PRINCIPES D’UN NOUVEAU MODE D’ATTENUATION DES MICROBES PATHOGÈNES
Le rôle du parasitisme des êtres microscopiques dans l’étiologie des maladies contagieuses a été soupçonné dès l’origine de la médecine. Toutefois, les premières preuves irréfutables n’en ontété données que de nos jours. Les progrès accomplis en quelques années ont fait sortir les idées nouvelles de la période militante qui accompagne l’établissement de toute découverte nouvelle.
La connaissance de nouveaux microbes spécifiques propres à telle ou telle maladie aura toujours une grande importance, mais la fortune des théories microbiennes n’est plus liée à ces constatations. Tous ceux qui ne sont pas inféodés à des systèmes préconçus peuvent hardiment s’avancer avec une foi vive dans l’avenir de la théorie de l’extériorité des causes des principales maladies des hommes et des animaux.
Dans l’exploration de ces voies nouvelles, pour étendre les conquêtes de la science il faut non seulement s’efforcer de féconder les principes déjà acquis, mais tenter d’en faire surgir de nouveaux.
Quoique la connaissance de l’atténuation des virus ait déjà fait faire un pas immense vers la prophylaxie de certaines maladies virulentes, considérons qu’une foule de virus, plus ou moins mortels, restent à atténuer et à transformer en virus-vaccins. Chacun de ces virus par la spécificité de sa nature renouvelle les difficultés à vaincre. Aussi, rien ne saurait être plus fructueux que la découverte de méthodes nouvelles d’atténuation,
Les travaux de mon laboratoire ont établi antérieurement que les virus animés, les seuls dont nous nous soyons occupés, ne sont point du tout, comme on le croyait volontiers, des entités morbides. Ils ont démontré qu’ils peuvent revêtir, au contraire, des formes et des changements de propriétés physiologiques diverses, particulièrement sous l’influence des actions extérieures et de leurs milieux de développement.
1. Cette Note, inédite, a été écrite à la suite de la précédente. (Note de l'Édition.)
MELANGES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES
Ci-dessus, dans le préambule de cette Note (t), j’en fais connaître de nombreux exemples.
Non seulement nous avons prouvé qu’on pouvait atténuer la virulence des virus et les transformer en vaccins propres à prévenir leurs effets meurtriers, mais., qiie la virulence de ces vaccins, une fois affaiblie, pouvait au contraire être exaltée et rendue à sa force d’origine. On y parvient, entre autres méthodes, en profitant de la différence qui existe entre la constitution physique et chimique d’animaux d’espèces différentes ou dans une même espèce ou race entre un sujet jeune venant de naître et un sujet adulte.
Que l’on se reporte à ce qui est dit dans le préambule de cette Note pour le choléra des poules, pour le charbon, pour le microbe de la salive, pour la rage, etc...
Mais, pour exalter la virulence d’un microbe-vaccin, faut-il donc recourir toujours au passage de ce microbe dans le corps d’animaux convenablement choisis ? Faut-il faire intervenir le mystère de la constitution d’un être vivant ?
Dans la Communication que j’ai faite en mon nom et au nom de MM. Joubert et Chamberland en 1878, intitulée Théorie clés germes et ses applications à la médecine et à la chirurgie (2), on trouve le récit d’expériences fort curieuses concernant les changements de forme, de virulence et de mouvement même du vibrion septique proprement dit suivant la nature des milieux où il se cultive. Des cultures répétées de ce vibrion dans le vide et dans du bouillon Liebig (et autres) étendu d’eau atténuent sa virulence et suppriment ses mouvements. Mais si l’on vient à remplacer ce bouillon par du sérum sanguin chargé de quelques coagulums fibrineux, les nouvelles cultures reproduisent un vibrion septique très virulent tuant, par exemple, à de goutte, et le sang et la sérosité de l’abdomen de l’animal mort acquièrent une virulence plus grande encore, avec les formes et le mouvement habituels du vibrion septique mortel.
Ce n’est donc pas le fait du passage dans un être qui est vivant, qui, seul, peut exalter la virulence d'un microbe naturel ou d’un vaccin.
Nous trouvons des faits plus curieux encore dans les faits du préambule de cette Note relatifs au microbe de la salive, ou au microbe de la fièvre typhoïde des lapins, ou au microbe du rouget. On y voit qu’un microbe accru de virulence par passage à travers des cobayes, par exemple, se montre au contraire moins efficacement mortel, si on