissais du danger qu’ils couraient, m’assurer que le danger avait disparu quand l’animal était avancé , et qu’il fallait n’avoir des craintes que s’il était encore chaud. Quoique, prise à la lettre, cette assertion soit inexacte, elle trahit cependant l’existence du fait en question.

Dans un travail antérieur, M. Joubert et moi ( 1 ) nous avons donné la véritable explication du phénomène. Dès que la bactéridie, sous son état filiforme, est privée du contact de l’air, qu’elle est plongée, par exemple, dans le vide ou dans le gaz acide carbonique, elle tend à se résorber en granulations très ténues, mortes et inofîensives. La putréfaction la place précisément dans ces conditions de désagrégation de ses tissus. Ses corpuscules-germes ou spores n’éprouvent pas cet effet et se conservent, ainsi que le docteur Koch l’a montré le premier (2). Quoi qu’il en soit, et comme l’animal au moment de sa mort ne contient que le parasite à l’état filiforme, il est certain que la putréfaction l’y détruit dans toute sa masse. Si l’on s’arrêtait à cette opinion pour

scopiques; mais cela fourmille de leurs germes que vos eaux y ont déposés, et voilà, je crois, votre agent nitriûcateur. » En d’autres termes, je suis porté à ne pas admettre un ferment spécial, un être en voie de développement, — il dénitrifierait plutôt sous cet état, — mais un effet physique d’absorption et de transport d’oxygène sur les éléments de l'ammoniaque par les germes innombrables de la terre, effet de transport analogue à celui qui s’effectue sous l’influence du mycoderma aceti dans les liquides alcooliques en voie d’acétification.

1. Voir p. 172-188 du présent volume : Charbon et septicémie.

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