‹ Œuvres de Pasteur (volume 3)Chapitre 150 sur 166 · OBSERVATIONS A L’OCCASION DU PROCÈS-VERBAL · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS A L’OCCASION DU PROCÈS-VERBAL

Je n’assistais pas au début de la dernière séance, lorsque M. le Président a donné lecture de la lettre de la Section de médecine et de chirurgie (*).

Une personne obligeante m’avait retenu hors de la salle. Elle a bien fait. J’aurais été trop ému pour remercier comme il convenait mes Confrères de l’honneur excessif qu’ils me réservent. Aujourd’hui encore, je ne puis exprimer tout ce que je ressens d’émotion et de reconnaissance.

DISCOURS

[PRONONCÉ PAR PASTEUR, LE 27 DÉCEMBRE 1802, A L’OCCASION DE SON JUBILÉ] (3)

Monsieur le Président de la République,

Votre présence transforme tout : une fête intime devient une grande ■fête et le simple anniversaire de la naissance d’un savant restera, grâce à vous, une date pour la science française.

1. Comptes rendus de V Académie des sciences, séance du 14 novembre 1894, CXV, p. 761.

2. Dans cette lettre, la Section proposait de célébrer le soixanle-dixièmc anniversaire de la naissance de Pasteur [Comptes rendus de V Académie des sciences, séance du 7 novembre 1892, CXV, p. 697-698. (Note de l'Édition.)

3. In : Jubilé de M. Pasteur. Paris. 1893, Gauthier-Villars et fils. in-4°: p. 24-26.

« La voix trop émue de Pasteur n’aurait pu être entendue jusqu’à l'extrémité du grand amphithéâtre de la Sorbonne; scs remerciements furent lus par son (ils. » (René Vat.leuy- Radot. La Vie de Pasteur, Paris, Hachette éd., p. 666.) [Notes de l'Édition. }

Monsieur le Ministre,

Messieurs,

A travers cet éclat, nïà première pensée se reporte avec mélancolie vers le souvenir de tant d’hommes de science qui n’ont connu que des épreuves. Dans le passé, ils eurent à lutter contre les préjugés qui étouffaient leurs idées. Ces préjugés vaincus, ils se heurtèrent à des obstacles et à des difficultés de toutes sortes.

Il y a peu d’années encore, avant que les pouvoirs publics et le Conseil municipal eussent donné à la science de magnifiques demeures, un homme que j’ai tant aimé et admiré, Claude Bernard, n’avait pour laboratoire, à quelques pas d’ici , qu’une cave humide et basse. Peutêtre est-ce là qu’il fut atteint de la maladie qui l’emporta! En apprenant ce que vous me réserviez ici, son souvenir s’est levé tout d’abord devant mon esprit : je salue cette grande mémoire.

Messieurs, par une pensée ingénieuse et délicate, il semble que vous ayez voulu faire passer sous mes yeux ma vie tout entière. Un de mes compatriotes du Jura, le maire de la ville de Dole, m’a apporté la photographie de la maison très humble où ont vécu si difficilement mon père et ma mère. La présence de tous les élèves de l’Ecole Normale me rappelle l’éblouissement de mes premiers enthousiasmes scientifiques. Les représentants de la Faculté de Lille évoquent pour moi mes premières études sur la cristallographie et les fermentations qui m’ont ouvert tout un monde nouveau. De quelles espérances je fus saisi quand je pressentis qu’il y avait des lois derrière tant de phénomènes obscurs ! Par quelle série de déductions il m’a été permis, en disciple de la méthode expérimentale, d’arriver aux études physiologiques, vous en avez été témoins, mes chers confrères. Si parfois j’ai troublé le calme de vos Académies par des discussions un peu vives, c’est que je défendais passionnément la vérité.

Vous enfin, délégués des nations étrangères, qui êtes venus de si loin donner une preuve de sympathie à la France, vous m’apportez la joie la plus profonde que puisse éprouver un homme qui croit invinciblement que la science et la paix triompheront de l’ignorance et de la guerre, que les peuples s’entendront, non pour détruire, mais pour édifier, et que l’avenir appartiendra à ceux qui auront le plus fait pour l’humanité souffrante. J’en appelle à vous, mon cher Lister, et a vous tous, illustres représentants de la science, de la médecine et de la chirurgie.

Jeunes gens, jeunes gens, confiez-vous à ces méthodes sûres, puis-

santés, dont nous ne connaissons encore que les premiers secrets. Et tous, quelle que soit votre carrière, ne vous laissez pas atteindre par le scepticisme dénigrant et stérile, ne vous laissez pas décourager par les tristesses de certaines heures qui passent sur une nation. Vivez dans la paix sereine des laboratoires et des bibliothèques. Dites-vous d’abord : « Qu’ai-je fait pour mon instruction?» Puis, à mesure que vous avancerez : « Qu’ai-je fait pour mon pays? » jusqu au moment où vous aurez peut-être cet immense bonheur de penser que vous avez contribué en quelque chose au progrès et au bien de l’humanité. Mais, que les efforts soient plus ou moins favorisés par la vie, il faut, quand on approche du grand but, être en droit de se dire : « J’ai fait ce que j’ai pu. »

Messieurs, je vous exprime ma profonde émotion et ma vive reconnaissance. De même que, sur le revers de cette médaille, Roty, le grand artiste, a caché sous des roses la date si lourde qui pèse sur ma vie, de même vous avez voulu, mes chers confrères, donner à ma vieillesse le spectacle qui pouvait la réjouir davantage, celui de cette jeunesse si vivante et si aimante.

ALLOCUTION

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