‹ Œuvres de Pasteur (volume 3)Chapitre 64 sur 166 · DU 24 DÉCEMBRE 1879 AU 20 JANVIER · texte numérisé non relu

DU 24 DÉCEMBRE 1879 AU 20 JANVIER

M. Pasteur estime que la désinfection par la chaleur devrait être adoptée. Personne, sans doute, ne connaît les germes de la variole, pas plus que ceux de la fièvre typhoïde ; mais la plupart des germes périssent à une température sèche de 100°, et tous périssent infailliblement à une température sèche de 130°. Vraisemblablement (car on ne peut rien affirmer dans l’ignorance où 1 on est des propriétés des germes spéciaux de la variole et des autres maladies contagieuses), une température humide de 110°, probablement même une température un peu inférieure, détruirait les germes. La voiture qui a transporté un malade atteint de la variole n’est pas d’ailleurs imprégnée dans toutes ses parties des germes de la variole ; les germes sont restés à la surface. D après 1 avis de M. Pasteur, quelques minutes de séjour au milieu de la température élevée suffiraient donc.

Même conclusion en ce qui touche les vêtements. Les expériences de désinfection par la vapeur surchauffée qui ont été faites en Angleterre et en Allemagne établissent l’efficacité de ce mode de procéder. M. Pasteur ne ci oit pas que 1 on puisse compter sur les lavages : les antiseptiques ont une action seulement à certaines doses.

Séance du 18 mars 1881.

[A propos de falsifications des cidres et des rières.]

M. Pas î eu r rappelle les conclusions de son Rapport concernant la coloration des conserves alimentaires par les sels de cuivre. Il a demandé que les conserves ainsi colorées portassent sur la boîte qui les renferme la mention : « colorées par les sels de cuivre ». A cette condition seulement, le public ne sera pas trompé sur la nature du produit qui lui est vendu. La même théorie doit être appliquée à. la bière et au cidre. Ces boissons, lorsqu’elles ne contiennent pas exclusivement les éléments normaux de la bière ou du cidre, doivent porter une dénomination spéciale avertissant le public de leur composition. M. Pasteur admettrait volontiers, à raison des contradictions dont a parle M. Schutzenberger au sujet de l’acide salicylique, que la bière salieylée Pl|t ctre vendue sous cette qualification : le consommateur jugerait s’il doit ou non en acheter; la concurrence seule empêcherait bientôt la vente de la nere saheylee, et le public ne tarderait pas à. savoir que la bière salicvlée est ma fabriquée, que la bonne bière se conserve sans acide salicylique. En ce qui touche 1 innocuité de ce produit, elle est loin d’être démontrée; personne ne peut affirmer que l’emploi quotidien et prolongé de l’acide salicylique, meme a des doses assez laildes, ne présente aucun danger. L’emploi prolongé

te a quinine produit la dyspepsie. Qui nous prouve que l’action de l’acide salicylique n est pas analoo ue?

MÉLANGES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES

Séance du 0 mars 1888.

[Assainissement de la Seine et utilisation agricole

DES EAUX D EGOUT DE PaRIS-J •#

M. Pasteur : Je ne veux envisager la question soumise au Conseil qu’à un seul point de vue, le seul, du reste, sur lequel je puisse prétendre à quelciue compétence. 1 1

Le projet de déversement des eaux d'égout et de vidange de la ville de Pans sur les champs d'Achères est-il en harmonie avec les progrès de nos connaissances sur l’hygiène? Je réponds non, sans hésiter. Une science nouvelle est née. Ses progrès sont tels qu’en quelques années, elle s’est imposée à enseignement supérieur dans toutes les universités du monde. Sous son impulsion, la chirurgie et la médecine transforment leurs méthodes thérapeutiques. Elle a opéré une véritable révolution de nos connaissances sur les maladies virulentes et contagieuses, et ces maladies composent toute la grande pathologie, si l’on excepte le groupe des maladies nerveuses par hérédité. Or, le principe qui domine toute la microbiologie est le suivant : les maladies virulentes et contagieuses ne sont jamais spontanées; elles ont toutes pour origine un ferment de maladie animé, vivant d’une vie propre, un microbe, et la spontanéité de la vie de ces êtres microscopiques est aussi chimérique que pourrait l’être la spontanéité de la vie chez les grands animaux et chez les grands végétaux. Détruisez les microbes de la fièvre typhoïde, de la diphtérie, de la scarlatine, de la rougeole, de la morve, du charbon, du choléra, etc., ou placez-les dans des conditions où ils ne puissent plus nuire et jamais vous ne verrez apparaître un seul cas de ces maladies. Quelles que soient les conditions de vie, de misère physiologique d’un individu, jamais par sa propre nature, jamais il ne pourra créer les maladies dont je parle ni en être atteint à un degré quelconque. Encore une fois, la génération des êtres microscopiques est une chimère et toutes les maladies virulentes et contagieuses relèvent de la présence et du développement d’êtres microscopiques.

Ce sont là des faits inéluctables. Dès lors, quelle doit être la préoccupation d’une grande cité comme Paris, lorsqu’elle se propose d’assainir le fleuve qui reçoit tous les germes de la foule de maladies contagieuses qui déciment sa population ? Il faut que, par tous les moyens aujourd’hui en notre pouvoir, l’hygiène se préoccupe de détruire les germes dont je parle ou d’annihiler leur funeste influence. Or, que propose-t-on? On propose, non de les conduire à la mer, où ils ne pourraient plus nuire, mais de les accumuler chaque année de plus en plus sur des champs situés aux portes de la grande ville, et ces champs seront cultivés. Encore, si vous les laissiez stériles vous ne seriez pas exposés à ramener les germes dans Paris.

M. Schützenberger partage l’opinion de M. Pasteur; on ne peut pas dire qu’il n’y a pas de danger, car, s’il y a moins de germes dans les eaux qui ont passé par le sol, il n’est pas prouvé qu’ils soient détruits, et les végétaux les ramèneront à la surface.

M. Pa steuh ajoute que le sol est un filtre excellent, mais qu’il y a accumulation continue de germes de maladies, lesquels germes ne sont pas détruits par 1 oxydation, notamment ceux de la septicémie et du charbon ; quant à ceux de la diphtérie, dit-il, ils ne sont pas connus. Qui pourrait dire que les germes infectieux ne sont pas transportés de Gennevilliers aux communes environnantes par les légumes, etc. ? C’est l’inconnu. Je ne puis vous démontrer que vous avez tort, mais vous ne pouvez pas non plus me prouver que je suis dans l’erreur.

La solution proposée ne lui paraît pas conforme aux données de la science moderne. Il craint qu’en accumulant sans cesse pendant des années les germes que renferment les eaux d’égout, on n’entretienne les maladies épidémiques. Il se déclare donc partisan d’un canal à la mer. Il est convaincu que, malgré les dépenses qu’entraînerait ce travail, la Ville arrivera à cette solution.

M. Pasteur reconnaît l’intérêt des renseignements fournis par M. Léon Faucher sur cette question du canal à la mer. Mais c’est sur ce point même qu’il voudrait voir la discussion s’établir; car, d’autres ingénieurs, M. Dumont, par exemple, admettent la possibilité de cette solution.

M. Pasteur ne verrait aucune objection scientifique si on ne cultivait plus les terrains irrigués.

DISCOURS

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