‹ Œuvres de Pasteur (volume 3)Chapitre 2 sur 166 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

DU TOME YII

« De la vie des hommes qui ont marqué leur passage d’un trait de lumière durable, recueillons pieusement pour l’enseignement de la postérité jusqu’aux moindres paroles, aux moindres actes propres à faire connaître les aiguillons de leur grande âme. »

Nous nous sommes inspiré de ces paroles de Pasteur. La moindre pensée, le moindre mot de lui, publiés ou notés dans ses Cahiers et dignes d’être retenus, ont été reproduits dans ses Œuvres. Nous n’avons rien omis, afin que fussent connus dans leur vérité les idées et les sentiments de Pasteur. Ainsi auront été rassemblés, en ces sept volumes, tout ce qu’il a écrit, sauf ses lettres, la plupart d’ordre intime, qui trouveront leur place dans une autre publication.

Les six premiers tomes des Œuvres de Pasteur sont le témoignage de la magnifique ordonnance de la pensée de Pasteur, depuis les travaux sur la dissymétrie moléculaire jusqu’aux recherches sur la prophylaxie de la rage.

Dans ce septième et dernier tome, nous avons réuni des pages scientifiques et littéraires, presque toutes en dehors du cadre des recherches que Pasteur poursuivait (*).

Pasteur était, en science, curieux de tout. Pour ne pas s’écarter de la route qu’il s’était tracée, il lui fallait une sévère discipline, mais n’était-il pas entraîné avec passion vers l’étude de la transformation de la matière organique par les microorganismes?

Les notes, publiées ou inédites, que 1 on a pu retrouver de lui, sur les sujets les plus divers, n’ont été, dans sa vie scientifique, que des épisodes, mais combien révélateurs de sa façon de se saisir d’un

1 Cependant nous avons inséré dans ce volume quelques pages sur les sujets des tomes précédents, pages inédites que nous avons trouvées récemment dans les papiers de Pasteur.

sujet! « Il éclaire tout ce qu’il touche », disait un de ses maîtres. Il ordonne sa pensée selon un mode toujours simple. Il aime la précision. Il étudie les moindres détails parce qu’ils lui semblent pouvoir donner l’explication de l’ensemble. Son jugement est toujours sain. Son imagination est sans cesse en éveil. Sa pensée atteint parfois des profondeurs qui nous donnent le vertige. Il a la prescience de l’avenir scientifique. Ses discours, ses articles, ses pages littéraires sont d’une élévation morale et, en même temps, d’une puissance de style que l’on ne trouve que dans les écrits des hommes supérieurs. Dans sa pensée et dans son ame, tout est vérité et droiture. Il a l’aversion du désordre dans les mœurs comme dans les esprits. Il aime la discipline dans la vie sociale comme dans 1 expérimentation. Il est un homme de tradition. Autant il est révolutionnaire en science, autant il respecte certaines conventions qu il estime utiles à la cohésion morale d’une nation. Le scepticisme et 1 ironie lui sont étrangers, car en lui rien n’est artificiel. Il est tout d un bloc. Ce qui domine dans ses écrits, c’est 1 enthousiasme : à la fin de sa vie il est ardent, passionné, comme il l’était à trente ans.

A lire ces pages, on aime davantage Pasteur parce qu’on le sent toujours sincère. Il est vrai dans son amour envers son père. Il est vrai dans son dévouement envers ses maîtres. Il est vrai dans son ardeur patriotique. Il est vrai dans son désir de soulager la souffrance. Il est toujours profondément humain.

Les siècles passeront, mais son œuvre demeurera. Et, comme un écho de ses propres paroles, les hommes diront : « Telle celle de Lavoisier et de Newton et des rares génies qu’il est permis de leur comparer, elle restera toujours jeune. Certains détails pourront vieillir, comme des formes et des modes d’un autre temps; mais le fond, la méthode constituent un de ces grands aspects de l’esprit humain dont les années augmentent encore la majesté. C’est dans ces modèles achevés qu il faut contempler, pour la comprendre, la marche de la pensée déchirant les voiles de l’inconnu. »

PASTEUR VALLERY-RADOT

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