‹ Œuvres de Pasteur (volume 3)Chapitre 135 sur 166 · TOAST PORTÉ A LA SOCIÉTÉ DES 'ANCIENS ÉLÈVES DU COLLÈGE D’ARBOIS · texte numérisé non relu

TOAST PORTÉ A LA SOCIÉTÉ DES 'ANCIENS ÉLÈVES DU COLLÈGE D’ARBOIS

Je suis très sensible aux témoignages d’estime que vous m’accordez. Je suis fier également que mes travaux portent au loin l’honneur du département où je suis né et des villes de Dole et d’Arbois. Tout cela, messieurs, fait en quelque sorte partie du passé et des choses acquises! Profitons-en, je le veux bien; que la jeune génération surtout y puise le désir de se consacrer, elle aussi, à faire son devoir vis-à-vis* d’ellemême, vis-à-vis de la cité et de la Patrie.

Mais, c est vers 1 avenir qu il faut porter les regards et comme pendant longtemps encore la France sera accablée sous le poids de sa défaite et devra avoir le souci de sa régénération, veillons tous au salut des institutions qui peuvent contribuer au relèvement de la France. Tout ce qui porte en soi des éléments de vitalité et de force me touche profondément. Tout ce qui est décadence, tout ce qui peut atteindre l’union des citoyens et contenir en soi des ferments de dissolution me fait la plus vive peine.

L histoire du Biou (2) de dimanche dernier m’a attristé plus que je ne puis le dire et çà a été pour moi un grand chagrin qu’une indisposition ne m ait pas permis d’entendre et d’applaudir intérieurement à l’église même les paroles de votre digne curé.

Je ne sais rien de plus bête que la persécution de l’idée religieuse dans le temps où nous sommes et qu’.on applique le beau mot de libre pensée à ce qui en est la négation. Quand on a été vaincu on ne doit

avoir qu une préoccupation, celle de se préparer à vaincre. Tout autre [sentiment] est indigne.

En revanche, c’est un vrai bonheur pour moi de constater parmi vous l’existence de quatre sociétés pour la prospérité desquelles vous

}; Fage trouvee dans les papiers de Pasteur, sans date [probablement 1882 ou 18831 2. Le premier dimanche de septembre, les Arboisiens portent à l’église Saint-Just à l’ocra

CetW la f pat™nale> une volumineuse grappe formée d’une multitude de grappes de raisin* - giappe, appelée Biou, reste exposée pendant plusieurs jours. (Notes de VÊdition )

MÉLANGES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES

me trouverez toujours au premier rang : je veux parler de la Société de tir, de la Société de gymnastique, de la Société de musique, de la Société qui nous rassemble. Si vous avez la sagesse de ne jamais y laisser introduire la politique, ces Sociétés deviendront, réunies à leurs sœurs, dans tout le pays' t<5ut à la fois l’honneur de notre ville et un des instruments d’action et de grandeur de la patrie.

Je bois à la prospérité des quatre Sociétés que je viens de nommer et particulièrement de la Société des anciens élèves du collège d’Arbois.

ALLOCUTION

PRONONCÉE, LE 14 JUILLET 1883, A L’OCCASION DE L’APPOSITION D’UNE PLAQUE COMMÉMORATIVE SUR LA MAISON NATALE DE PASTEUR, A DOLE

Messieurs,

Je suis profondément ému de l’honneur que me fait la ville de Dole; mais permettez-moi, tout en vous exprimant ma reconnaissance, de m’élever contre cet excès de gloire. En m’accordant un hommage qui ne se rend qu aux morts illustres, vous empiétez trop vite sur le jugement de la postérité.

Ratifiera-t-elle votre décision et n’auriez-vous pas dû, monsieur le maire, prévenir prudemment le Conseil municipal de ne pas prendre une résolution aussi hâtive ?

Mais après avoir protesté, messieurs, contre les dehors éclatants d une admiration que je ne mérite pas, laissez-moi vous dire que je suis touché et remué jusqu’au fond de l’âme. Votre sympathie a réuni sur cette plaque commémorative les deux grandes choses qui ont fait a la fois la passion et le charme de ma vie : l’amour de la science et le culte du foyer paternel.

Oh! mon père et ma mère! oh! mes chers disparus, qui avez si modestement vécu dans cette petite maison, c’est à vous que je dois tout ! Tes enthousiasmes, ma vaillante mère, tu les as fait passer en moi. Si j’ai toujours associé la grandeur de la science à la grandeur de la patrie, c’est que j’étais imprégné des sentiments que tu m’avais inspirés. Et loi, mon cher père, dont la vie fut aussi rude que ton rude métier, Lu m’as montré ce que peut faire la patience dans les longs efforts. C est a toi que je dois la ténacité dans le travail quotidien. Non seulement tu avais les qualités persévérantes qui font les vies utiles, mais tu avais aussi l’admiration des grands hommes et des grandes choses. Regarder en haut, apprendre au delà, chercher à s élevei toujours, voilà ce que tu m’as enseigné. Je te vois encore,

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après ta journée de labeur, lisant le soir quelque récit de bataille d’un de ces livres d’histoire contemporaine qui te rappelaient l’époque glorieuse dont tu avais été témoin. En m’apprenant à lire, tu avais le souci de m’apprendre la grandeur de la France.

Soyez bénis l’un et l’autre, mes chers parents, pour ce que vous avez été et laissez-moi vous reporter l’hommage fait aujourd’hui à cette maison.

Messieurs, je vous remercie de m’avoir permis de dire bien haut ce que je pense depuis soixante ans. Je vous remercie de cette fête et de votre accueil et je remercie la ville de Dole, qui ne perd de vue aucun de ses enfants et qui m’a gardé un tel souvenir !

ALLOCUTION

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