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RAPPORT SUR LE PRIX LECONTE

(Commissaires : MM. Bouchard. Pasteur, Hermite, Milne Edwards, Chauveau, Duclaux, Verneuil ; conformément au règlement, MM. de Lacaze-Dutihers, président de l’Académie, J. Bertrand et Berthelot, secrétaires perpétuels, prennent part à la délibération de la Commission. M. Pasteur, rapporteur) [3j.

La partie de l’œuvre de Villemin, que votre Commission vous propose de récompenser par le prix Leconte, est la démonstration de la spécificité et de la transmissibilité de la tuberculose.

1. Comptes rendus de l'Académie des sciences, séance du 22 août 1892, LXV, P -Sol.

2. Daremberg (G.). Le choléra, ses causes, moyens de sen préserver. Pans, 1892, m-lb.

[Note de l'Édition.) 0

3. Comptes rendus de l’Académie des sciences, seance du 19 décembre 1892, ex ,

Après avoir longtemps étudié comme clinicien la tuberculose, Villemin pressentait que cette affection devait être classée au nombre des maladies virulentes et contagieuses. La méthode expérimentale qu’il pratiqua en maître apporta à l’appui de ses idées préconçues les preuves les plus décisives. La contagion du tubercule de la vache au lapin, du lapin au lapin, de l’homme au cobaye, ainsi qu’à d’autres animaux, fut établie. Les dangers provoqués par les crachats des phtisiques et la pulpe caséeuse des ganglions scrofuleux furent démontrés. Ces faits si nouveaux, il y a vingt-cinq ans, Villemin les consigna dans un livre admirable (*). Non seulement tout ce qu’il annonçait était vrai, mais les hypothèses sur le rapprochement qui devait exister entre le virus et les ferments, hypothèses indiquées à un moment où tout était encore obscur, se sont vérifiées.

« Nous n’avons pu, écrivait-il à la fin de son livre et en proclamant ce fait : la tuberculose est inoculable , nous n’avons pu réprimer un mouvement d’enthousiasme quand nous sommes venu annoncer à l’Académie de médecine la prise de possession du fait que nous venions de découvrir. »

Ainsi qu’il arrive presque toujours, Villemin eut à subir des discussions et des négations. Les oppositions vinrent de toutes parts. En Angleterre, le célèbre physiologiste Burdon-Sanderson ; en Allemagne, le grand pathologiste Cohnheim déclarèrent tout d’abord que la tuberculose n’était point due à un virus spécifique, mais pouvait être provoquée par l’introduction dans l’organisme de pus de diverses natures et même des substances les plus variées.

Soutenu en France, malgré le grand nombre d’adversaires, par un homme comme M. Chauveau, et cet appui était déjà une victoire, Villemin attendit avec confiance le jugement du temps qui prononce en dernier ressort sur la valeur de toutes les découvertes. Il eut la joie de voir son redoutable adversaire de la première heure, Cohnheim, déclarer, après avoir fait lui-même de nombreuses expériences, la ti ansmissibilité de la tuberculose. Cohnheim déclare que non seulement la découverte de \ illemin constitue un progrès incomparable, mais qu’il y a peu de découvertes qui aient produit une impression aussi profonde sur l’esprit des médecins. Le jour où le Dr Koch parvint à isoler le bacille tuberculeux dont Villemin avait pressenti l’existence, il fut reconnu généralement, et par Koch lui-même, que l’idée de la

1. Villemin. Éludes sur la tuberculose. Preuves rationnelles et expérimentales de sa spécificité et de son inoculabilité. Paris, 1868, J.-B. Baillière et fils, xi-646 pages, in-8» (Note de l'Edition.)

MÉLANGES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES

transmissibilité de la tuberculose, proclamée par Villemin, avait été le point de départ de cette dernière découverte. Toutes les oppositions tombèrent alors les unes après les autres. L’œuvre de Villemin resta debout. En 1891, le Congrès pour l’étude de la tuberculose le nomma Président par acclamation. Ce fut son dernier triomphe.

Le prix que votre Commission vous propose de décerner à ses travaux représente aujourd’hui le premier hommage de la postérité.

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