‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 9 sur 299 · Colin. Ibid., p. 164. [Notes de l’Édition · texte numérisé non relu

Colin. Ibid., p. 164. [Notes de l’Édition

MALADIES VIRULENTES

organe ou une portion d’organe en putréfaction en dehors d’une action manifeste des ferments. On a parlé du cerveau et de la moelle épinière; eh bien, je demande s’il existe dans les annales de la science un fait bien constaté de putréfaction d’un de ces organes sans qu’il y ait eu en même temps apport de poussières, de germes ou de ferments venus de l’extérieur.

Pour moi, je ne le crois pas. Supposons que ces organes puissent entrer en putréfaction en dehors de tout ferment extérieur, ce qui peut être, je commence par le déclarer, quoiqu’on ne l’ait pas encore vu. Si cela était, il existe des substances qui devraient présenter plus facilement encore le phénomène, je veux parler de celles qui composent l’intérieur de l’œuf. Qu’on abandonne un œuf à l’air, se putréfie-t-il nécessairement s’il ne porte pas en lui les germes organisés, vivants, de la putréfaction? Je ne crois pas qu’on en ait un seul exemple bien constaté. Dans des centaines d’expériences que j’ai vu faire sous mes yeux dans mon laboratoire par M. Gayon, mon préparateur, jamais la putréfaction de l’œuf ne s’est produite en l’absence de ferments organisés.

Il est facile du reste de démontrer que l’œuf ne peut se putréfier sans l’intervention de germes étrangers. Si, en effet, après avoir brouillé un œuf, on extrait le contenu par aspiration et qu’on le transporte à l’abri de l’air dans un vase parfaitement nettoyé et privé de toutes ses poussières, l’expérience démontre que l’œuf ne se putréfie pas.

Il y a bien, il est vrai, des œufs qui, abandonnés à eux-mêmes, se putréfient spontanément au bout de quelques jours. Dans ce cas, comme l’a démontré M. Gayon, la putréfaction résulte toujours de la pénétration dans l’œuf d’organismes microscopiques venus originairement, tout porte à le croire, du cloaque de la poule (*).

Ce cloaque, en effet, est toujours ouvert, humide, le mucus chargé des poussières, des germes en suspension dans l’air ; ce sont ces germes qui passent du cloaque dans l’oviducte et de là dans l’intérieur de l’œuf. On peut les suivre jusque dans l’oviducte, jusqu’au point où se forme l’œuf.

Il est probable que ces germes, pressés contre les membranes de l’œuf, pénètrent celles-ci et déterminent la putréfaction de l’œuf à un moment donné, quand les circonstances sont favorables à leur développement.

1. Ga.yon (U.). Recherches sur les altérations spontanées des œuis. (Thèse pour le doctorat és sciences physiques). Paris, 1875, 102 p. in-4° [1 pi.]. ( Note de l’Édition.)

En terminant ces quelques réflexions, je répète la question que j’adressais à M. Colin : Notre savant confrère peut-il citer un fait bien observé où l’on ait vu le cerveau en putréfaction sans qu’on y ait trouvé en même temps les organismes propres à la putréfaction?

M. Colin : M. Pasteur me demande de lui citer un fait où la putréfaction se développe sans l’intervention d’organismes microscopiques, mais cela paraît se voir tous les jours, et c’est justement pour cela que j’ai posé ma question. Sur le cadavre, le cerveau renfermé dans le crâne et dans ses membranes se putréfie, voilà le fait : je me demande et j’ai demandé à M. Lefort comment, la peau restant intacte, l’air et les germes qu’il tient en suspension peuvent pénétrer dans la cavité crânienne.

Quant à l’œuf, il se décompose assez souvent, dans les conditions ordinaires, au bout d’un mois ou deux, même quand la coquille est intacte... Il me semble difficile d’expliquer la pénétration des germes à travers les membranes qui entourent l’œuf à son arrivée au cloaque, car dès ce moment l’œuf est muni de sa coque. Je demanderai donc à M. Pasteur comment il explique le passage des organismes à travers la coque et les membranes. En admettant même cette pénétration, comment se fait-il que tous les œufs ne se putréfient pas, car ils sont tous dans les mêmes conditions et ont tous passé par le cloaque. Ils devraient donc tous se putréfier.

M. Pasteur : Je vois, par ce que vientde dire M. Colin, qu’en réalité, il ne connaît aucun fait positif, aucune observation dans laquelle on a vu le cerveau se putréfier sans l’apport des germes de la fermentation. Ma question reste donc entière.

Voici, suivant moi, comment on pourrait résoudre le problème: il faudrait, comme M. Gayon l’a fait pour l’œuf, extraire une partie de la substance cérébrale, la mettre dans un air privé de tous ses germes et voir ce qui arriverait. Pour moi, j’affirme, jusqu’à preuve du contraire, qu’il n’y aurait pas de putréfaction.

Quant aux œufs, M. Colin comprend difficilement les expériences de M. Gayon (*) ; c’est possible, mais les faits n’en existent pas moins, et ces faits les voici : quand un œuf se putréfie, cette putréfaction est due à l’action des vibrions ou autres organismes inférieurs. D’où viennent ces organismes? S’ils 11e viennent pas du dehors, c’est qu’ils ont une origine spontanée, et dans ce cas, tous les œufs devraient se putréfier. Or, il n en est rien, et l’on n’en trouve que très peu qui s’altèrent : les germes doivent donc venir du dehors.

Voilà des faits positifs, irréfutables, contre lesquels les négations ne peuvent rien.

M. Colin ajoute: Mais comment se fait-il que la putréfaction n’agisse

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