PRONONCEE A LILLE, LE 29 MAI
DANS LA SÉANCE SOLENNELLE DE LA SOCIÉTÉ DE SECOURS DES AMIS DES SCIENCES] (*;.
Vous avez voulu me donner ce soir la surprise que l’on éprouve quand, à la fin d’une journée d’été, le ciel prend des teintes très douces, comme si c’était une nouvelle aurore. Il me semble que rien n’est changé à Lille depuis l’époque très lointaine où j’avais l’honneur et la joie de professer à votre Faculté.
C’est le même mouvement d’esprit, la même cordialité. Je retrouve des visages amis comme celui de votre président de la Société des sciences. Tout me donne l’illusion que je pourrais recommencer ici même un de mes cours d’autrefois. Illusion, hélas! de courte durée. Ma voix est si faible qu’elle franchit à peine les premiers bancs. Mais j’ai voulu venir jusqu’ici, avec mes chers confrères de l’Académie des sciences, pour vous recommander les savants malheureux et leurs familles.
Au mois d’avril 1857, peu de semaines avant de mourir, le fondateur de cette Société, le baron Thénard, écrivait que la Chambre de commerce de Lille avait, une des premières, apporté à cette grande œuvre sa généreuse souscription. Depuis cette date, vous n’avez jamais cessé de soutenir la Société de secours des Amis des sciences. Je vous remercie au nom de nos pensionnaires et de tous ceux qui vous doivent l’allègement de leurs souffrances.
Messieurs, en fait de bien à répandre, le devoir ne cesse que là où le pouvoir manque. Votre ville s’est toujours inspirée de cette pensée. Aussi représente-t-elle, pour tous ceux qui ont vécu chez elle et qui savent son histoire, les grandes vertus et les grandes qualités qui font les grandes villes : l’esprit d’initiative, le courage, le goût des arts, la générosité.
1. In : Compte rendu du 34e exercice de la Société de secours des Amis des sciences. Paris. 1894, Gauthier-Villars et fils, brochure in-8°; p. 31-32.