Il s’agit de la Note précédente
2. Voir, tome VI des Œuvres de Pastiu", p. 112-13). ( Notes de l'Édition.)
vient à le reporter sur des lapins. Il leur donne une maladie guérissable qui les préserve de la maladie mortelle. — La rage nous offre des faits de même ordre.
L’accoutumance à vivre chez une espèce, correspondant à une virulence déterminée, peut modifier l’accoutumance à vivre chez une autre espèce et diminuer la virulence propre à celle-ci et en faire pour elle un vaccin.
Je ne saurais trop insister sur l’importance de ces faits parce qu’ils renferment le secret d'une nouvelle méthode d’atténuation et alors même que le microbe de la maladie virulente n’aurait pas été isolé et cultivé in vitro.
OBSERVATIONS (*) A PROPOS D’UNE NOTE DE M. DUCLAUX (2). [ALIMENTATION D’UN JEUNE ANIMAL AVEC DES ALIMENTS PRIVÉS DE MICROBES]
Je prends la liberté, en présentant cette Note de M. Duclaux, de lui suggérer l’idée d’un travail auquel le préparent non seulement celui que je dépose, en son nom, à l’Académie, mais les travaux non moins distingués qu’il a déjà produits sur le rôle des microbes dans la digestion.
Souvent, dans nos causeries du laboratoire, depuis bien des années, j’ai -parlé, aux jeunes savants qui m’entouraient, de l’intérêt qu’il y aurait à nourrir un jeune animal (lapin, cobaye, chien, poulet), dès sa naissance, avec des matières nutritives pures. Par cette dernière expression, j’entends désigner des produits alimentaires qu’on priverait artificiellement et complètement des microbes communs.
Sans vouloir rien affirmer, je ne cache pas que j’entreprendrais cette étude, si j’en avais le temps, avec la pensée préconçue que la vie, dans ces conditions, deviendrait impossible.
Si ces genres de travaux se simplifiaient par leur développement même, on pourrait peut-être tenter l’étude de la digestion par 1 addition systématique, aux matières nutritives pures dont je parle, de tel ou tel microbe simple ou de microbes divers associés bien déterminés.
L’œuf de poule se prêterait sans difficulté sérieuse à cette nature d’expériences. Privé extérieurement au préalable de toute poussière vivante au moment où le petit poulet va sortir, mis aussitôt après dans un espace sans germes quelconques de microbes, espace où se renouvellerait un air pur , on fournirait facilement du dehors au jeune poulet des aliments purs (eau, lait, grains).
Que le résultat soit positif et confirme la vue préconçue que je mets en avant ou qu’il soit négatif et même en sens inverse, c’est-à-dire que la vie soit plus facile et plus active, il y aurait un grand intérêt a tenter l’expérience.
1. Comptes rendus de V Académie des sciences, séance du 5 janvier 1885, G, p. 68.
2. Duci.axjx (E.). Sur la germination dans un sol riche en matières organiques, mais exempt de microbes. Ibid., p. 66-68. (Aote de l Édition.)
SUR LA DESTRUCTION DES LAPINS EN AUSTRALIE ET DANS LA NOUVELLE-ZÉLANDE (')
Paris, le 5 janvier 1888.
La Revue clés Deux Mondes a publié,, dans son numéro du 15 août 1887, un article de M. G. de Varigny, dont j’extrais les passages suivants :
Enrichis subitement par la guerre de Sécession aux États-Unis qui fit hausser le prix des laines, en arrêtant la production américaine, les colons de ! Australie se trouvèrent tout à coup disposer de revenus considérables...
Imitateurs zélés des coutumes anglaises, ils se prirent de passion pour la chasse et fondèrent en Australie et à la Nouvelle-Zélande des Sociétés d acclimatation pour importer d’Europe des lièvres et des lapins. Ce fut une véritable rage, un vent cle folie qui souffla sur la colonie... Tout grand propriétaire n eut plus qu une idée : se créer une chasse réservée. Le sol et le climat convenaient si merveilleusement aux lapins, qui en Angleterre ont de quatre a six portées par an, de trois à quatre petits, qu’en Australie ils eurent jusqu à dix portées par an, de huit à dix petits chacune...
Vainement on tenta d’enclore les terrains de treillis, ils creusaient pardessous et gagnaient le large, au grand désespoir des propriétaires qui redoublaient d’efïorts et de soin pour en accroître le nombre. Ils ont si bien réussi que, aujourd’hui, cette peste désole la Nouvelle-Zélande et l’Australie. Les jardins maraîchers sont, dévastés ; les terrains qui produisaient il y a quelques années, 150 boisseaux d’orge et cfe 75 à 80 de blé, à l’hectare,
durent être abandonnés, toute culture, dans certains districts, étant devenue impossible.
M. Cjawford cite l’exemple d’un grand propriétaire qui, après avoir dépense 40.000 livres sterling (1 million de francs) pour se débarrasser de ce fléau d un nouveau genre, fut obligé d’y renoncer. Sur certaines fermes on évalué leur nombre à des centaines de mille, et, chaque année, leur taillé augmente avec leur nombre. D’une voracité extraordinaire, ils mandent herbe jusqu’à la racine et convertissent d’immenses pâturages, qui nourrissaient ^5 a 30 moutons à l’hectare, en terrains dénudés et poussiéreux. Les vignobles ont ete ruinés et, jusqu’ici, les moyens employés pour détruire ces
1. Annales de V Institut Pasteur, II. 1888, p. 1-8, et Paris . 1888, imprimerie de Gautliier- Villars, brochure cle 8 pages in-4°. 1
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animaux n’ont abouti à aucun résultat appréciable. On les chasse, on les tue, on les empoisonne, et ils fourmillent.
M. Williamson dépose qtie, clans une excursion qu’il fit avec un Délégué du Gouvernement, ils reconnurent que dans tout le district l’herbe avait disparu. Des bandes d’énormes lapins parcouraient le pays, s’écartant à peine pour faire place à leur voiture.
Le sol, raviné de terriers,, ne permettait d’avancer qu’avec précaution.
« Partout des lapins, dit-il, sur la route et dans la plaine ; ils gambadent en troupe, se poursuivent dans les sables; on les voit assis par centaines à l’entrée de leurs terriers... Traqués sur un point, ils se réfugient sur un autre, et ils se multiplient avec une rapidité telle qu’un cataclysme de la nature pourra seul en avoir raison. »
La publication suivante vint donner récemment une confirmation aux récits qui précèdent.
Le 9 novembre et le 2 décembre 1887, le journal Le Temps , de Paris, publiait l’avis officiel suivant, émané du Gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud.
Direction des. Mines. Sydney, le 31 août 1887.
Il est donné avis, par la présente, que le Gouvernement de la Nouvelle- Galles du Sud payera la somme de 625.000 francs (£ 25.000) à quiconque fera connaître et démontrera, à ses frais, une méthode ou un procédé encore inconnu dans la colonie, pour exterminer d’une manière efficace les lapins, procédé assujetti aux conditions suivantes :
1° Que cette méthode ou ce procédé recevra, après un essai d’une année, l’approbation d’une Commission nommée à cet effet par le Gouvernement, avec l’avis du Conseil exécutif ;
2° Que telle méthode ou tel procédé sera, d’après l’opinion de ladite Commission, inofîensif aux chevaux, moutons, chameaux, chèvres, porcs et chiens, et ne présentera pas l’emploi de matières ou substances qui pourraient leur nuire.
3° La Commission sera tenue de ne pas divulguer les détails de ces méthodes ou de ces procédés, à moins que cette Commission ne décide d’expérimenter ladite méthode ou ledit procédé.
Toutes les Communications relatives à ce qui précède doivent être adressées à the Honourable F. Abigail, Secretary for Mines Abigail, Sydney (Nouvelle-Galles du Sud).
Très peu de jours avant que cette nouvelle fût publiée par le journal Le Temps , j’avais reçu d’un habitant de la Nouvelle-Zélande le récit des désastres que les lapins occasionnent également dans cette île.
Le 27 novembre 1887, j’écrivis au journal Le Temps la lettre suivante, qui fut insérée le 29 novembre :
Paris, 27 novembre.
A Monsieur le Directeur du Temps.
Votre journal annonçait, il y a peu de jours, que le Gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud était tellement impuissant à lutter contre un fléau d’un genre particulier — - la pullulation des lapins — qu’il proposait un prix de 625.0001' rancs pour la découverte d’un procédé destiné à leur extermination. Des portions considérables de la Nouvelle-Zélande, non moins ravagées que l’Australie, sont abandonnées par les fermiers, qui renoncent à l’élevage des moutons par l’impossibilité de les nourrir. Chaque hiver on tue les lapins par millions, sans que ce carnage paraisse en diminuer le nombre. Voulezvous me permettre de faire parvenir dans ces lointains pays, par l’organe du Temps, certaines idées dont l’application pourrait peut-être avoir quelque succès ?
On a employé jusqu’à présent, pour la destruction de ce fléau, des substances minérales, notamment des combinaisons phosphorées. En s’adressant à de tels moyens, n’a-t-on pas fait fausse route ? Pour détruire des êtres qui se propagent selon les lois d’une progression de vie effrayante, que peuvent de tels poisons minéraux? Ceux-ci tuent sur place là où on les dépose ; mais, en vérité, pour atteindre des êtres vivants, ne faut-il pas plutôt, si j’ose le dire, un poison comme eux doué de vie, et, comme eux, pouvant se multiplier avec une surprenante fécondité?
Je voudrais donc que l’on cherchât à porter la mort dans les terriers de la Nouvelle-Galles du Sud et de la Nouvelle-Zélande, en essayant de communiquer aux lapins une maladie pouvant devenir épidémique.
Il en existe une que l’on désigne sous le nom de choléra des poules et qui a fait l’objet d’études très suivies dans mon laboratoire. Cetle maladie est également propre aux lapins. Or, parmi les expériences que j'avais instituées, se trouve celle-ci : je rassemblais dans un espace limité un certain nombre de poules, et, en leur donnant une nourriture souillée par le microbe qui est la cause du choléra des poules, elles ne tardaient pas à périr. Les basses-cours sont quelquefois ravagées par de véritables épidémies de ce mal, dont la propagation est due, sans nul doute, aux déjections des premières poules malades qui souillent le sol et les aliments.
J’imagine que la même chose arriverait pour les lapins, et que, rentrant dans leurs terriers pour y mourir, ils communiqueraient la maladie à d autres, qui pourraient la propager à leur tour. Mais comment faire pour que les premiers lapins ingèrent dans leur corps le mal destructeur ? Rien n’est plus facile.
Autour d’un terrier, je placerais une barrière volante entourant un certain espace où les lapins viendraient chercher leur nourriture. Des expériences nous ont appris qu’il est facile de cultiver, en état de pureté parfaite et sur une échelle aussi grande qu’on peut le désirer, le microbe du choléra des poules, dans des bouillons de viandes quelconques. De ces liquides pleins de microbes on arroserait la nourriture des lapins qui, bientôt, iraient périr ici et la et répandre le mal partout.
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J’ajoute que le parasite de la maladie dont je viens de parler est inotTensif pour les animaux des fermes, excepté, bien entendu, pour les poules; mais celles-ci n’ont pas besoin de vivre en pleine campagne.
Je ne doute pas qu’il n’y ait, dans les pays infestés, des personnes toutes prêtes à appliquer le moyen que je propose, moyen très simple, qui, en tous cas, vaut la peine d’être tenté.
Veuillez recevoir, Monsieur le Directeur, l’assurance de ma considération la plus distinguée.
Signé : Pasteur.
Aussitôt après l’envoi de cette lettre, j’eus la curiosité de faire des expériences directes sur les lapins. Je me rappelais que le choléra des poules se communique facilement aux lapins ; mais je n’avais pas fait d’étude suivie sur ces rongeurs; souvent j’avais vu mourir des lapins qui avaient été placés dans des cages non désinfectées où des poules avaient succombé du choléra. C’est une question de savoir, question résolue affirmativement par plusieurs, si le choléra des poules n’est pas simplement la septicémie des lapins, étudiée autrefois par le Dr Da vaine.
Je fus bientôt assuré de la facilité avec laquelle le moindre repas donné aux lapins, après avoir souillé la nourriture par une culture du microbe du choléra des poules, entraîne rapidement la mort de ces rongeurs.
Voici quelques-unes des expériences que j’ai fait faire à M. Loir, étudiant en médecine attaché à mon laboratoire.
Le 27 novembre, on place dans une caisse cinq lapins; ils y restent jusqu’à 6 heures du soir sans prendre de nourriture ; à 6 heures, on met dans une petite cuvette 100 centimètres cubes d’une culture virulente de choléra des poules, où l’on trempe les feuilles d’un chou. On laisse égoutter ces feuilles, puis on les donne à manger aux cinq lapins qui, après quelques minutes, ont achevé leur repas. On place avec eux, à minuit, trois lapins neufs non contaminés.
Le 28 novembre, à 8 heures du matin, les cinq lapins contagionnés paraissent malades. A 11 heures, deux sont morts, cest-à-diie dixsept heures après le début du repas. Les^ trois autres meurent a 3 heures de l’après-midi, vingt heures après leur repas.
Le 28 novembre, à 7 heures du soir, on trouve mort un des lapins mis la veille, à minuit, avec ceux qui ont mangé le repas infectieux. Les deux autres lapins ne sont pas devenus malades.
Le samedi 3 décembre, à 5 heures du soir, on donne à mangei a quatre lapins des feuilles de choux sur lesquelles ont été répandus 10 centimètres cubes de culture virulente de choléra des poules,
étendus de 100 centimètres cubes d’eau stérilisée. A minuit, tout le repas a disparu depuis plusieurs heures; on place avec eux quatre lapins neufs.
Le 4 décembre, à 8 heures du matin, deux lapins semblent tristes. A 11 heures, il y a un mort ; à 2 heures, deux autres morts; à 4 heures meurt le dernier de ceux qui ont mangé.
Un laisse les cadavres avec les lapins neufs mis la veille, à minuit, dans la caisse.
Le 5 décembre, on trouve un de ces lapins mort; le 6 décembre, un autre ; le 7, un troisième ; enfin le quatrième meurt le 9 décembre.
Les lapins précédents étaient des lapins domestiques.
Le 17 décembre, on donne à un lapin de garenne 10 centimètres cubes de culture de choléra des poules, également sur une feuille de chou.
Le 18 décembre, il meurt.
Dans tous les cas précédents, on a vérifié que la mort était bien due au microbe du choléra des poules.
Le 3 décembre et jours d’après, on fait des expériences sur les animaux suivants : porcs, chiens, chèvres, moutons, rats, chevaux, ânes, toujours par contamination des repas. Aucun de ces animaux n’a été malade.
Il y a plus : l’action sur les lapins est si rapide, il est si peu besoin de multiplier les repas que je suis persuadé, en me reportant à mes anciennes expériences sur les poules, que celles-ci même ne mourraient pas si on les laissait sur le sol que les repas des lapins auraient pu souiller en partie; elles ont, pour la maladie, beaucoup moins de réceptivité que les lapins.
Au contact de l’air, le [microbe du] choléra des poules meurt assez promptement. Il perd sa virulence à 51° C., température quelquefois atteinte, dit-on, en Australie pendant l’été, mais il ne serait jamais nécessaire de s’occuper des lapins, au milieu du jour, en pleine chaleur.
La conservation du microbe du choléra des poules est facile, au contraire, a l’abri de l’air et pendant plusieurs années : on pourra donc toujours se procurer de la semence très virulente. Mes expériences d’autrefois communiquées à l’Académie des sciences en sont la preuve.
Les cultures du choléra des poules peuvent être faites dans les bouillons les plus divers d’animaux quelconques. Un des plus économiques serait sans doute celui qu’on pourra préparer avec la chair des lapins.
Il résulte des expériences qui précèdent que, non seulement les
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lapins qui ont ingéré une nourriture souillée par le microbe meurent très rapidement, en moins de vingt-quatre heures, mais que les lapins associés à ces derniers, qui n’ont point eu d’aliments contaminés, meurent également en grand nombre.
Je réserve la question du mode de contagion. C’est un point que j’examinerai plus taixl. ■ -
Est-il vrai que les lapins d’un terrier ne se mêlent pas à ceux des terriers voisins ?
On peut envisager, sans appréhension pour la réussite du procédé, le cas où les lapins d’un terrier ne frayeraient pas avec ceux des terriers voisins et n’y porteraient pas la contagion après qu’ils auraient été contaminés.
La maladie se communique si facilement par les repas que, alors même que la contagion n’existerait pas des lapins infectés aux autres non infectés, la destruction de ces animaux n’en serait pas moins facile.
Je parle, dans ma lèttre au journal Le Temps, de barrières volantes placées autour des terriers. Cette complication serait inutile.
Je me représente l’épreuve en grand de la manière suivante : autour d’un ou plusieurs terriers, je ferais faucher une certaine quantité d’herbe qui serait ramenée ensuite avec des râteaux à la portée des lapins, avant leur sortie du soir. Cette herbe, souillée de la culture du microbe, serait mangée par les lapins dès qu’ils la rencontreraient sur leur passage. Une barrière serait inutile pour les arrêter et les forcer à manger. On aurait ainsi, en quelque sorte, la répétition de l’expérience de Reims, dont je vais parier.
Il était bien désirable qu’une expérience pût avoir lieu sur une grande échelle.
Le hasard vint bientôt me l’offrir dans les conditions les plus favorables.
Mme veuve Pommery, de Reims, propriétaire de la grande maison des vins de Champagne qui porte son nom, m’adressa la lettre suivante, après avoir lu ma Note insérée dans le journal Le Temps .
Monsieur,
Reims, le 3 décembre 1887.
Je possède à Reims, au-dessus de mes caves, un clos de 8 hectares, totalement entouré de murs. J’ai eu la fâcheuse idée d’y mettre des lapins pour procurer une chasse, en ville, à mes petits-enfants. ....
Ces bêtes ont tellement pullulé et minent le sol à un tel point que j» t < su e
les détruire. Les furets sont impuissants à les faire sortir de tas énormes de craie où ils se réfugient.
S il pouvait vous être agréable d’expérimenter le procédé que vous préconisez pour la destruction de ces animaux en Australie, j’offre de vous en faciliter le moyen.
Recevez, etc.
Signé : Vve Pommer y.
Bientôt après, j’appris de mon intelligente correspondante que, dans la crainte de voir les lapins de son clos, poussés par la faim, prolonger outre mesure leurs galeries souterraines et compromettre la solidité des voûtes des caves, on avait eu depuis longtemps l’idée de les retenir dans leurs terriers, non loin de la surface du sol, en leur servant, chaque jour, un repas de luzerne ou de foin distribué autour des terriers. On comprend dès lors aisément combien il était facile de tenter la destruction des lapins du clos de Mme Pommery.
Le vendredi, 2 o décembre, j envoyai à Reims M. Loir arroser le repas du jour d’une culture récente du microbe du choléra des poules.
Comme à 1 ordinaire, la nourriture fut consommée dans l’intervalle de quelques minutes. Le résultat en fut, pour ainsi dire, surprenant.
Mmo Pommery m’écrivit, le 26 décembre :
Samedi matin (par conséquent dès le lendemain du repas mortel on compta dix-neuf morts en dehors des terriers.
Le dimanche, le clos ne fut pas visité.
Le lundi matin, on compta encore treize morts et depuis samedi on n’a pas vu un seul lapin vivant courir sur le sol. En outre, comme il était tombé un
peu de neige pendant la nuit, on ne vit nulle trace de pattes de lapins autour des tas de craie.
En général, les lapins meurent dans leurs terriers. Les trente-deux cadavres trouvés sur le sol du clos devaient donc représenter une très faible minorité parmi les morts, ainsi qu’on le verra tout cà l’heure. Dans une autre lettre du mardi 27, Mme Pommery m’écrit :
La luzerne (luzerne déposée autour des terriers le lundi soir) n’a pas été touchée et de nouveau on n’a vu nulle trace de pattes imprimées sur la neige fout est mort.... ° '
EtMmo Pommery, faisant allusion à des journaux beaucoup critiqué le procédé que j’avais proposé avait eu l’obligeance de m’adresser, ajoute :
anglais qui avaient , journaux qu’elle
Que deviennent les attaques anglaises en présence d’un tel résultat?
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Un clos de 8 hectares fourmillant de lapins, devenu un champ de mort.
M. Pasteur empoisonne un repas ordinaire de ces lapins, et les jours suivants rien ne remue ; tout est fini, tout est mort.
Combien de lapins sont morts dans les terriers? Il est difficile de le savoir exactement. Cependant Mme Pommery m’informe, par une lettre que je viens de recevoir, aujourd’hui 5 janvier, « que les ouvriers estiment à beaucoup plus d'un mille le nombre des lapins qui venaient manger les huit grosses bottes de foin qu’on distribuait chaque jour autour de leurs terriers ».
D’autre part, ajoute Mme Pommery, partout où l’on découvre un peu les monceaux de craie, demeure habituelle des lapins, on voit des tas de cadavres de deux, trois, quatre et cinq lapins b
1. Pasteur envoya en Australie son neveu, Adrien Loir, et le Dr Germont. Arrivés à Melbourne, ils n'eurent pas l’autorisation de faire l’expérience. ( Note de l'Édition.)
[PRÉSENTATION D’UN OUVRAGE DE M. DUCLAUX : LE MICROBE ET LA MALADIE] (*)
M. Pasteur présente, de la part de M. Duclaux, professeur à la Faculté des sciences et à 1 Institut national agronomique, un volume intitulé : Le Microbe et la Maladie (2). Cet ouvrage, dit M. Pasteur, est la seconde édition de Fei ments et Maladies 0) du meme auteur ; mais c'est une oeuvre complètement remaniée. Ce volume est d’une lecture attrayante, car M. Duclaux possède un vrai mérite d’écrivain. Il a pu, s’inspirant des progrès de la science, condenser et réduire cette seconde édition, qui renferme plus de synthèse et moins d’analyse.