‹ Œuvres de Pasteur (volume 3)Chapitre 36 sur 166 · VINGT-QUATRE PROPOSITIONS SUR LE MICROBE DU CHOLÉRA DES POULES · texte numérisé non relu

VINGT-QUATRE PROPOSITIONS SUR LE MICROBE DU CHOLÉRA DES POULES

I. Le virus virulent, ou plutôt un virus virulent ne s’atténue pas, bien au contraire, en passant dans des poules vaccinées, dans des poules neuves ou dans des cultures successives indéfinies, sans cesse reproduites et autant de fois qu’on le désire.

II. Il n’en est pas ainsi d’un virus atténué. Sa virulence peut rester la même, en général, dans les cultures, dans les cobayes, mais non dans les poules. Elle s’y exalte. Il est probable que cela tient à ce qu’il existe dans un virus atténué ou virulent (non au maximum) deux virus, l’un très virulent, l’autre très atténué, et que dans la poule l’atténué disparaît par un ou deux ou trois passages au plus, pour laisser la place au très virulent. Il y aurait un grand intérêt à arriver à un atténué qui ne changeât pas dans les poules. Il est vrai que cela n’est peut-être pas possible : il se peut qu’il soit dans la nature de Yatténué de se transformer dans la poule en très virulent progressivement y1 2).

III. Un bouillon acide, qui ne cultive pas une semence prise dans une culture de huit jours ou plus vieille, peut cultiver facilement cette semence si elle est extraite de cette plus ou moins vieille culture qu’on vient de rajeunir.

IV. Le microbe du choléra des poules meurt, c’est-à-dire perd toute faculté de développement, par une exposition de cinq minutes dans un bain d’eau à 55 ou 60° au plus.

V. J’ai vu des sangs où le microbe, au moment de la mort, était en si petite quantité qu’il y était, en quelque sorte, par places, par unité, car une goutte cultivait, une autre non.

1. Note manuscrite, inédite, rédigée en 1880. Pasteur a utilisé une partie de ce texte pour sa Communication du 26 octobre 1880 à l’Académie des Sciences (voir tome VI des Œuvres de Pasteur, p. ,123-330). En tete de cette note Pasteur a écrit : « Vingt-quatre propositions que je n'ai pu, par crainte d’abuser, introduire dans la Note académique que je viens de rédiger en avril 1880 à Arbois et dont les preuves se trouvent dans les pages 21 à 134 du 80 registre de mes expériences ». Et il a ajouté : « Très utile à conserver pour rédactions ultérieures de Notes académiques. » La Note académique rédigée en avril 1880 est celle « Sur le choléra des poules ». (Voir tome VI des Œuvres de Pasteur, p. 303-312).

2. La réponse est donnée dans la Note suivante. ( Notes de V Édition.)

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\I. Le microbe est dans le sang quelquefois plus de vingt-quatre heures avant la mort, d’autres fois quelques heures seulement, d’autres fois une heure et même moins avant la mort, enfin il peut n’y être pas encore au moment de la mort, ce qui est rare. En général, avant la mort et au moment de la mort, il est en très petite quantité dans le sang, souvent difficile à accuser par le microscope; mais il se cultive promptement dans le sang après la mort.

Fréquemment on ne le rencontre pas par le microscope dans le sang, alors que cependant ce sang cultive dans le bouillon neutre facilement.

\ H* M* Toussaint n’a jamais pu [le] cultiver, dans l’urine neutre, à l’état de pureté, moins encore a-t-il pu faire des cultures successives. Il n aurait pas su préparer de l’urine neutre pure, non altérable. Dès la première culture, il aurait eu un milieu très altéré, parce qu’il y a dans 1 urine neutre un retard dans la culture, pendant lequel l’altération se serait produite. Il a su par une de mes lettres qu’il avait affaire à un microbe spécial et il a dit : je le cultive. Il n’a pu que mettre beaucoup de sang dans de l’urine neutralisée, puis inoculer avec ce mélange et tuer. Cela ne prouve rien pour le parasitisme de la maladie, dont la preuve exige les cultures répétées.

VIII. Le mal s’accuse le plus souvent par un très grand sommeil avant toute présence du microbe dans le sang. Le sommeil est dû probablement à un narcotique développé par le microbe, comme je l’explique dans ma Note académique [voir p. 310, tome VI des Œuvres de Pasteur] (*).

IX. Signaler la difficulté de la putréfaction des animaux morts par le microbe.

X. Il ne faut pas inoculer trop tôt le virus virulent après une première inoculation préventive, parce que le microbe est encore présent et que l’animal, ayant à suffire à deux réparations , peut mourir par la superposition des deux effets (2).

XL II y a péricardite fréquente, souvent bien avant que le microbe soit dans le sang.

XII. Le microbe desséché meurt très vite, en deux ou trois jours au plus.

XIII. La séquestration est bien plus rapide parle virus-vaccin. Cela se comprend, puisque le virus virulent tue; mais cela est vrai même dans le cas où il y a guérison à la suite de l’inoculation du virus virulent.

1 et 2. Ces paragraphes étant rédigés dans un style elliptique, nous avons dû en modifier un peu la forme. (Note de l'Édition.)

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XIV. Le séquestre peut être déjà libre dans sa cavité et en voie de résorption et les muscles autour être encore propres à la culture, le microbe étant encore vivant (').

XV. Les poules très malades à la suite d’une première inoculation et qui guérissent peuvent être et sont en général bien vaccinées, quel que soit le virus inoculé, fort ou faible. C’est que la culture dure longtemps dans ce cas et a le temps d’enlever du corps tous les principes favorables à une nouvelle culture (2).

XVI. Les poules chétives sont atteintes mortellement, toutes choses égales, bien plus facilement que les poules fortes, en très bonne santé.

(Rapprocher de ce fait celui de la préservation des sujets au temps de la variole).

XVII. Différence énorme des cobayes jeunes et vieux sous le rapport des effets de l’inoculation, c’est-à-dire de la culture dans le corps. L’âge doit amener une disparition progessive des matériaux propres à la vie du microbe. C’est ainsi que, dans l’espèce humaine, la rougeole, la scarlatine, la fièvre typhoïde, la variole même, sont nulles ou très rares chez les individus âgés.

XVIII. Un premier passage, dans une poule qui en meurt, de nos virus atténués fait apparaître une virulence exaltée, mais elle s’exalte encore par un second et un troisième passage, ce qui prouve que cet accroissement de la virulence est progressif.

XIX. Un virus virulent est resté très virulent à la suite d’un séjour de huit jours, et une autre fois de vingt-quatre jours, dans un bouillon acide, même voisin par son acidité du point où l’acidité arrête toute culture. Mais il ne faut pas s’y tromper : cela ne prouve pas qu’il n’est pas alors affaibli, car il faut bien peu de [virus] très virulent restant pour tuer dix fois sur dix fois. Il est possible qu’en réalité il y ait grande diminution dans la proportion du [virus] très virulent.

XX. Il y a encore séquestre non entièrement résorbé alors que, depuis longtemps déjà, toute culture des muscles voisins devient impossible dans le bouillon neutre.

XXL Quelquefois il y a fausse vaccine, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de culture [dans l’organisme de la poule vaccinée], ou une culture qui s’arrête tout de suite, et cependant quelque temps après il peut y avoir reprise [de culture à la suite] d’une inoculation nouvelle.

XXII. L’inoculation à la cuisse paraît donner un sommeil plus

1 et 2. Même remarque que pour les notes 1 et 2 de la page précédente. [Note de l'Édition.)

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piofond que si elle est faite au muscle pectoral. C’est sans doute que par la cuisse le passage dans les nerfs est plus facile.

XXIII. La rapidité de la rigidité cadavérique [après inoculation du microbe] est bien plus grande que par une cause de mort autre que le microbe. Le microbe paraît donc enlever quelque chose de ce qui fait la non-rigidité.

XXn . Ce qui accuse bien les réceptivités individuelles variables, c est que le virus-vaccin le plus atténué peut vacciner certaines poules pai une seule inoculation. Toutefois, cette vaccination ne va pas généralement jusqu à empêcher culture et maladie ultérieures. Mais elle fait que la guérison du mal est possible, qu’il n’y a pas mort.

Arbois, ce 15 avril 1880.

[SUR LA VIRULENCE DU MICROBE DU CHOLÉRA DES POULES] (i)

Il y a beaucoup de preuves qu’un mélange [composé de] beaucoup de [virus] non-virulent et de trace de [virus]virulent tue dix fois sur dix. Ceci posé, puisqu’une culture virulente abandonnée à elle-même perd sa virulence avec le temps et progressivement, tant que la partie modifiée plus ou moins sera melée à une tiace de virulent primitif les épreuves de la virulence de la culture donneront la mortalité maximum de 10 sur 10 et 1 atténuation de la partie déjà transformée sera masquée à tous ses degrés. Lors donc qu’on abandonne à ellemême une culture très virulente pour l’essayer à intervalles de temps variables, il se peut qu’on trouve pendant plusieurs mois constamment une virulence maximum, comme si la virulence ne se modifiait pas. Ce n’est pas qu’elle ne se modifie pas, au moins dans son ensemble, c’est que la modification est masquée. Il arrive quelquefois que la virulence, après avoir duré plusieurs mois, s’éteint en quelques jours et avec elle simultanément on constate que la culture est morte, non cultivable désormais. C’est que la partie transformée a eu le temps de mourir et que la virulence avait dû rester protégée de l'influence de l’air en quelque partie cachée, soustraite à l’air dans des couches profondes, recouvertes.

Il est très probable que la virulence ne s’atténue jamais à l’abri de l’air, qu’elle ne peut que s’éteindre, comme on voit la bactéridie pleine, en filaments, ne pas se conserver dans le vide ou dans les gaz inertes, mais s’y résorber en granulations mortes et inofïensives. Les germes seuls se conservent dans ces conditions.

Si le microbe du choléra des poules n’a pas de germes proprement dits, s’il est dans l’état de la bactéridie en fils pleins, à l’abri de l’air il passera de vie à trépas sans modification intermédiaire; à l’air seulement il se modifiera, perdra progressivement sa virulence avant de s’éteindre.

1. Note manuscrite, inédite, écrite en 1880. (Note de l'Édition.)

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C’est ainsi que les choses paraissent se passer. Les faits si nombreux que j’ai observés s’expliquent dans cette manière de voir.

Mais je viens d’employer un mot qui demande explication : c’est celui de modification progressive du virus. La modification progressive d’un être microscopique, qui se traduit et s’affirme par un changement incessant dans une virulence qu’on doit vraisemblablement considérer comme un effet de multiplication de cet être dans un organisme supérieur, est tellement en dehors de tout ce que nous savons des manifestations actuelles de la vie que je résiste depuis plus d une année à en accepter les conséquences. Une hypothèse tout autre est conciliable avec les faits. Ne se peut-il pas, en effet, qu’il n’existe que deux virus du choléra, l’un très virulent, toujours mortel, 1 autre très atténué, n’amenant pas la mort, qui résulterait d une modification du premiei par l’air et dont le mélange en diverses proportions avec celui-ci donnerait lieu à toutes les virulences imaginables? J’ai multiplié à l’infini, si je puis ainsi parler, les épreuves expérimentales pour faire surgir la vérité de cette séduisante hypothèse, et je dois déclarer que j ai été vaincu. J’emploie cette expression parce que je croyais cette hypothèse exacte, et que je me suis acharné à la démontrer. Elle eût été si naturelle, elle eût tant rapproché les faits de virulence à tous les degrés d’inductions scientifiques actuellement permises que je ne 1 ai abandonnée qu’à mon corps défendant. Il y avait un critérium de la vérité ou de l’erreur. Dans le cas où je pourrais obtenir un virus atténué du choléra des poules qui ne tuerait pas, qui provoquerait le mal, mais s’arrêterait et se résorberait devant la résistance vitale de la poule

avant de donner la mort, j’aurais vraisemblablement le second terme dont je viens de parler, le second virus, celui qui, mêlé au virulent, ferait les virulences progressives. Ce virus cultivé se reproduirait semblable à lui-même, non seulement dans des milieux de culture artificiels, mais dans le corps des animaux. Eh bien, ce virus atténué au point de ne plus provoquer la mort par inoculation je le possède. U s’est présenté naturellement à moi dans mes cultures pour l’obtention des virus atténués par le contact de l’air, non pas une fois, mais plusieurs. Toutefois comment s’assurer que ce virus est un être suigeneris capable de se reproduire identique à lui-même dans toutes les circonstances ou qu’il est susceptible de modifications incessamment progressives, qu’enfin il peut revenir par gradations successives à la grande virulence de 10 morts sur 10, de 20 morts sur 20 ? Voici le moyen d’y parvenir. L’inoculation, ai-je dit, de ce virus atténué amène la maladie et non la mort. La maladie, elle, amène la fièvre. En conséquence, quoi de

plus simple, peut-être, que d’accroître la maladie et de provoquer la mort !

On n’a jamais eu ce résultat, c’est vrai, avec le vaccin humain. On ne connaît pas un seul exemple avéré de mort par le vaccin; mais un essai de vaccination sur tout le corps, qui serait un crime dans l’espèce humaine, est possible chez les poules avec notre virus-vaccin du choléra des poules. Faisons donc des inoculations multipleset simultanées à un certain nombre de poules à l’aide de notre virus-vaccin. L’expérience démontre qu’on a quelquefois la mort. Reprenons le virus dans le sang de la poule morte ; inoculons-le également par inoculations multiples et simultanées. Or, il arrive, sans que l’expérience laisse la moindre place au doute, que la mortalité à la suite d’une seule inoculation s’accroît de plus en plus, c’est-à-dire qu’il y a retour à la virulence maximum.

Je ne crois pas, en présence de ces faits, qu’on puisse douter que le microbe du choléra des poules, par sa culture et son séjour dans le corps de la poule, reprenne de la virulence, c’est-à-dire qu’ayant vécu et ayant formé un grand nombre de générations successives dans ce milieu, il devient plus apte à s’y propager et a vaincre la résistance vitale de l’animal, à peu près comme on voit une race d’hommes ou d’animaux s’acclimater peu à peu dans un pays nouveau, y prospérer et résister peu à peu à des causes naturelles de maladie et de destruction. Qui sait même si l’on ne doit pas voir ici, en se plaçant au point de vue du transformisme, un exemple d’une modification de race par la multitude infinie de générations successives, accomplies dans un temps très court à l’intérieur de l’organisme de la poule. S’il faut des millions de générations et des milliers d’années dans une espèce déterminée pour qu’elle s’adapte à des conditions de milieu et qu’elle y revête des modifications stables, n’oublions pas que c’est par milliards qu’on peut compter les générations formées, dans un temps relativement très court, par le microbe du choléra après qu’il a été inoculé à la poule. Il se peut que le phénomène si exigu et si misérable en apparence de la vie d’un parasite microscopique nous offrît un exemple des transformations plus ou moins profondes que les grandes espèces de la création mettent un temps immense à accomplir. N’oublions pas, a ce propos, ce fait vraiment remarquable que le maximum de virulence dans le microbe du choléra nous a été offert par le microbe retiré des poules malades de cette affection [lorsqu’elle est à l’état] de maladie chronique. Il semble donc que, plus est prolongée dans le

corps de 1 animal la présence du petit parasite, plus grande devient sa virulence

SUR LA DURÉE DE LA PRÉSERVATION DU CHOLÉRA DES POULES PAR DES INOCULATIONS PRÉVENTIVES DE SON VIRUS ATTÉNUÉ

[Avec la collaboration de M. Thuillier] (4)

Le choléra des poules, maladie très virulente, est produit par un microbe. Le temps et l’action de l’air diminuent la virulence de cet organisme microscopique jusqu’à la rendre nulle. Chacun des états intermédiaires peut être fixé dans des cultures artificielles, capables de jouer le rôle de vaccin pour une ou plusieurs des virulences supérieures. On peut, par des inoculations préventives, vacciner à tous les degrés, vacciner peu, vacciner beaucoup, vacciner au maximum, c’est-à-dire pour le virus le plus virulent. Suivant la réceptivité individuelle, un vaccin, toutes choses égales d’ailleurs, préserve plus ou moins.

Quelle est la durée de l’immunité acquise par les inoculations préventives? On peut s’en rendre compte en pratiquant après des temps variables sur les sujets vaccinés des inoculations de virus virulent.

Le 21 février 1880, dix poules déjà vaccinées par des inoculations préventives antérieures sont vaccinées au maximum par une dernière inoculation d’un virus très virulent.

Le 28 mars suivant, elles sont réinoculées par un virus très virulent. Elles n’en éprouvent pour ainsi dire aucun ellet.

Au mois de mai, deux mois et demi après leur vaccination maximum, on les réinocule de nouveau par un virus très virulent. Une meurt; les autres sont malades mais survivent.

On peut donc conclure qu’après un intervalle de deux mois et demi, la perle partielle — totale même quelquefois — de l’immunité se manifeste.

On a continué ces expériences en 1881.

Ayant vacciné en 1880, soit intentionnellement, soit par les néces-

1. Note inédite, rédigée en avril 1881 et revue par Pasteur en octobre 1884. En marge Pasteur a écrit : « A publier, Arbois, le 11 octobre 1884. L. P. »

sités de mes recherches, un grand nombre de poules, cent cinquante environ, on les a soumises aux observations suivantes :

On a pris d’abord au hasard vingt d’entre elles, depuis fort longtemps très bien guéries de leurs inoculations préventives, on les a inoculées par un virus très virulent qui tuait vingt poules ordinaires sur vingt en moins de quarante-huit heures (1). L’expérience eut lieu un an après les vaccinations. De ces vingt poules vaccinées depuis un an, toutes furent malades plus ou moins et cinq seulement ont résisté, les quinze autres sont mortes. En conséquence, l’immunité acquise pour le choléra des poules par des inoculations préalables de leurs virus atténués s’est éteinte en moins d’une année pour les trois quarts des sujets vaccinés.

Afin de comparer l’effet produit à celui qu’on obtiendrait par les réinoculations d’un virus moins virulent, on a prélevé de nouveau 20 poules dans le lot des vaccinées depuis un an et on les a inoculées par un virus qui, essayé pour sa virulence sur 20 poules neuves, en a tué 13. Or, ce même virus appliqué aux 20 poules vaccinées en a fait périr 6 seulement.

L immunité acquise est donc chose tout à fait relative et variable avec 1 intensité de virulence du virus qui frappe. Un animal est vacciné pour un vii us, il ne 1 est pas pour un autre de même nature, mais plus actif.

Ne croirait-on pas, en comparant les résultats qui précèdent, relatifs a la piéservation du choléra des poules, aux faits de préservation de la variole humaine par la vaccine que l’immunité pour le choléra a une durée beaucoup moindre que l’immunité vaccinale de la variole? En réalité, toute comparaison de cette nature est impossible. La méthode que nous venons d’appliquer cà la recherche de l’immunité du choléra des poules n a jamais été suivie, excepté dans quelques observations isolées, pour juger de l’efficacité de la vaccine humaine. Dans ce dernier cas, on a recours, le plus souvent, à des statistiques. On

de BézÏÏf m’trfvit mcn ' commencement du mois de mai 1880. M. le Vicomte de Sarret, les villases 1S fÜ 7 a?U "T grande mortalité dans >a basse-cour de sa ferme et dans contenant deux no;,^ deTnde- Ü eut ^^geance de m’envoyer le mai un panier nXc raî les désordre; T “q et Tl pmtTe’ mûrts avant le départ. Il fut facile de reconmorts du microbe du chdér” dëspoV.S ' lell,'S S“gS qUe'“S “imaM é,ai“> >»“

menea? JÏ’loÜüT'ÙSic'TIÜÛ des.,,f,ons de '“lllJ1e d» sang du coq préparés le 18 mai, j'ensepan dïcîlilf <|1" OS T“‘?‘ pIacé dans des ‘"bes de verre, contenant très quarante^, heures C 1S * “ *"* ***“*

son toÜrTe 4 SJfT "*• » mois *»><*. b 2 mars 1881, et ensemencé à

la mort de toutes en moins m e.cuI.ture fsa.yee Pour sa virulence sur plusieurs poules amena lions heUreS' Td 6St 16 VÎrUS qUi a S6rVi aUX in0Cala-

MELANGES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES

établira, par exemple, qu’au moment d’une épidémie variolique le nombre des individus atteints est moindre chez les vaccinés que chez les non-vaccinés. On ne saurait aller jusqu’à inoculer directement la variole à des nombres égaux d’individus pris dans les deux groupes. Depuis Jenner on possède, bien quelques observations concernant l’inoculation de la variole à des individus vaccinés mais l’épreuve dont je parle, qui est facile quand il s’agit de poules, n’a pu être faite systématiquement sur un nombre de sujets humains permettant d’écarter la part d’influence des réceptivités individuelles qui sont considérables. On ne serait autorisé à comparer les faits sur l’immunité vaccinale à ceux qui précèdent que si l’on pouvait répondre à la question suivante :

On vaccine 20 enfants ; au bout d’une année on inocule ces mêmes 20 enfants par le virus varioleux le plus intense, celui de la variole noire, par exemple. Qu’arriverait-il? Cette épreuve n’a pas été faite et ne le sera sans doute jamais. Personnellement je n’hésiterais pas à croire qu’un grand nombre de ces enfants prendrait la variole et qu’un certain nombre succomberait à l’affection.

En d’autres termes, quand on parle de préservation de la variole par le vaccin, il ne faut pas oublier qu’on ne considère, à l’ordinaire, que la préservation contre la variole non inoculée, s’introduisant par des causes banales de contagion et non par une piqûre directe chargée du virus varioleux. Bref et toute réserve faite sur la comparaison entre des maladies de nature différente, entre des animaux d’une durée de vie restreinte et l’homme, il n’est pas démontré que les durées d’immunité de la variole par le cow-pox et du choléra des poules par des inoculations de ses virus atténués, telles que nous venons de les faire connaître, ne soient pas du même ordre.

Quoi qu’il en soit, il y aurait un grand intérêt à pouvoir donner à la question que nous venons de poser, au sujet de l’immunité vaccinale de la variole comparée à celle du choléra par des inoculations préventives, une réponse au moins indirecte.

Puisqu’il est impossible d’aborder la question de front, toute expérience sur l’espèce humaine étant un crime, essayons de comparer les faits de vaccine humaine à ceux du choléra des poules en instituant sur nos poules vaccinées des expériences ayant pour objet de soumettre des poules vaccinées à une épidémie provoquée, à des causes de contagion naturelle, au lieu de leur inoculer le mal par des piqûres directes d’une grande virulence. On jugera d’ailleurs facilement de l’immunité qui leur sera propre en les associant à des poules neuves ordinaires.

Rappelons d’abord ce que sont les nauses de contagion naturelle

dans les épidémies des basses-cours. Nous avons reconnu antérieurement que les excréments des poules malades du choléra renferment le microbe auteur de l’affection, que celui-ci se cultive en certains points du canal intestinal qu’il ulcère, que dès lors la maladie doit se propager par les matières rendues et la souillure qui en résulte pour la nourriture des poules encore saines.

Toujours sur notre même lot de poules vaccinées au maximum il y a un an, prélevons 20 poules et associons-les à 20 poules neuves. A ces 40 poules réunies dans la même volière et faciles à distinguer les unes des autres parce qu’on a coupé l’extrémité des ailes aux 20 vaccinées, nous avons donné des repas contaminés par le microbe du choléra le plus infectieux, celui qui tue 20 poules sur 20 en quarantehuit heures. Cette contamination se faisait directement en mêlant à du son des fragments de muscles, des fragments de cœur et du sang de poules mortes du choléra qu’on avait inoculées directement pour la circonstance. D’autres fois, on a donné les fragments de muscles malades directement, en nature : les poules en sont très friandes. On avait d’ailleurs le soin de faire manger chaque poule isolément sous un panier, afin d’être sûr que toutes recevaient de la matière infectieuse.

Les repas, au nombre de neuf, furent distribués, à intervalles variables, du 19 janvier au 31 mars 1881.

Pendant cet intervalle de temps, il est mort :

12 poules sur les 20 neuves

3 poules sur les 20 vaccinées un an auparavant.

Ces résultats rapprochés de ceux que j’ai fait connaître tout à l’heure peuvent être résumés en ces termes :

Lorsque des poules ont été vaccinées, l’immunité tend à disparaître progressivement à la suite de la vaccination; mais la durée de cette immunité est incomparablement plus longue vis-à-vis des causes naturelles de contagion, c’est-à-dire de celles qui se manifestent au moment d’une épidémie, qu’elle ne l’est pour des communications du mal par des inoculations directes du virus très virulent.

On peut s’étonner que des 20 poules qui ont reçu, à neuf reprises, des repas infectieux toutes ne soient pas mortes. J’avais déjà reconnu antérieurement que les poules qui ne meurent pas sous l’influence de tels repas s’en trouvent vaccinées.

Il se pourrait donc que les 8 poules neuves qui ont résisté sur les 20 mises en expérience, par comparaison avec les 20 vaccinées, se fussent vaccinées elles-mêmes sous l’influence des repas contaminés. Rien de plus simple que de soumettre ce doute à l’expérience. A cet effet, le 4 avril, on a placé dans la grande volière aux 40 poules, réduites

MÉLANGES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES

à 8 pour une série, à 17 pour l’autre, un nouveau lot de 9 poules quelconques, sortant du marché et à toutes on a donné un nouveau et unique repas contaminé. Or, le 10 avril, 7 sur 9 de ces nouvelles poules étaient mortes (1 le 5 avril, 1 le 6, 1 le 7, 3 le 8, 1 le 9). Au contraire, pas une des 8 restant des 20 poules neuves de l’origine n’a succombé dans cet intervalle, ni ultérieurement. Ces 8 poules ont donc été bien réellement vaccinées par les repas qu’elles ont pris du 19 janvier à la fin de mars.

Les études qui précèdent éclairent d’un jour nouveau les questions d’immunité acquise par les inoculations vaccinales dans les maladies virulentes.

Sans m’y arrêter davantage, je ferai seulement observer, au sujet de la vaccine et de la variole, que, d’une part, la vaccine doit vacciner rarement au maximum ; que son efficacité, d’autre part, n’en est pas moins précieuse parce qu’elle n’a à exercer son influence que contre les causes banales de la contagion variolique ; mais, dans des cas d'épidémie ou pour braver des causes de contagion encore plus directes, les revaccinations sont indispensables, particulièrement pour mettre à l’abri de l’affection variolique les constitutions très susceptibles, celles chez lesquelles l’immunité vaccinale disparaît plus promptement. On aurait revacciné, même par un virus faible, les 3 poules qui sont mortes par les repas contaminés, dans le lot des 20 poules vaccinées depuis un an, qu’elles auraient résisté à la contagion par ces repas et qu’en conséquence l’épidémie que nous avons provoquée à dessein, et qui a été si désastreuse pour les poules neuves, n’aurait fait aucune victime parmi les vaccinées.

Il faut noter que dans les expériences précédentes on a donné des

repas nombreux avec . (*). Dans les basses-cours les conditions de

la contagion sont moindres. On peut, dès lors, évaluer à une année environ la durée de l’immunité, contre les causes banales de choléra, des poules vaccinées.

1 ‘ Avril 1881.

Si ces résultats doivent se généraliser par la suite, on en pourra conclure que pour préserver des atteintes des maladies virulentes il n’est pas indispensable de placer l’économie dans des conditions d’immunité absolue, mais seulement relative. Les faits que nous avons observés rendent également probable que pour préserver les moutons contre les atteintes du charbon il ne serait pas nécessaire de les

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