‹ Œuvres de Pasteur (volume 3)Chapitre 138 sur 166 · Le Génie civil , V, n* 9, 28 juin 1884, p · texte numérisé non relu

Le Génie civil , V, n* 9, 28 juin 1884, p

dans les longs elïorts. Par la persévérance dans la recherche, on finit par acquérir ce que j’appelle volontiers l’instinct de la vérité.

La rage existe vraisemblablement depuis que le monde est monde. Les plus anciens auteurs, qui ont écrit sur la médecine, ont décrit cette épouvantable maladie. Jusque dans ces dernières années pourtant on n’avait sur elle que des observations recueillies sans beaucoup de suite. On savait que la rage se communique à l’homme par la morsure du chien enragé, et que cette maladie affecte toutes les sortes d’animaux domestiques, la vache, le cheval, le porc... J’ai eu récemment l’occasion de l’inoculer à un singe; les singes la prennent tout aussi facilement que l’homme. Bref, sur sa cause, on n’était guère plus avancé. Les plus hardis la qualifiaient du nom vague de névrose. Le système nerveux devait paraître à tous, en effet, le système le plus affecté, à juger de son siège par les symptômes du mal. Quels troubles dans le système nerveux chez un animal qui, laissant de côté sa nourriture habituelle, mise à sa portée, dévore la paille de sa litière et meurt le plus souvent, l’estomac rempli de débris de toute sorte, paille, foin, morceaux de bois, d’étoffes... ! A l’autopsie, pas de lésions bien apparentes.

L’observation la plus utile dans les recherches de mon laboratoire de ces quatre dernières années, et auxquelles ont été associés MM. Thuillier, Roux et Chamberland, consiste dans la connaissance de ce fait que, si l’on inocule le virus rabique très pur à la surface du cerveau, on détermine infailliblement la rage chez l’animal opéré.

La difficulté d’une étude suivie de la rage résidait, avant cette précieuse observation, dans cette double circonstance : i° que la rage ne se communique pas toujours aux chiens mordus par un chien rabique; 2° que la maladie a une longue durée d’incubation et que cette durée est, en outre, très variable.

Sur 100 chiens mordus, il y en a 20 environ qui prennent la rage et, chez l’homme, 10 pour 100 seulement.

Longue incubation d’une part, et de l’autre, incertitude absolue sur le résultat.

Je lai dit souvent, il y avait là de quoi lasser le courage des expérimentateurs les plus persévérants. Vous dev.ez le comprendre aussi bien que moi — car tous vous ôtes, ou vous avez été, à divei’S degiés, des expérimentateurs, — attendre un, deux, trois ou quatre mois un résultat qui dans bien des cas ne se produit pas! Songez à une étude quelconque sur le virus. Voulez-vous savoir, par exemple, si le virus rabique, conservé vingt-quatre ou quarante-huit heures, garde sa virulence? Vous l’inoculez à un chien. Un mois se passe,

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rien; deux mois se passent, rien encore; que faire? Attendre encore, puisque souvent la durée de l’incubation est plus longue. Enfin des mois s’écoulent; rien ne se manifeste. Quelle sera votre conclusion ?

Direz-vous : le virus çopservé a perdu sa virulence? Vous n’en ave/, pas le droit, puisque la morsure ou l’inoculation sous la peau ne produisent pas toujours la rage.

De plus, le virus était pris dans la bave. Or, la bave est toujours impure, et le virus rabique se trouvait associé à des microbes étrangers, de sorte qu’en l’inoculant à un chien, il survenait souvent divers accidents septiques. Le chien mourait, mais il ne mourait pas de la rage. C’était une complication nouvelle dans ce genre d’expériences.

Il résulte de tout ceci que, pour arriver à une méthode vraiment scientifique, il fallait pouvoir abréger la durée de l’incubation, afin d’être à même de multiplier les expériences et surtout pouvoir donner la rage à coup sûr. Il était enfin indispensable d’avoir le virus à l’état de pureté parfaite. Fort heureusement, en étudiant le cerveau, l’encéphale, la moelle épinière, j’ai reconnu que le virus y était dans un état de pureté parfaite. Le virus n’est pas dans toute l’étendue de ces parties nerveuses, mais il est toujours dans certaines portions de ces parties parce qu’il s’y localise en tels ou tels points

Souvent la mort survient à la suite d’une première localisation où il s’est établi, encéphale ou moelle épinière, et elle ne lui laisse pas le temps de se propager dans tout le système nerveux.

En outre, ce virus, ainsi puisé dans le système nerveux, se trouve être d’une pureté parfaite, c’est-à-dire qu’il n’est mélangé d’aucun élément étranger pouvant compliquer les résultats de l’inoculation.

Après avoir chloroformisé l’animal, on lui fait une incision sur le front et on enlève une rondelle du crâne avec un trépan, espèce de vilebrequin, muni d’une scie tournante, mue par une manivelle.

On voit la dure-mère. — Vous savez tous que le cerveau est entouré d’une sorte de membrane mince, et d’une autre plus forte et plus résistante qu’on appelle la dure-mère. — Avec une petite aiguille très fine, recourbée et creuse à l’intérieur, on pique la dure-mère avec soin et avec précaution pour ne pas aller intéresser le cerveau. Celte aiguille est en communication avec une petite seringue destinée à donner des injections hypodermiques. C’est un corps de pompe sur le piston duquel est un petit curseur permettant d arrêter 1 injection ou l’on veut. On injecte sous la dure-mère une petite quantité de virus rabique, contenu dans le corps de pompe. Ce virus rabique n est aulie chose qu’une portion de la moelle épiijière ou du cerveau, prise sut un

animal enrage, et délayée avec tontes les précautions convenables, soit avec un peu d’eau pure, soit avec du bouillon stérilisé. On recoud les deux bords de l’incision, et on lave ensuite, avec de l’acide phénique qui est un antiseptique précieux.

Il arrive quelquefois que, dans le virus rabique pris ainsi sur le cerveau ou sur la moelle épinière, on laisse s’introduire, soit par l’eau, soit par le bouillon employé, soit par l’air, un microbe étranger quelconque, un germe qui se développe dans le cerveau et y occasionne un abcès dont l’animal meurt au bout de trente-six ou de quarantehuit heures. Mais ce cas est très rare aujourd’hui où sur 100 cas il ne s’en présente pas un exemple.

Un jeune aide intelligent, qui fait les opérations avec une extrême facilité, pourrait inoculer dans une journée, sans aucun accident, la rage à 50 chiens, à 100 lapins... Vous ne pourriez croire à la réalité de ces choses qu’en les voyant. Pour un lapin, il suffit de mettre quelques gouttes de chloroforme sur du papier, sous son nez; il s’endort en cinq minutes. L’incision, l’injection du virus, la suture de la peau, tout cela prend quatre ou cinq minutes tout au plus, et, très peu de temps après, l’animal se met à manger, tant il a été peu impressionné par l’opération, qui, au premier abord, semble quelque chose d’extraordinaire. Pour un chien, il faut dix minutes; pour un singe, il en faut cinq ou six : il est plus facile à chloroformiser que le chien. Enfin, toutes ces opérations sont extrêmement faciles.

Voilà donc le virus déposé en quantité aussi petite qu’on le veut à la surface du cerveau. Que se passe-t-il?

La rage se déclare toujours. Ce n’est pas une fois sur deux, trois fois sur cinq, dix fois sur vingt, vingt fois sur cent, que l’opération réussit : il n’y a jamais une exception.

En outre, la durée de l’incubation est singulièrement limitée. Le chien prend ainsi la rage en huit, dix, douze ou quatorze jours, un peu plus, un peu moins, parce qu’on peut restreindre ou allonger cette durée de l’incubation d’après la nature du virus et sa qualité; mais, en tout cas, elle est extrêmement raccourcie lorsqu’il y a morsure par un chien enragé.

Voilà une méthode toute de travail et d’expérience, propre à l’étude de cette maladie terrible, si mystérieuse, et qui permet de faire des recherches tout aussi facilement que sur des maladies ordinaires.

Je ne veux vous en citer qu’un exemple, qui vous frappera par sa netteté. Lorsqu’un homme est mordu par un chien enragé à la main ou au visage, quel est l’élément du système organique, tissu ou humeur, qui va transmettre le virus au cerveau ou à la moelle épinière, puisque

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c est dans ces parties que le virus se développe et amène tous les accidents et la mort? Est-ce l’élément nerveux, l’élément sanguin ou l’élément lymphatique? Eh bien, l’expérience que je vais mentionner prouve que certainement 1 élément sanguin — ce qu’on ignorait autrefois — peut transmettre le virus au cerveau et à la moelle épinière. Prenons un lapin, et, après avoir mis à nu une veine de l’oreille, inoculons dans la veine même le virus au moyen de la petite seringue dont j ai parlé. Supposez que l’on coupe ensuite, et sans retard, l oreille à 2 ou 3 centimètres au-dessous du point d’inoculation (l’oreille du lapin est très longue, et l’on peut faire l’inoculation au tiers supérieur). Supposez donc que I on coupe cette oreille, non avec des ciseaux ordinaires, mais avec les ciseaux du thermocautère, des ciseaux dont les branches sont creuses et dont l’incandescence est entretenue par de la vapeur d’éther. L’oreille est coupée de façon qu’il y a cautérisation de la surface de la plaie, en même temps que cette plaie est faite. Il en résulte qu’il n’y a pas de sang épanché, parce qu’il y a cautérisation complète. Au bout de très peu de temps, — l’incubation peut être très courte chez le lapin, — l’animal devient enragé. En conséquence, il n’est pas possible de dire que le virus n’a pas passé par le système sanguin, puisque c’est par là seulement qu’on l’a introduit dans l’organisme de l’animal. S’il y avait eu plaie saignante, on pourrait dire : le sang où le virus existait est revenu à l’oreille saignante, où il a trouvé béant des vaisseaux lymphatiques, des extrémités de nerfs coupés, et c’est par là que le virus s’est répandu. Mais, je le répète, cette objection ne peut être admise, parce qu’il y a cautérisation en même temps qu’incision. Donc le système sanguin peut transporter lç virus dans les parties nerveuses, là seulement où il se cultive et se développe.

Beaucoup d’autres expériences ont été faites, et en si grand nombre que je me perdrais dans les détails si je voulais les énumérer. Je ne vous cite celle-ci que pour vous montrer que l’on peut, en définitive, dans cette étude, relativement délicate et difficile, arriver, mathématiquement pour ainsi dire, à des preuves tout à fait certaines.

Mais, quand il s’agit d’une maladie contagieuse, et particulièrement de celle qui nous occupe, et qui est si terrifiante, la pensée se porte tout de suite à l’idée d’un remède. Comment se garantir de la rage, demande-t-on? Au point de vue de la guérison et de la disparition d’une maladie, il y a deux manières d’aborder les questions : essayer de guérir la maladie quand elle est développée, ou bien la prévenir quand elle n’existe pas encore.

J’avoue que jamais je n’ai songé, en pensant à une maladie, à lui

trouver un remède, mais toujours, au contraire, à trouver une méthode capable de la prévenir. On guérit peu de maladies quand elles sont développées; mais ne peut-on pas en prévenir beaucoup ?

Vous connaissez les recherches que je poursuis depuis plusieurs années sur les maladies contagieuses.

Vous savez que presque toutes les maladies virulentes sont des maladies qui ne récidivent pas. A chaque instant, vous entendez dire : Cette personne a eu la fièvre typhoïde, ou la rougeole, ou la variole; elle ne l’aura plus désormais ; on n’a ces maladies qu’une fois. Et cela même peut avoir lieu quand la maladie a été bénigne : une petite variole, qui a été loin d’être mortelle, empêchera ultérieurement, pendant de longues années, la variole mortelle de frapper l’individu.

Notre première étude a porté sur la maladie dite charbonneuse , dite charbon chez les bestiaux, chez les vaches, sang cle rate chez les moutons, etc. Ce que j’ai heureusement reconnu avec l’aide de collaborateurs dévoués, c’est que cette maladie, comme beaucoup d’autres étudiées depuis, est produite par des microbes, par de petits organismes microscopiques qui se développent dans des êtres supérieurs chez lesquels ils produisent des désordres qui amènent la maladie et la mort. Ces microbes constituent le virus, ils se développent et peuvent ultérieurement se communiquer à d’autres organismes, être transportés d’un individu affecté sur un autre, où ils trouvent un milieu de culture nouveau. C’est, en définitive, la vie des êtres microscopiques qui détruit la vie des grands êtres.

Je ne veux pas entrer dans le détail de la transformation du virus charbon en virus vaccin. Qu’il vous suffise de savoir qu’une méthode assez générale consiste dans l’action de l’oxygène de l’air. Les microbes virulents peuvent être cultivés au contact de l’air pur et subir plus ou moins longtemps l’action de l’oxygène. Par ce contact de l’oxygène de l’air, il arrive souvent que le virus prend des qualités nouvelles. Comment les choses se passent-elles? on ne saurait encore le dire sans doute; il faut considérer ici des influences de milieu. Je comparerais volontiers les effets de ces cultures à ceux qu’on observe sur les plantes de nos climats lorsqu’elles sont transportées sous les tropiques ou dans les régions froides. Petites et rabougries dans un cas, elles peuv ent changer de taille et de port sous les tropiques. Ramenées des tropiques dans les climats du nord, elles peuvent y reprendre leurs anciennes formes.

On peut atténuer la virulence des virus. Les virus ne sont pas, comme les médecins le croyaient, des entités plus ou moins invariables dénaturé et d’action physiologique. On sait aujourd’hui qu’ils peuvent

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revêtir tous les degrés de virulence ; ils ont un maximum, et on peut les faire descendre à un minimum, et à un minimum même, qui tout en pouvant donner lieu à des cultures très faciles, les rend incapables d’être cultivés dans le corps des animaux et, par conséquent, d’y amener la maladie et la mort. .. ,

D’autres moyens permettent de les remonter, c’est-à-dire de revenir de la virulence très affaiblie à la virulence maximum.

En ce qui concerne la rage, il fallait rechercher si le virus rabique, si mystérieux dans sa nature, et dans les singularités de la maladie à laquelle il donne lieu, était capable, lui aussi, de virulences diverses. Rien n’était plus simple à savoir, si on pouvait cultiver le virus à l’état de pureté.

Il y a, quant à présent, impossibilité d’appliquer au virus rabique la méthode d’atténuation des virus par l’oxygène. Il fallait recourir à une autre méthode. Certains virus peuvent se modifier en passant à travers des animaux ; en d’autres termes, au lieu de cultiver un virus microbien dans un milieu artificiel, on peut tenter de le modifier en le cultivant dans le milieu animal.

Le virus rabique peut subir, en effet, des changements dans le corps de diverses espèces animales. C’est un grand point.

Le virus rabique peut avoir des degrés de virulence variés, comme les autres virus ; il peut être rendu faible, il peut être très fort, et de même que le virus du charbon atténué garantit des effets du même virus charbonneux plus fort, que ce second virus garantit des effets du virus charbonneux mortel, de même on pouvait espérer que le virus rabique atténué, communiqué à un chien, n’amènerait pas la mort et que cependant il modifierait l’économie de telle sorte qu’un virus rabique garantirait d’un plus virulent, et qu’en dernière analyse, le virus rabique ordinaire n’amènerait plus la mort. C’est ce résultat que je communiquerai plus tard.

Si le chien peut être vacciné contre la rage, on peut espérer faire disparaître la rage, parce que jamais un homme n’a la rage que s’il a été mordu par un chien enragé ou par un animal qu’un chien enragé aura mordu. On peut prendre la rage d’un cheval, mais le cheval l’a prise de celle d’un chien; c’est toujours parle chien que la maladie a commencé. On pourrait donc faire disparaître la rage en rendant les chiens réfractaires à la rage.

Malgré ma confiance en cet avenir, on ne peut se dissimuler que, pendant bien longtemps encore, il y aura des chiens enragés et des hommes mordus pouvant mourir de la rage.

Mais voici un nouvel espoir.

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Je disais qu’il y a dans cette étrange maladie une période d’incubation qui est toujours longue.

Dès lors, ne pourrait-on tenter de rendre le chien réfractaire à la rage avant qu’il ne contracte la maladie mortelle provenant de la morsure ? Les études commencées sont très favorables à cette manière de voir. S’il en est ainsi, pourquoi ne pourrait-on agir de même pour l’homme, c’est-à-dire tenter de rendre l’homme réfractaire à la rage après la morsure ?

Mais il n’est pas facile de faire des expériences sur l’homme. Longtemps, j’ai pensé aux condamnés à mort : c’est devenu difficile de tourner les regards de ce côté. Mais, déjà à diverses reprises, se sont présentées à moi des personnes demandant à être soumises à des inoculations préventives.

Un professeur m’a écrit dans ces .termes fort touchants : « Monsieur, j’ai été mordu par un chien enragé, je commence à éprouver les symptômes de cette affreuse maladie. Je veux épargner à ma famille que j’adore le spectacle des dernières souffrances et de la mort par la rage. Je viens de mettre ordre à mes affaires. Ma famille ignore mes projets. Je quitte la ville que j’habite pour m’en aller loin d’elle, où vous pourrez me répondre. Je me mets entièrement à votre disposition, heureux de pouvoir être utile avant de mourir. Indiquez-moi un hôpital à Paris, je m’y rendrai et vous ferez de moi tout ce que vous voudrez. »

Je n’étais pas assez avancé pour oser répondre à cette personne de venir à Paris. Mais lorsque j’aurai multiplié mes expériences sur les chiens au point de vue de la possibilité de les rendre réfractaires à la rage après la morsure, je n’hésiterai certainement pas à accepter ces offres de dévouement à la science et à l’humanité.

Vous pouvez vous rassurer sur le sort de mon correspondant, qui, heureusement, n’était malade que d’imagination. Il avait été mordu par un chien parfaitement enragé. Il s’était fait cautériser. Avant de se faire cautériser et, aussitôt après avoir été mordu, il avait porté son doigt blessé à la bouche comme pour sucer instinctivement, machinalement, le sang qui coulait de la plaie; et, onze jours après, il ressentait des symptômes étranges. — Quand j’avale ma salive, m’écrivait-il, j’éprouve une sensation d’âcreté très prononcée, comme de l’oppression, et mon estomac se gonfle.

Ces détails révélaient un fait qui, pour moi, prouvait que ces symptômes étaient étrangers à la rage. Les effets du mal ne se manifestent jamais au bout de onze jours. Il n’y a guère que dans mon laboratoire que l’on pourrait voir cela, parce que j’ai les moyens d’abréger consi-

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dérablement la durée de l’incubation du virus. J’ai expliqué à cette personne qu’il existe beaucoup de microbes dans la bave d’un chien enragé, outre le virus rabique. Ces microbes ne sont pas, à tous égards, inofïensifs ; cependant ils n’amènent pas la mort; mais ils peuvent déterminer des abcès. Il est très probable que, lorsque cette personne avait essuyé son doigt sur ses lèvres, un de ces microbes était resté à la surface de sa lèvre où il y avait peut-être une petite excoriation. Une altération avait pu se produire, à laquelle la rage était tout à fait étrangère. Depuis lors, en passant la langue sur sa lèvre à cet endroit, il pouvait en résulter une sensation d’âcreté ayant un retentissement jusque dans l’estomac.

Je lui donnai cette explication de l’origine de l’âcreté qu’elle ressentait.

La personne dont je vous parle, convaincue alors que son mal était imaginaire, retourna dans sa ville où elle se porte présentement très bien.

Mais, pour en revenir à ce que je disais tout à l’heure, il est évident que j’aurai très souvent des communications du genre de celle dont je parle. et je céderai à la tentation d’essayer la prophylaxie dont il s’agit, mais seulement quand j’aurai acquis la certitude de pouvoir prévenir le mal chez le chien. N’étant pas médecin, je prierai un médecin de vouloir bien m’assister, afin de ne pas faire de la médecine illégale. Je ne ferai ces essais, je le répète, qu’après avoir multiplié les mêmes épreuves sur les animaux, sur les chiens, sur les singes, et particulièrement sur l’espèce bovine qui paraît prendre la rage beaucoup plus facilement que l’homme ou que le chien à la suite de morsures.

Voilà ce que j’avais à vous dire de la rage et de mes expériences.

DISCOURS

PRONONCE AU BANQUET DES FÊTES DU TRICENTENAIRE DE L’UNIVERSITÉ D’ÉDIMBOURG (')

Messieurs,

Nous avons en France un proverbe dont je ne vous garantis pas l’exactitude, mais comme je vais m’en servir, vous me permettrez d’en faire une vérité. Ce proverbe dit : « Il n’y a que la variété qui plaise. » Vous avez entendu d’éloquentes paroles en anglais et en allemand. Je vous parlerai en français. Ma préférence, il est vrai, obéit à une raison majeure, et ceci me rappelle une anecdote. Henri 1\ , après une conquête, parcourait la contrée soumise. Un prévôt lui dit : « Sire, nous n’avons pas tiré le canon à votre approche pour cent raisons, toutes plus fortes les unes que les autres. La première, c’est que nous n’avions pas de canon. » — « Je vous dispense, répondit Henri IV , des quatre-vingt-dix-neuf autres. » Vous me dispenserez également, messieurs, de toutes les bonnes raisons que je pourrais invoquer si je vous dis simplement que je ne sais pas l’anglais. Vous m’avez demandé de venir au milieu de vous et de vous adresser quelques paroles. \ otre invitation m’a rendu très fier. J’ai traduit l’expression de votre désir en pensant que j’avais pu contribuer au progrès delà science. Vous m’avez en outre comblé de joie, parce que j’ai toujours aimé la jeunesse. Du plus loin qu’il me souvienne de ma vie d’homme, je ne crois pas avoir abordé jamais un étudiant sans lui dire : Travaille et persévère; le travail amuse vraiment et seul il profite à l’homme, au citoyen, à la patrie. A plus forte raison vous tiendrai-je ce langage. L’âme commune, si je puis ainsi parler, d’une assemblée de jeunes gens est formée tout entière des sentiments les plus généreux, parce qu’elle est voisine encore de l’étincelle divine qui anime tout homme à son entrée dans le monde. La preuve de cette affirmation, vous venez de me la

1. In : Records of the tercentenary Festival of the University of Edinburgh, celebrated in april 1884. Edinburgh and London , 1885, Blackwood and Sons, in-4°; p. 113-114.

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donner. En vous voyant applaudir comme vous venez de le faire les hommes qui s’appellent de Lesseps, Helmholtz, Virchow, je me suis senti ému jusqu’au fond de l’âme. Votre langue a emprunté à la nôtre le beau mot d’enthousiasme. Les Grecs nous l’avaient légué : ’Ev 0eoç, un dieu intérieur. C’est sous l’impression d’un sentiment presque divin que tout à l’heure vous avez acclamé ces hommes supérieurs. Un de nos écrivains qui a le mieux fait connaître en France et en Europe la philosophie de Reid et de Dugald Stewart disait en s’adressant à la jeunesse dans l’avant-propos du meilleur de ses ouvrages : « Quelle que soit la carrière que vous embrassiez, proposez-vous un but élevé. Ayez le culte des grands hommes et des grandes choses. » Les grandes choses ! Vous en avez un exemple sous les yeux. Ce centenaire ne restera-t-il pas comme un des plus glorieux souvenirs de l’Ecosse ? Les grands hommes! Dans quel pays, en vérité, leur mémoire est-elle plus honorée que dans votre patrie ? Mais si le travail doit être le fond de votre vie, si le culte des grands hommes et des grandes choses doit s’associer à toutes vos pensées, cela ne suffît pas encore. Efforcez-vous d’apporter dans tout ce que vous entreprendrez l’esprit de méthode scientifique fondée sur les œuvres immortelles des Galilée, des Descartes et des Newton. Vous surtout, étudiants en médecine de la célèbre Université d’Édimbourg, qui, formés par des maîtres éminents, avez des droits aux plus hautes ambitions scientifiques, inspirez-vous de la méthode expérimentale! C’est à ses principes que l’Écosse doit les Brewster, les Thomson et les Lister.

DISCOURS PRONONCE

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