CAUSERIE
faite a l’Association amicale des anciens élèves de l’Ecole Centrale des Arts et Manufactures (groupe de Paris), le 15 mai 1884 [Sténographiée).
Messieurs,
Tant d’iclées se pressent, en ce moment, dans mon esprit, à l’audition de toutes les paroles si élogieuses et indulgentes qui viennent de m’être adressées, que je ne sais vraiment que vous dire. Je n’ai pas été averti de tant d’honneurs. Cette chaleur communicative, ce banquet, le plaisir de me trouver avec vous, le souvenir que vous me rappelez de mon vénéré maître, M. Dumas, tout cela me cause une émotion profonde.
M. Dumas! Combien sa perte se fera sentir pendant de longues années. En ce moment, on n’en apprécie pas toute l’étendue. Avec lui s’est éteinte une des plus grandes forces de la France. Mais, je ne veux pas m’appesantir sur ce sujet. L’émotion rue gagnerait, à ne plus pouvoir parler; car je ne puis vous dire jusqu à quel point j ai aimé et admiré M. Dumas. C’est lui qui a allumé en moi le feu sacré de la science. J’étais à l’École Normale, arrivant de province, quand j’eus le bonheur d’assister, pour la première fois, à ses leçons, au milieu d une foule d’auditeurs dont la vive sympathie éclatait en applaudissements. Je n’avais jamais rien vu de pareil.
Tout à l’heure, vous m’avez convié à vous entretenir des recherches qui m’occupent en ce moment, et qui portent presque exclusivement sur la rage.
Quand je me suis engagé dans l’étude de la rage, je savais combien cette étude devait être longue, pénible, difficile, inextricable. A ce propos, permettez-moi de vous donner un conseil que je me suis toujours efforcé de suivre et qui consiste à rester le plus longtemps possible dans un sujet. En toute chose, je crois, le secret du succès est