COMPTE RENDU
DES TRAVAUX DE LA FACULTÉ DES SCIENCES DE LILLE PENDANT L’ANNÉE SCOLAIRE 1854-1855
[Présenté a Lille, le 20 novemure 1855] (Ç Messieurs,
Je vous dois le compte rendu des travaux de la Faculté pendant l’année scolaire qui vient de finir. Lorsque l’État enrichit cette grande cité d’un nouvel établissement d’enseignement supérieur, on pouvait prévoir l’accueil que vous lui feriez. A côté d’un Lycée florissant, d une Ecole de médecine qui grandit chaque année, il était difficile
1. In . Académie de Douai. Rentrée des Facultés et de l’École prépar xtoire de médecine et de pharmacie de Lille, 1855-1856. Douai. Imprimerie A. d'Aubers, broch. de 63 p. in-8u.
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que la Faculté des sciences n’eût pas également sa part de succès. Vous savez, messieurs, qu’elle n’a qu’une année à peine d’existence, ses professeurs ont été nommés par décret du 2 décembre 1854, et les cours n’ont pu s’ouvrir que le 8 janvier 1855 dans un local auquel on vient seulement de mettre, la dernière main. La Faculté n’a eu par conséquent à sa disposition qu’une portion fort restreinte du bâtiment qu elle occupe. Ses collections n’étaient pas classées et se complétaient au fur et à mesure du besoin des leçons. C’est vous dire, messieurs, que les travaux dont j’ai à vous faire l’histoire réclament toute votre indulgence. Néanmoins je rendrais mal justice au zèle des professeurs de la Faculté si je n’ajoutais tout de suite que l’enseignement oral n’a point souffert de notre installation provisoire. J’ai lieu de croire que l’auditoire ignorait les embarras matériels qui nous entouraient; et les expériences de nos leçons, pour avoir été plus longuement et plus péniblement préparées, n’avaient pas moins de précision que celles des plus anciennes Facultés. Notre zèle était soutenu d'ailleurs par un public nombreux et sympathique. Pendant le premier semestre, beaucoup de leçons ont réuni 300 personnes, chiffre bien élevé et dans l’appréciation duquel, je le crains du moins, il faut faire une large part à la curiosité qu’excite tout ce qui est nouveau.
L’enseignement oral se composait : 1° D’un cours de mécanique appliquée ; 2° d’un cours de calcul différentiel et intégral; 3° d’un cours de chimie; 4° d’un cours de physique; 5° d’un cours d’histoire naturelle.
Le cours de mécanique appliquée, fort recherché d’abord, attirait environ 100 personnes parmi lesquelles un grand nombre de contremaîtres de fabriques. Malheureusement le cours devint bientôt difficile, puis impossible à suivre pour tous ceux qui n’étaient pas assez familiarisés avec les principes mathématiques, bien que le professeur eût pris soin d’adopter un mode spécial d’enseignement de la mécanique destiné à éloigner les principales difficultés. On apprendra avec plaisir que M. Mahistre, chargé de cet enseignement auquel il était préparé par des études spéciales, se propose de suivre une marche encore plus élémentaire. D’autre part, les leçons seront autographiées d'après des notes manuscrites rédigées parle professeur lui-même.
Les cours de physique, de chimie et d’histoire naturelle ont été suivis avec plus de constance que celui de mécanique appliquée. Autant que le permet l’enseignement supérieur d’une Faculté, les professeurs ont développé davantage les principes et les applications utiles aux industries du pays. C’est ainsi que le professeur de physique a consacré cinq ou six leçons à traiter des machines à vapeur, le
professeur de chimie a donné beaucoup de détails sur les sucres et la fermentation alcolique. De son côté, le professeur d’histoire naturelle s est appesanti sur les animaux utiles ou nuisibles à l’agriculture, sur 1 engraissement, et, en botanique, sur les caractères des plantes cultivées dans le Nord de la France.
Ces excursions dans le domaine de l’application nous ont permis de mieux connaître notre auditoire de cette année, ses préoccupations, ses tendances. Je prendrai comme exemple ce qui s’est passé lors des leçons sur les machines à vapeur. Elles ont toutes réuni plus de 150 auditeurs, et cependant elles avaient lieu déjà à une époque avancée de l’année, au commencement du second semestre. A la dernière leçon sur ce sujet, le professeur annonce la continuation du cours sur la chaleur. La leçon qui devait venir en premier lieu porterait sur l’hygrométrie. Or, elle ne comptait que 80 personnes seulement. Puis, lorsqu’est venue l’électricité et les services qu’elle a rendus à la dorure, à la télégraphie, à la galvanoplastie, le nombre des auditeurs s’est accru de nouveau. Je pourrais présenter des faits analogues, moins exagérés cependant, pour les cours de chimie et d’histoire naturelle. Nous aurons à tenir compte de cette tendance si prononcée de notre public vers les parties de la science qui ont reçu des applications. Mais nous veillerons à ne pas nous laisser entraîner outre mesure dans cette voie. L’enseignement des sciences gagne beaucoup en intérêt et en profondeur lorsqu’il signale l’application que tel produit ou tel principe théorique ont pu recevoir. Le professeur de Faculté serait néanmoins coupable d’aller trop loin dans la description des appareils et des méthodes propres à l’industrie. Il y perdrait un temps précieux et méconnaîtrait sa véritable mission. Tout en donnant une paît convenable, comme je viens de dire que nous l’avions fait cette année, aux développements que réclament plus spécialement les différents genres d’industrie du pays où elles se trouvent placées, les Facultés de province ne doivent pas oublier qu’elles ne sont ni des cours municipaux, ni des conservatoires d’arts et métiers. Les conceptions les plus élevées, les plus hardies même de la science doivent trouver place dans nos leçons, et nous ne devons pas, pour la satisfaction souvent un peu vaine de réunir un public plus nombreux, déserter les hautes régions de la science et mettre à leur place des détails techniques qui frappent surtout l’attention des ignorants.
Je viens de vous présenter, messieurs, un tableau rapidement esquissé de l’enseignement oral de la Faculté pendant l’année scolaire de 1855.
Autrefois, c’est-à-dire avant le décret du 22 août 1854, les Facultés
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des sciences n’avaient pas d’autre enseignement que celui des cours publics. M. le Ministre, dans sa haute sollicitude, s’est efforcé de réaliser un progrès bien souvent réclamé et dont les Universités allemandes nous offraient depuis longtemps le modèle. Je veux parler de l’admission des élèves dans les laboratoires de la Faculté où ils sont exercés, sous la direction des professeurs, à répéter les principales expériences des cours publics. Mes collègues et moi nous étions tellement convaincus de l’excellence de cette innovation que, malgré les embarras matériels qu’offrait à nos travaux un local en construction, nous avons immédiatement organisé cet enseignement pratique qui a commencé dans les premiers jours de février, trois semaines après l’ouverture des cours publics.
Il est facile de comprendre que, pour suivre avec fruit un tel enseignement, il faut avoir tous les loisirs d’un jeune étudiant. Pour peu que celui-ci revoie les, leçons publiques, comme il doit le faire, sur des notes prises aux différents cours, sa journée sera remplie par ce travail, celui des manipulations et des leçons du soir.
Les Facultés des sciences présentent donc aujourd’hui un système complet et fortement constitué d’éducation scientifique. Cependant il nous manquait l’enseignement du dessin d’ornement et du dessin de machines, indispensable aux jeunes gens qui se destinent à la carrière industiûelle. Et, comme il arrivera souvent, surtout dans ce pays, que nos élèves n’auront pas terminé leurs études de collège, M. le Ministre a institué auprès des cours de la Faculté des cours de littérature, d’histoire et de géographie. La Faculté de Douai n’ayant pu, dans cette occasion, à cause de son éloignement, nous prêter son appui, M. le Ministre a désigné pour les cours littéraires deux des professeurs les plus distingués du Lycée impérial de Lille. Il a confié en même temps les cours de dessin à l’un des maîtres les plus estimés de vos belles écoles académiques.
Tel est, messieurs, l’ensemble des études théoriques et pratiques qui forment ce que le décret du 22 août 1854 appelle l’enseignement des sciences appliquées. Il trouve, en outre, une sanction dans la création d’un nouveau grade universitaire, le certificat de capacité , délivré par les Facultés des sciences elles-mêmes.
L’État n’aurait pu suffire aux dépenses matérielles qu’entraîne une
telle organisation, s’il n’eût exigé pour l’admission aux nouveaux cours une rétribution annuelle. Mais elle est si minime qu’elle ne peut éloigner personne.
Je n’ai pas besoin d’ajouter que cette partie de notre enseignement fonctionnera, cette année, dans de bien meilleures conditions,
aujourd’hui que nous disposons de tout notre local et que nos collections sont classées et complètes. Il est encore moins nécessaire d insister sur 1 importance d’une innovation qui met la jeunesse en rapports obligés, mais toujours faciles et agréables, avec des maîtres éprouvés, trois ou quatre heures par jour, dans des laboratoires et au milieu de collections qui n’ont rien à envier, grâce à la générosité éclairée du Consed municipal de cette ville, à celles des plus riches établissements de la capitale.
L’un des devoirs les plus précieux des Facultés est sans aucun doute la délivrance des grades universitaires. La ville de Lille sera heureuse d’apprendre que, dans cette première année de la création de la Faculté, 15o candidats sont venus solliciter le grade de bachelier ès sciences. Sur ce nombre, il y en a eu 38 éliminés par les compositions écrites, 36 ajournés par les épreuves orales et 79 admis définitivement, ce qui fait à peu près parties égales d’ajournements et de réceptions. Sur les 79 admis il y a eu trois mentions très bien , onze mentions bien , et soixante-cinq assez bien.
J aurais désiré, messieurs, vous présenter quelques détails sur les travaux personnels de MM. les professeurs de la Faculté des sciences de Lille pendant 1 année scolaire 1855. Vous attacherez la plus grande importance pour l’avenir de la Faculté à la distinction qu’elle recevra des travaux scientifiques de ses professeurs. Mais les embarras de notre installation toute provisoire, la difficulté qu’elle entraînait dans la préparation de nos leçons, pour l’un d’entre nous le manque absolu de laboiatoire, toutes ces causes réunies n’ont pas permis de mettre la dernière main à des études commencées ou d’en entreprendre de nouvelles. Cependant, il n’y a pas eu pénurie complète. M. le professeur de mathématiques a publié dans les mémoires de la Société des
sciences de Lille un travail étendu sur les éclipses de lune et de soleil et la détermination de l’aplatissement des méridiens terrestres. Il a fait paraître, en outre, diverses notes et un mémoire sur le travail de la vapeur dans les machines, en tenant compte de la vapeur qui
reste, après chaque coup de piston, dans les espaces libres des cylindres.
Le professeur de chimie a eu l’honneur de lire à l’Académie des sciences un mémoire sur l’huile de betteraves ou alcool amylique (i). M. le professeur d’histoire naturelle a fait paraître dans les Annales des sciences naturelles et a présenté k l’Académie une série de travaux
1. T on', tome I des Œuvres de Pasteur p. (Aote de V Édition.)