Mérimée. Loc. cit. (Notes de l'Édition
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cédé connu était long et ennuyeux. Il fallait, après l’application de chaque couleur, faire sécher au soleil. Je serais porté à croire, si l’anecdote de Vasari est exacte, que ce n’était pas une détrempe de Jean de Bruges qu’il brisa au soleil, mais une de ces peintures à l’huile dont parle Théophile.
Ce que Van Eyck a découvert, et Vasari ne dit pas autre chose, c’est certainement la dessiccation facile des couleurs et par suite des huiles, c’est la possibilité de peindre à l’huile à peu près aussi facilement qu’à la détrempe qui se sèche en quelques heures. Malheureusement, il est difficile d’aller plus loin et de dire avec précision quels ont été les procédés matériels de Van Eyck. Est-ce un siccatif qu il a inventé? Est-ce un vernis particulier qu’il mélangeait à ses couleurs, comme paraît le dire Vasari, et qui leur donnait ce bel aspect émaillé que l’on y remarque, et dont vous avez au Louvre, dans le Salon Carré des Anciens, un si admirable spécimen? On l’ignore également.
En résumé, l’emploi de l’huile dans la peinture, l’association de l’huile aux couleurs et notamment de l’huile de lin, au lieu de gomme, de colle, ou de blanc d’œuf, est certainement antérieur au peintre Van Eyck. Il est important, cependant, de faire remarquer que les musées n’offrent pas de peinture à l’huile précédant l’époque de Van Eyck, circonstance qui montre bien tout le progrès dû à Van Eyck.
Ceci est de M. Haro. Est-ce bien vrai? Mais il n’est pas moins certain que celui-ci a su peindre à l’huile comme on ne peignait pas avant lui (et je n’entends point parler ici de son talent d’artiste, mais bien de la nature de ses procédés matériels), bien que l’on ne sache pas du tout en quoi a consisté le progrès qu’il a accompli sous ce rapport.
En rendant compte à l’Académie des Beaux-Arts de l’ouvrage de M. Mérimée, M. Quatremère de Quincy (l) dit très judicieusement : « Toute controverse sur cet objet nous a paru à peu près inutile, l’expérience sur beaucoup d’autres points ayant prouvé qu’il n’y a pas de découverte qui n’ait eu plus d’un inventeur; ce qui signifie qu’il y a dans chacune plusieurs degrés d’invention. »
On pourrait, à cette occasion, rapporter ici le paragraphe de Cennino sur l’huile rendue siccative au soleil, ce dont ne parle pas encore Théophile. Déjà là, il y avait un progrès.
Mais, direz-vous, n’a-t-on pas essayé par des recherches bien conduites de découvrir ces procédés de Van Eyck? On en a fait, mais les recherches qui ont été faites sur ce sujet, celui de connaître la vraie
1. Extrait du Rapport fait à l’Académie des Beaux-Arts par M. Quatremère de Quikcy, in : Mérimée. Loc. cit., p. i-vm. (Note de l'Édition.)
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invention de A an Eyck, ont été, à mon avis, assez mal conduites. On a lait des conjectures plutôt que des recherches. C’est ce que je vais essayer de vous faire comprendre.
Une des personnes qui se sont le plus adonnées à ces études est l’ancien secrétaire de l’É.coJe des Beaux-Arts, M. Mérimée, homme fort distingue, qui a laissé sur la peinture à l’huile un ouvrage bien écrit et bien composé. 11 date de 1830. Son but principal a été de découvrir les procédés primitifs, soit par la lecture des premiers traités de peinture, soit par l’examen attentif des anciens tableaux qui ont le mieux résisté. Et il est arrivé à cette conséquence que la conservation de ces peintures devait être attribuée à l’emploi des vernis comme excipient des couleurs.
Bien avant la peinture à 1 huile, les peintures à la gomme, à la colle, au blanc d’œuf, étaient recouvertes de vernis. Le moine Théophile décrit la composition du vernis qui était employé. Nous y reviendrons.
Mais il s agit ici du mélange du vernis aux couleurs pendant le travail même du peintre.
Il n’est pas douteux, selon moi, que l’ouvrage de M. Mérimée a influé beaucoup (soit en bien, soit en mal, c’est ce que nous examinerons) sur les procédés matériels de la peinture depuis trente ou quarante ans, et davantage, car M. Mérimée exposait ses idées dans la conversation a\ ant de les écrire et il a dû être la cause plus ou moins directe de la recherche et de 1 emploi de ces divers siccatifs, de ces diverses variétés d huiles et de vernis que les peintres de notre époque emploient la plupart du temps sans les connaître, parce que les inventeurs en cachent la composition, afin de mieux conserver le monopole de leur fabrication.
Je crois donc devoir entrer dans quelques détails au sujet de l’opi nion de M. Mérimée, dans le but principalement de savoir jusqu’à quel point elle mérite la confiance des artistes. Cette opinion a été résumée par l’auteur de la manière suivante :
« Mes recherches m’ont conduit à ce résultat que les plus anciens peintres des Ecoles flamande et vénitienne ne peignaient pas comme nous avec des huiles pures, telles que nous les employons, mais qu’ils détrempaient leurs couleurs avec des vernis auxquels on doit attribuer la conservation de leurs tableaux (i) ».
Voilà l’opinion de M. Mérimée ; mais, si l’on recherche les preuves qu’il en donne, on n’en trouve aucune à mon avis qui soit bien démonstrative. A l’entendre, ses preuves sont de deux ordres. Les unes
1. Mérimée. Loc. cit., p. xx de l’Introduction. [Note de l’Éditon.)
résultent de l’examen qu’il a fait des tableaux anciens les mieux conservés. Mais nulle part dans son ouvrage il ne cite de faits positifs résultant de cet examen. Il affirme purement et simplement que l’observation de ces anciennes peintures la confirmé dans sa manière de voir. Les autres preuves qu’il invoque résultent de la lecture qu’il a faite des différents traités de peinture (*).
1° « On raconte que Jules II, qui avait appelé Léonard de Vinci pour décorer quelques salles du Vatican, eut, un jour, la curiosité d’entrer en l’absence du peintre dans la pièce qui lui servait d atelier. Là, au lieu d’esquisses et de cartons, le pape n’aperçut que quelques ustensiles et appareils de chimie qu’il crut destinés à la préparation des vernis. Celui-ci, aurait dit Jules II, commence par où les autres finissent. »
M. Mérimée s’empresse de remarquer lui-même qu’il ne faudrait pas être difficile en fait de preuves pour admettre un tel témoignage.
2° « Dans son traité de peinture, Léonard de Vinci (1452-1519) ne fait mention de l’emploi de vernis qu’à l’occasion de l’acétate de cuivre (verdet) ; il fait observer que cette couleur, étant un sel soluble, se dissoudrait dans l’eau lorsqu’on laverait le tableau. C’est pourquoi il conseille de la couvrir d’une couche de vernis aussitôt qu’elle est sèche.
« Dans un autre endroit, il propose, pour vernir un tableau d’une manière inaltérable, de le coller à une glace avec un vernis gras composé d’ambre et d’huile de noix, ou seulement d’huile de noix épaissie au soleil.
« Dans ces passages, rien ne démontre que Léonard de V inci mêlât habituellement du vernis dans ses couleurs. Tout au contraire, ajouterai-je. Car, en s’exprimant ainsi, Léonard de Vinci éloigne l’idée de l’emploi du vernis pour tous les cas ordinaires. Mais l’un des plus anciens auteurs qui ait décrit les procédés techniques de la peinture, Armenini, de Faenza, qui écrivait vers le milieu du xvie siècle, ne laisse aucun doute sur l’emploi du vernis. Voici comment il s’exprime :
« Lorsque l’ébauche est finie et sèche, on commence à repeindre et à travailler chaque partie avec plus de précision en employant les couleurs les plus belles et les mieux broyées, et ne faisant les teintes qu’à mesure que l’on peint, parce que cette fois on glace plutôt qu’on n’empâte les chairs, qui d’ailleurs sont déjà amenées à un certain degré de fini...; et pour facilier l’exécution, il faut d’abord enduire la